Avant L'Hiver et ses amours mortes : Leila Bekhti et Daniel Auteuil se confient

"Avant L'Hiver", le dernier film de Philippe Claudel au récit subtil et à la réalisation sombre et poétique, sort en salles ce 27 novembre. L'ambiance est intense, sans artifices. Ce drame, à la fois comédie de mœurs, chirurgie du couple et thriller psychologique, intrigue, questionne, interpelle. Rencontre avec Leïla Bekhti et Daniel Auteuil, deux acteurs remarquables de justesse qui émeuvent, jusqu'aux larmes.

Avant L'Hiver : Leila Bekhti et Daniel Auteuil se confient

Présentez-nous chacun le personnage de l'autre...
Daniel Auteuil : Lou est une jeune femme fantasque qui semble en détresse. Elle me force à faire sa connaissance. C'est quelqu'un qui a des absences, des silences, mais qui est très attachante... au point d'en devenir obsédante. On ne sait pas très bien ce que Paul veut faire d'elle, sauf qu'elle le ramène vers un espace de possibles. Leïla Bekhti : Paul est neurochirurgien. Il explore le cerveau des autres, mais reste sur des non-dits. Il ne parle plus à sa femme avec laquelle il vit dans une prison dorée. Il sort de sa belle maison pour entrer dans sa belle voiture et se diriger vers sa clinique huppée... Avec Lou, il va découvrir une forme de liberté, de vérité. Paul et Lou se rencontrent pour se trouver eux-mêmes.

Qu'est-ce qui vous a émus, interpellés dans le scénario ?
Leïla Bekhti : Ce n'est pas une banale histoire d'adultère. Ce film parle d'apparence, de gens qui se sont trompés d'histoire, se sont inventés un quotidien dont ils n'ont pas envie. C'est un film rare, nuancé, pudique. Philippe Claudel est un vrai auteur. Il a su créer une atmosphère particulière.
Daniel Auteuil : C'est la découverte d'une écriture, la richesse des personnages, la profondeur, le mystère de l'intrigue. La fulgurance, aussi. Mon rôle raconte quelque chose sur ma génération. Ce type est un ponte en médecine, il a vécu avec une pression énorme et du jour et lendemain, sa carrière s'arrête, il découvre la vacuité, celle des sentiments, du quotidien...

C'est une angoisse que vous partagez avec votre personnage cette peur d'être passé à côté de l'essentiel ?
Daniel Auteuil : Je n'ai pas eu ce questionnement : me retourner et regretter. Les choix que j'ai faits, je les assume.

Et cette froideur chirurgicale qui caractérise Paul, vous en faites preuve parfois ?
Daniel Auteuil : Par déception, par réaction, oui. Elle est redoutable chez un garçon comme moi car elle est définitive. Comme lui, je suis sous tension et j'ai toujours les mains glacées.

C'est un très beau film, très grave aussi, comment vous êtes-vous protégés de cette noirceur ?
Leïla Bekhti : Après un tournage, j'ai un coup de blues parce que je quitte des amis, une énergie, une intimité, mais je ne suis pas du genre à me laisser "bouffer" par un rôle ou à partir 10 mois en Inde pour faire le vide. Je suis très "famille". Je m'occupe de mes neveux et nièces. Les emmener au parc, leur préparer à dîner, ça remet les idées en place.
Daniel Auteuil : Si tu joues Cyrano de Bergerac, Scapin, avec une langue magique, tu peux avoir un manque, mais nous sommes programmés pour nous protéger et le plaisir que l'on a est narcissique. Il y a des acteurs qui souffrent, mais ce n'est pas fait pour ça. C'est le spectateur qui doit rire ou pleurer. Nous devons faire passer des émotions, sans affect personnel et avec la conscience d'être dans le mensonge.

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Image du film "Avant l'Hiver", en salles le 27 novembre. © UGC Distribution

Il y a très peu de moments de tendresse, d'affection, peu d'amour finalement...
Leïla Bekhti : Lou se fait du mal à elle pour ne pas en faire à Paul. Je trouve que c'est un acte d'amour magnifique.
Daniel Auteuil : Il y a une forme d'espoir dans ce film très noir. Si le personnage avait été entièrement négatif, je ne l'aurais pas fait.

Verbaliser, discuter, débattre, c'est une chose que vous veillez à préserver au sein de votre couple ?
Leïla Bekthi : Je ne suis pas une exemple, je parle tout le temps...
Daniel Auteuil : Le silence peut être beau aussi. Il ne doit pas y avoir d'obligation...

Portrait chinois de Leïla Bekhti

Si vous étiez :
Une saison : le printemps
Une ville : Paris
Une recette de cuisine : la pastilla au foie gras de ma sœur
Une plante : le jasmin, parce que mon premier prénom c'est Jasmine et que je pensais que c'était une fleur qui avait été inventée pour moi.
Un parfum : l'odeur des enfants
Une drogue : l'amour
Une musique : La Nuit Je Mens de Bashung

Portrait chinois de Daniel Auteuil

Si vous étiez :
Une saison : le printemps
Une ville : Berlin
Une recette de cuisine : Les spaghetti
Une plante : un platane
Un parfum : les cheveux de mon fils
Une drogue : le cannabis
Une chanson : Cher Amour d'Adamo

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Image du film "Avant l'Hiver", en salles le 27 novembre. © UGC Distribution