Audrey Dana montre ses hauts et ses bas

A l'affiche de Boomerang, de François Favrat, en salles le 23 septembre, Audrey Dana se glisse dans la peau d'Angèle, une ravissante inconnue qui va bousculer la vie d'Antoine, incarné par Laurent Lafitte. Rencontre avec une actrice (et réalisatrice) au tempérament de feu.

Audrey Dana au festival d'Angoulême ©  PJB/SIPA

 

C'est au Festival du Film Francophone d'Angoulême, à la fin de l'été, que nous avons eu la chance d'échanger avec Audrey Dana, une artiste sincère, lumineuse et solaire. Une féministe convaincue et une sacrée oratrice, aussi.

Le Journal des Femmes : Qu'avez-vous pensé de la polémique des talons obligatoires au Festival de Cannes alors qu'à Angoulême on peut venir en baskets ?
Audrey Dana :
Je n’en peux plus de ces talons qui nous freinent, nous mettent la croupe en avant et le pied en pointe, exactement comme dans nos ébats les plus intimes.

Vous jouez pourtant le jeu du tapis rouge ?
Effectivement parce que je suis une actrice dévouée, raisonnable et que je veux accompagner mes films du mieux que je peux. A l’avant-première de Sous les Jupes des Filles, je voulais mettre des tennis compensées, mais on m’a dit "non Audrey … pense aux photos". Alors oui, je participe au "défilé", consciente que ce sont les marques de luxe qui financent pour beaucoup le cinéma, mais j’aimerais qu’on sorte de l'image angoissante, fatigante de la femme figée sur papier glacé.

Pensez-vous que "paraître", ce n’est pas aussi une manière pour la femme de dominer ?
Je ne joue pas de ma féminité, il n’y a rien que j’aime plus que d’être planquée sous de grandes salopettes. Je trouve que deviner un corps est plus beau et plus excitant. Bien sûr j’ai déjà mis des belles robes et montré mes jambes, mais je pense être plus à l’aise, plus sensuelle dans mes vêtements confortables que dans des tenues magnifiques qui brident le mouvement.

© UGC Distribution

Votre rapport au corps est-il serein ?
Pour moi tout est corps. Je ne me dissocie pas du mien et j'en prends soin parce que j’ai envie d’être heureuse. Pour moi un physique que l’on traite bien vous le rend bien. Je fais du sport, je mange équilibré, c’est important surtout dans notre société actuelle de production de masse...

Y’a-t-il quelque chose que vous aimeriez changer chez vous ?
J’aimerais être plus patiente. J’ai toujours besoin que tout aille vite, que l’on comprenne vite, que l'on réagisse vite, mais ce n’est pas si simple...

Cela se ressent-il lorsque vous dirigez des acteurs ?
Jamais, étonnamment. C’est pour cela que je me sens si bien sur un plateau. Je suis calme et bienveillante avec mes acteurs. En revanche, je ne supporte pas le gâchis. Cela coûte tellement cher et c'est une telle chance de pouvoir tourner qu'on ne doit pas "perdre" de temps.

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Interview aléatoire :
Le Journal des Femmes a demandé à Audrey Dana de choisir au hasard des numéros entre 1 et 110 et de répondre aux questions correspondantes.

Où donnez-vous rendez-vous ?
Dans un café qui s’appelle Le Rousseau, rue du Cherche-Midi, dans le VIe arrondissement de Paris. C’est une femme merveilleuse qui tient ce restaurant et j’ai l’impression d’aller dans le salon de ma maman qui va me préparer un thé, me choyer…

Sur qui voudriez-vous lancer des tomates ?
Marine Le Pen et aussi tous ceux de la Manif pour Tous qui ont eu un discours abject sur le mariage gay.

Comment décririez-vous votre éducation ?
Le BORDEL ! Je ne peux pas vous dire mieux. Je suis issue d’une famille de quatre enfants, puis deux autres ce sont greffés plus tard. Ma mère a commencé à s’occuper d’enfants de la DASS donc des encadrants sont venus, on était une centaine le week-end, tout ça au cœur de la Bosse avec chiens, chats, chevaux, poules, oies dans une maison en travaux perpétuels. J’ai pu expérimenter beaucoup de chose sous le toit de mes parents...

Les animaux de compagnie, c’est … ?
J'ai un chat norvégien, c’est une race géniale et des lézards, des tortues… je suis très reptile.

A qui mentez-vous le plus ?
Je ne suis pas une menteuse. Disons que j'arrondis les angles pour ne pas blesser.

Votre premier boulot ?
Modèle aux Beaux-Arts, nue. Je n’ai jamais eu de problème avec la nudité, tant que cela est justifié. En l’occurrence poser devant des artistes l’était complètement. J’étais très respectée, personne ne venait m’embêter et cela me permettait de financer mes études de théâtre.

Vieillir c’est ?
S’offrir la possibilité de vivre mieux. Je n’ai aucun problème avec le temps qui passe, je me délaisse du superflu et c'est merveilleux. Je suis assez troublée par le combat contre les marques de l'âge. C’est le principe même de l’existence...

Vous dégagez à la fois de l'énergie et de la sérénité, c’est rare d’avoir les deux...
J’ai eu pas mal d’aventures dans ma vie ces derniers temps qui m’ont fait grandir. 

L'affiche du film, en salles le 23 septembre © UGC Distribution