Sandrine Bonnaire, généreuse et solaire

Révélée par Pialat, elle a tourné pour les plus grands réalisateurs, illuminé des chefs-d'oeuvre du cinéma avant de passer avec talent derrière la caméra. Elève surdouée du 7e Art, Sandrine Bonnaire a gardé une spontanéité, une bienveillance et une simplicité rares dans le métier. Rencontre avec une femme extraordinaire.

© Wild Bunch Distribution
Sandrine Bonnaire dans La Dernière Leçon © Wild Bunch Distribution

Une carrière foisonnante (Rivette, Varda, Pialat, Depardon, Sautet, Doillon Téchiné, Lelouch l'ont mise en scène), un phrasé plein de surprises et de poésie, une aura lumineuse, Sandrine Bonnaire est un trésor pour une journaliste cinéma. Quel plaisir de la rencontrer... d'autant qu'il s'agit pour cette actrice sensible, sincère, attentive, de nous parler de La Dernière Leçon, un moment de grâce, un film radieux qui apaise et rend heureux. "Librement inspiré" du livre éponyme de Noëlle Châtelet, cet opus met en scène une octogénaire qui annonce à sa famille son intention de fixer la date de son décès...

Le Journal des Femmes : Parlez-nous du personnage de Diane dans La dernière leçon.
Sandrine Bonnaire : Diane est la fille de Madeleine, qui choisit à 92 ans de mettre un terme à sa vie. Mon personnage décide de l’accompagner dans son cheminement et fait son deuil en acceptant la décision de sa maman.

Votre complicité avec Marthe Villalonga transforme un propos grave -le droit de mourir dans la dignité- en un combat émouvant
La Dernière Leçon est un film utile et plein d’amour qui fédère puisqu’il renvoie à la famille. C'est un plaidoyer pour la vie.

Dans le film la relation mère-fille finit par s’inverser...
On l’observe de manière frappante à travers les relations physiques puisque Diane s’occupe du corps fragile de sa mère. Je pense que c’est notre destinée: quand on vieillit, on retourne en enfance. C’est d’ailleurs une des raisons qui pousse Madeleine à vouloir disparaitre parce que ce retour en arrière, cette dépendance, est vécu comme un déclin pour elle.

Prendre soin de l'autre jusque dans sa dimension la plus intime, c'est un don de soi qui vous est familier...
Ma soeur Sabine est autiste, elle est dans une institution spécialisée près d'Angoulême, mais elle a connu, pour ma plus grande détresse, l'internement en hôpital psychiatrique. Prendre soin d'elle, avoir des gestes presque maternels à son égard, cela est venu naturellement lorsqu'elle a basculé dans la maladie mentale.

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L’aide-ménagère de Madeleine incarne "la sagesse africaine" face au vieillissement, au respect des aînés, à la mort. Etes-vous en affinité avec ces concepts ?
Je pense avoir des instincts, une philosophie d’Africaine. Le vieillissement c’est la logique des choses, on ne peut pas rester éternellement jeune. Issue d’une famille nombreuse (septième d’une famille de onze enfants, ndlr), j’ai pris en charge très vite mes cadets, puis mes aïeuls qui prenaient de l'âge. Cela tombait sous le sens avec ma soeur Sabine.

Vous avez déjà trente ans de carrière derrière vous, choisir des films qui portent un propos est-il devenu primordial ?
Oui de plus en plus, je suis presque devenue plus passionnée par le sujet que par le jeu de comédienne. Quand on pratique depuis si longtemps, on peut vite se lasser. Le fait de vouloir défendre un thème ou les propos d’un réalisateur est un véritable coup de fouet qui devient une source d’énergie et de motivation. Choisir de mettre un terme à sa vie est un débat complexe et tabou en France, c’est pour cela que j’ai décidé de faire La Dernière Leçon, on a le droit de choisir comment on veut partir. 

En tant qu’actrice, les marques du temps sur votre peau, c'est quelque chose que vous appréhendez ?
Je n’ai pas de soucis par rapport à cela. Bien sûr, il y a des rides qui ne me plaisent pas, mais je préfère aller voir un psychologue qu’un chirurgien. Il y a quelque chose de pathétique chez les actrices qui se font tirer les traits, lifter, refaire le visage... Cela fait trente ans que j’exerce ce métier et je me suis vue vieillir à l’écran, c’est très thérapeutique finalement.

La réalisatrice Pascale Pouzadoux parle de vous comme d'une "interprète instinctive et animale qui donne tout à la première prise"
C'est très flatteur. J'ai adoré travailler avec cette cinéaste, nous étions complémentaires, complices.
 

Interview aléatoire :
Le Journal des Femmes a demandé à Sandrine Bonnaire de choisir au hasard des numéros entre 1 et 110 et de répondre aux questions correspondantes.

Votre pêché mignon ?
Je peux danser dans n’importe quelles conditions. Si j’aime une musique je ne peux pas rester statique.

Quel compliment vous fait-on souvent ?
Que j'ai un beau sourire.

Qu’est-ce qui vous ressemble ?
Aussi bizarre que cela puisse paraitre, je dirai Cuba. Il y a quelque chose qui me ressemble dans sa mélancolie et sa nostalgie. Cuba illustre un ancrage dans le passé avec ses décors intemporels tout en étant une ville très joyeuse et en mouvement. Cet endroit me manque.

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