Clotilde Courau : "Je n'ai pas le droit de dire que ça ne va pas"

Actrice née et prodige du cinéma, voyageuse dans l'âme, cette fille d'un ingénieur et d'une institutrice a grandi entre l'Egypte et le Bénin avant de tracer sa route et une carrière en or. Devenue Princesse de Savoie et maman attentionnée de Vittoria, 13 ans et Luisa, 10 ans, la plus rock'n'noble des stars françaises est à l'affiche du film "Le Ciel Attendra", un opus coup de poing sur la radicalisation djihadiste. Rencontre avec Clotilde Courau.

© UGC Distribution

Pouvez-vous nous présenter votre personnage dans le film ?
Clotilde Courau : J'incarne la mère célibataire d'une adolescente qui se retrouve dans une situation inimaginable : l'embrigadement et la disparition de son enfant. Confrontée à cette situation terrible, afin de survivre, elle va essayer de comprendre ce qu'elle a pu rater dans son éducation, ce qu'elle a pu ne pas voir, ne pas écouter...

Votre performance d'actrice est réelle. C'est un plaisir de vous retrouver à l'écran, mais douloureux aussi de vous voir endosser une telle souffrance...
Nous avons commencé le tournage au lendemain des événements du Bataclan. Je ne cache pas que je me suis posé la question : "Est-ce que j'ai le droit, la légitimité de jouer ce rôle ?". Les attentats m'ont finalement fait avancer dans mon engagement. Ces parents qui ont perdu leurs enfants lors du concert m'ont donné la force. J'ai pensé à eux.

Ce drame s'appuie sur le registre de l'intime, est-ce que si l'angle avait été plus analytique, plus politique, plus documentaire, vous auriez accepté ?
La réussite du film est le point de vue de Marie-Castille, fort, bouleversant, son regard sur la jeunesse et sa mouvance, sur les relations parents-enfants. Ce qui m'a motivée, c'est l'espoir que donne cette réalisatrice, c'est l'idée d'imaginer qu'il y a des familles qui se retrouvent dans ce combat. Les adolescentes sont dans une crise d'identité forte, dans une envie d'un monde meilleur. Elles sont bloquées sur leur portable, s'enferment dans leur chambre… C'est à nous les mères de trouver le courage de ramener notre progéniture à la vie, à la réalité, de leur montrer que le quotidien peut-être chouette, ici, maintenant.

Pour jouer au plus juste, vous êtes-vous imprégnée de votre vécu ?
Je ne peux pas m'appuyer sur mon expérience de mère, sur la femme que je suis, sur cet impossible deuil qu'est la perte d'un enfant. C'est trop douloureux et, surtout, c'est autre chose que ces mères ressentent. J'ai entendu le témoignage de l'une d'entre elles qui disait : "Le pire c'est de ne pas savoir. On ne sait pas s'il est vivant, s'il a été tué, dans quelles circonstances…". Cette ignorance, ce doute, c'est une torture.

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Dans ce film, vous êtes coiffeuse et vous décidez de vous faire couper les cheveux...
C'est un geste symbolique que j'effectue dans un état presque hypnotique. C'est assez féminin de vouloir modifier son apparence physique lors d'un traumatisme, que ce soit un divorce, une séparation, une maladie...

Vous êtes une célébrité du gotha et du showbiz, est-ce que l'on vous demande encore si vous allez bien ?
Je n'ai pas le droit de dire que ça ne va pas, ce serait indécent. Cela me rappelle un spectacle qui s'appelle "Piaf, l'être intime" où j'interprète les lettres écrites par la Môme à l'amour de sa vie, Marcel Cerdan, mort dans un accident d'avion. Dans cette correspondance où elle pleure l'homme qu'elle a perdu, elle explique : "On n'a pas le droit de se plaindre, il y a toujours plus malheureux que soi". Je vais très bien, donc.

Quel est le premier film qui vous a marquée ?
Fame. J'adore chanter, danser, rire…

Qu'est-ce qui peut vous rendre violente ?
Les femmes qui sont dans une extrême détresse et que l'on continue de culpabiliser comme si c'était leur faute si leur enfant est parti... C'est injuste, trop facile de condamner, de juger, d'isoler quand on n'est pas soi-même dans la situation.

Qu'aimez-vous chez vous ?
Ma curiosité de l'autre.

Sans quoi ne pourriez-vous pas vivre ?
Sans amour.

À quel objet êtes-vous attachée ?
Je ne suis pas matérialiste, je ne suis attachée qu'à mes enfants.

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Sonia, 17 ans, s'apprête à participer à un attentat après avoir échoué à partir en Syrie, tandis que Mélanie, 16 ans, tombe amoureuse d'un prince charmant rencontré sur les réseaux sociaux, qui va l'embrigader au sein de l'Etat islamique. Ignorant tout de leurs projets, leurs mères, interprétées par Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau, vont tomber des nues et tenter d'agir. En salles le 5 octobre, le film de Marie-Castille Mention-Schaar aborde avec force un sujet délicat et ce récit dense en émotions sonne juste.