Nathalie Baye : "J'ai réussi à être en accord avec mes rêves"

Elle excelle dans les tailleurs impeccables et sous le brushing parfait de Marie-France, pétrifiante héroïne de "La Volante", au cinéma le 2 septembre. Sensible, douce, sincère, Nathalie Baye a levé le masque et révélé le feu sous la glace pour Le Journal des Femmes.

© NIVIERE/VILLARD/SIPA
© NIVIERE/VILLARD/SIPA


En plus de 40 ans de carrière, Nathalie Baye s'est illustrée avec brio dans tous les registres, de la comédie au drame, pour le petit et le grand écran. Ou plutôt, presque tous. Il manquait à cette actrice d'exception une incursion dans le genre ultra codifié du thriller. Défi magistralement relevé dans La Volante, en salles le 2 septembre. Sous le look policé, les bonnes manières et le sourire figé de l'employée de bureau dévouée à son patron, Nathalie Baye dissimule un lourd secret, celui d'une femme blessée, d'une mère meurtrie... Elle livre une véritable performance et prouve une fois encore toute l'étendue de son talent. Rencontre.

Pouvez-vous nous présenter Marie-France, la secrétaire intérimaire que vous incarnez ? 
C'est une femme qui a perdu un enfant lors d'un accident de voiture. La mort d'un enfant est la chose la plus tragique qui puisse arriver. On comprend ça dès le début du film et il y a ensuite une ellipse de 9 ans. On retrouve Marie-France à sa sortie de l'hôpital psychiatrique, alors qu'elle est recrutée comme secrétaire volante, c'est-à-dire intérimaire. Elle est engagée auprès du responsable de la mort de son fils et cet homme ne sait bien évidemment pas qui elle est. C'est une femme qui présente très bien : elle est propre sur elle, très organisée, très efficace. A mon avis, complètement barrée. On comprend petit à petit qu'elle peut être dangereuse. C'est un personnage à triple ou quadruple fond.

Comment avez-vous travaillé son apparence, assez contradictoire : à la fois dure et teintée d'un côté maternel ?
Plus je lisais le scénario et plus je l'imaginais physiquement : dessinée très précisément, des lignes très droites, très nettes, bien coiffée. Une présentation parfaite qui là aussi est à la limite de l'obsessionnel. Elle est aussi rassurante, convaincante, efficace. Elle n'est pas antipathique. Elle fait énormément de choses très bienveillantes pour son patron : elle le soulage dans son travail, elle lui facilite les choses, elle va s'occuper de son fils... Elle finit par devenir quelqu'un d'irremplaçable. On sent par moments qu'il y a quelque chose d'autre derrière, une faille que le spectateur va découvrir au fur et à mesure. Quelque part, au début du film, elle est entrée en guerre.

Pensez-vous que Marie-France soit animée par l'un de ces sentiments :
La souffrance ?  
Elle est totalement pétrie de souffrance, complètement dévorée par cette souffrance qui se transforme en folie.
La démence ? Oui, totalement.
L'amour ? L'amour dans le désordre, l'amour obsessionnel.
La vengeance ? Je pense que ça va au-delà. C'est autre chose.
C'est une criminelle ? C'est une malade.

C'est arrivé dans votre carrière d'être professionnellement exemplaire pour mieux cacher une détresse personnelle ? 
Le modèle de Marie-France n'est pas un modèle à suivre, bien entendu, mais je pense que surinvestir la sphère du travail peut soulager celle de l'intime. Les gens s'accommodent au mieux de la douleur et de la souffrance. Certaines personnes ont sombré parce qu'elles ont essayé de panser leurs maux et leur douleur en se détruisant, en s'alcoolisant, en se droguant, en se suicidant... Et puis, il y en a d'autres qui se sont lancées à corps perdu dans le boulot, d'autres dans le bénévolat... Chacun fait ce qu'il peut avec ses moyens. Ce qui est intéressant, c'est de connaître l'histoire. Dans chaque vie, il y a un roman.

Vous avez dit que la perte d'un enfant était le pire des drames. Est-ce que, parce qu'un deuil se révèle impossible, il peut tout justifier ?
Bien sûr que non. Cela peut expliquer certains actes, mais il y a déjà suffisamment de violence comme ça. On sait très bien qu'on ne répond pas à la violence par la violence, ou à la méchanceté par la méchanceté.

Vous comprenez que la douleur est parfois si forte qu'on peut avoir envie de la partager, ou qu'aussi intense soit-elle, la souffrance doit être intériorisée ?
Je ne pense pas qu'on puisse partager sa douleur. Quand il y a un énorme, un gigantesque chagrin ou une souffrance, c'est difficile à partager. Il faut essayer de puiser en soi une réponse et ne pas avoir peur de demander de l'aide. En aucun cas faire de mal aux autres.

Interview aléatoire

Le Journal des Femmes a demandé à Nathalie Baye de choisir des numéros entre 1 et de 110 et de répondre aux questions correspondantes, pour essayer de la connaître un peu plus.

Quel est le premier film que vous avez vu au cinéma ?
Il me semble que c'est Les Misérables, avec Jean Gabin.

Quel compliment vous fait-on souvent ?
"J'aime bien ce que vous faites".

Quel est votre péché mignon ?
Je suis très gourmande. Sucré et salé.

Qu'est-ce qui peut vous rendre violente ?
Je ne suis pas d'une nature à m'emporter, pas du genre brutale physiquement, mais la mauvaise foi m'énerve... [Elle réfléchit longuement] Ce qui pourrait me faire sortir de mes gonds, ce sont ces odieuses personnes qui attaquent les faibles, qui se comportent mal avec un enfant ou avec une personne âgée. Je peux alors avoir des réactions assez agressives, même si je n'irai jamais donner un coup de poing dans la gueule du type !

Qu'avez-vous réussi de mieux jusqu'à aujourd'hui ?
Mon rêve d'adolescente. J'étais une mauvaise élève et je me demandais comment j'allais faire pour être libre et indépendante et faire quelque chose que j'aime. Je pense que c'est ça ma plus grande fierté : avoir réussi à être en accord avec mes petits rêves.

Quel est pour vous le comble de la vulgarité ?
Une certaine presse...

Avouez-nous votre pire défaut...
Avant, c'était l'impatience. Mais j'ai fait des progrès, figurez-vous. Alors je dirais ma soif d'indépendance.

C'est presque un besoin de solitude ?
Un besoin d'air parfois compliqué à vivre pour les autres.

Vous n'aimez pas partager votre quotidien ?
Je parviens plutôt bien à accepter la présence des autres, la routine, mais je peux subitement avoir besoin de solitude, un besoin de fonctionner seule. Je pense que j'ai toujours été comme ça : j'ai toujours aimé être avec des gens, et puis, subitement, il faut que je me retrouve, que je me replonge dans mes pensées, dans une forme d'introspection.

Sans quoi ne pourriez-vous pas vivre ?
Sans amour, sans ma fille, sans ceux que j'aime...

La Volante, de Christophe Ali et Nicolas Bonilauri, avec Nathalie Baye, Malik Zidi, Johan Leysen et Sabrina Seyvecou. Au cinéma le 2 septembre. 

L'affiche du film © Bac Films

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