Ariane Labed, la fougue à l’état pur

Héroïne de Fidelio, l’Odyssée d’Alice, Ariane Labed incarne une femme marin aux amours qui tanguent. Trentenaire éprise de liberté, cette jolie brune embarque sur un vieux cargo et, au gré des escales, au sein d’un équipage masculin, déroule la mécanique du cœur… C’est une actrice au regard acier et au talent immense que nous avons rencontrée.

© Pyramide Distribution
Ariane Labed dans Fidelio, L'Odyssée D'Alice © Pyramide Distribution

Ariane Labed a la beauté du diable, un charme envoutant, une voix grave, mais pas seulement. Née à Athènes, cette interprète cosmopolite parle plusieurs langues et voyage sans cesse. Elle vit aujourd’hui en Angleterre, mais c’est à la terrasse d’un café de Saint-Germain-des-Prés que nous rencontrons cette fumeuse invétérée. Et quelle rencontre ! Malgré le froid, malgré l'hiver, Ariane a le débit d’une fusée, de l’humour, de la répartie. Magnétique, elle se livre, à cœur ouvert, se révèle brillante, cultivée. A vous le fil de sa vie… 

Le Journal des Femmes : Ariane, pourquoi vous dans Fidelio ?
Ariane Labed : Lucie (Borleteau, la réalisatrice-ndlr) avait vu mon premier film, Attenberg et souhaitait me rencontrer. Coup de foudre professionnel : nous nous sommes entendues immédiatement. De mon côté, j’ai adoré le scénario.  J’ai été touchée et séduite par ce personnage de femme forte et libre, guidée par ses désirs.

C’était une découverte pour vous cette vie sur le paquebot ?
C’était un peu familier car j’avais été passagère d’un navire, mais je n’avais aucune notion de mécanique et un peu la trouille sur les échelles qui tanguent. Du coup, j’ai eu la chance de faire un stage dans une salle des machines, un univers incroyable.

Comment avez-vous vécu  le contraste entre l’immensité de la mer et l’enfermement de la cabine ?
Les conditions de tournage étaient compliquées. Je suis claustrophobe donc j’appréhendais, mais la douceur et la bienveillance que Lucie ont calmé mes angoisses. Aller sur le pont, respirer le grand air et voir l’horizon m’ont aussi permis de supporter les scènes dans le confinement du bateau.

Vous aviez des séances de coiffure ou de maquillage ?
Cela consistait à me mettre de la crasse sur le visage et les mains. Alice n’est absolument pas coquette. Sur l’océan, les codes habituels de séduction n’existent plus. C’est un lieu de travail, de labeur même où l’on se salit.

Comment décririez-vous l’attitude d’Alice ?
Franche, saine, directe car neutralisée par son bleu de travail. Cette combinaison informe est un outil formidable comme une seconde peau qu’elle enfile et qui enlève une grande part de sa féminité, ce qui est très utile à bord. Au repos, Alice se réapproprie son corps, sa sexualité, se met à l’écoute de ses envies, sans jamais être dans la pose ou le mensonge. Alice a un rapport très simple à la nudité, elle ne se cache pas.

Comme vous ?
Je suis assez pudique, mais j’ai essayé d’être la plus naturelle possible pendant les scènes d’amour, d’assumer mes défauts : il ne s’agissait pas de rentrer mon ventre ou de sortir ma poitrine. Je pense que le cinéma, de par son mouvement,  reflète et influence la société. Il ne doit pas fausser l’image de la femme, imposer un idéal. Photoshop ne doit pas investir le grand écran. La dernière question que je me pose sur un tournage c’est: «de quoi j’ai l’air ?». Je ne me regarde jamais dans une glace avant de jouer.  Je me donne totalement au réalisateur. Contrôler son image, vérifier les plans, c’est perdre confiance. Pire, c’est trahir le cinéaste. 

Ariane Labed avec Melvil Poupaud dans Fidelio © Pyramide Distribution

Alice consomme dans chaque port, mais aimerait qu’un homme l’attende docilement en France... Est-ce une question amoureuse que vous vous posez ?
Le concept d’une Pénélope qui tisse à la maison n’est plus vrai. Les femmes travaillent et ne souhaitent pas inverser les rôles. Le film ne fait pas œuvre de revendication. La réflexion  est ailleurs : dans les mécanismes sentimentaux, le voyage intérieur, l’adultère, les choix, les regrets qui en découlent…  

Alice découvre aussi le journal intime d’un matelot décédé qui n’a pas vécu ce qu’il aurait souhaité…
Le défunt dont elle trouve le carnet n’a jamais réussi à aimer. Il ne s’intéressait qu’à ses besoins charnels et avait peur de donner. Alice, parfois infidèle, réalise qu’elle se brûle les ailes à trop aimer, mais elle a le courage de s’engager sentimentalement.

«L’Odyssée», c’est un enseignement que vous avez particulièrement intégré ?
Mes deux parents sont français, mais je suis née en Grèce. J’ai un lien très fort avec ce pays que j’aime beaucoup. J’ai grandi en écoutant la mythologie. Je m’appelle Ariane à cause de l’histoire de Thésée. Avec Alice et non Ulysse, Fidelio fait écho à ces histoires de divinités. C’est un clin d’œil qui me parle.

C’est un choix professionnel d’habiter à Londres ?
Un choix amoureux. Mon homme vit et travaille là-bas. J’adore cette ville, mais par mon métier, je suis souvent par monts et par vaux…

Quel compliment vous fait-on souvent ?
Que j’ai de beaux sourcils (elle rit). C’est nul, hein ?

En êtes-vous déjà venue aux mains avec quelqu’un ?
Disons que je n’ai pas peur du conflit et que je ne m’écrase pas. C’est rare, mais je peux me battre physiquement pour défendre mes idées.

A quelle question n’aimez-vous pas répondre ?
«Est-ce que vous vous trouvez belle ?»

Quel livre me conseilleriez-vous ?
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman.

Que chantez-vous sous la douche ?
Des chansons grecques, mais pas trop fort car je chante très mal.

De quoi êtes-vous la plus fière ?
De vivre sans faire trop de concessions.

Quelle odeur vous émeut ?
Le parfum iodé de la Méditerranée. L’eau est un élément qui me plaît énormément…

Un plat qui peut vous faire craquer ?
La tarte Tatin… ou une Moussaka ! J’adore manger, c’est un vrai plaisir. Je suis une bonne vivante. Pour garder la ligne je fais du Yoga, mais je ne suis pas très sportive.

Avez-vous un démon ou un ange gardien ?
Le passé vient souvent me hanter, mais j’ai confiance en la vie. Je sais que je peux lâcher prise. Je n’ai pas besoin d’être toujours dans la bataille. C’est peut-être ça, le destin ?

Qui était modèle lorsque vous étiez enfant ?
Je voulais devenir danseuse comme Marie-Claude Pietragalla dont j’avais un poster dans ma chambre. Ado, j’étais folle de Leonardo DiCaprio version Titanic. C’est un acteur hallucinant.

Vous êtes «connectée» ?
Pas du tout. Je n’ai ni Facebook ni Twitter. Juste un vieux téléphone portable et une adresse mail que je ne consulte pas assez. Pour moi, les réseaux sociaux sont une folie.

Quel est votre péché mignon ?
La cigarette et le bon vin.

Quel est le trait principal de votre caractère ?
L’intuition et ça fonctionne pour l’instant.

Qu’est-ce que vous aimez chez vous ?
Je suis courageuse et travailleuse.

Quel personnage rêveriez-vous d’incarner ?
Une sainte. N’importe laquelle. J’aime exprimer la souffrance. Jouer Jeanne d’Arc, ce serait génial.

Quel est le comble de la vulgarité ?
Parler de soi.

Qui admirez-vous ?
Bernard Moitessier, un explorateur, navigateur et écrivain qui a fait le tour du monde sur un voilier pour ainsi dire en papier…

Vous pourriez vivre en solitaire?
Pas un instant. Je serai incapable de ne plus parler. Pourtant, la vie monacale me fascine. Il y a une dimension sublime au couvent. Je ne crois pas en Dieu, mais je trouve magnifique que des gens vouent leur existence à quelque chose qui n’existe pas.

Qu’avez-vous toujours sur vous ?
Des clopes. Sinon, un porte-bonheur en noyer qui ne quitte pas mon portefeuille. C’est grec et turc à la fois, contre le mauvais œil.

Vous tournez en ce moment ?
Vous me verrez bientôt dans la peau de la fille de Nathalie Baye et Arno, à l’affiche de Préjudice, un opus belge d’Antoine Cuypers. Après les fêtes, j’interprèterai un soldat qui rentre de la guerre…

Enfin, quel film aimeriez-vous nous faire découvrir ?
Mon préféré: Au Hasard Balthazar, de Robert Bresson.

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