Miou-Miou, star sans fard

Forte et fragile à la fois, Miou-Miou nous subjugue et nous malmène dans "Arrêtez-moi", un huis clos sombre et intense avec pour thème central la violence faite aux femmes. Rencontre avec une figure du cinéma français, attachante et sans esbroufe.

Miou-Miou, star sans fard

Carré court légèrement ébouriffé, silhouette de brindille et langage abrupt, Miou-Miou, titi-parisiennne, 63 ans ce mois-ci, est une personne exquise, mutine, libre. Quel délice d'entendre son rire éclabousser ses réponses, cacher sa tristesse, aussi...
Shampouineuse délurée dans Les Valseuses de Blier, bourgeoise tourmentée dans Milou en Mai, teinturière rigide dans Nettoyage à Sec, Sylvette Herry, baptisée "Miou- Miou" par Coluche, a mené sa carrière cœur battant, se jetant dans chaque rôle jusqu'à l'ivresse.
Dans Arrêtez-moi, cet actrice de talent campe une inspectrice désabusée qui refuse d'enregistrer les aveux d'une femme venue confesser le meurtre de son mari.

JournalDesFemmes.com : Miou-Miou, pourquoi vous dans la peau d'un flic ?
Miou-Miou : Dans "Les Lois de la Gravité", le roman de Jean (Teulé, son compagnon depuis 14 ans, ndlr), le lieutenant Pontoise était un homme. Jean, m'avait demandé si je voulais jouer la meurtrière, je lui ai répondu que je n'avais plus l'âge. Incarner le fonctionnaire de police, en revanche, était un challenge. Entre femmes, l'enjeu de l'intrigue change, nous sommes dans la pure confrontation, ce qui enlève tout côté paternel ou séducteur. Le texte, resté le même, est riche, rugueux, drôle... Ce personnage est un des plus beaux rôles de ma vie.

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Sophie Marceau dans "Arrêtez-moi" © Rezo Films

Quels étaient vos rapports avec Sophie Marceau, votre partenaire à l'écran ?
Miou-Miou : Distants. Je me suis isolée pour apprendre mon texte. Sur les plateaux, je ne sais pas copiner. Je suis dans le travail et la concentration. Le tournage se déroulait la nuit, dans un entrepôt à une heure de Luxembourg, les extérieurs à Dunkerque. C'était obscur, fantomatique, solitaire et merveilleux.

Toutes deux apparaissez sans fard, était-ce une épreuve ?
Miou-Miou : Je n'imaginais pas à quel point la lumière des néons serait crue. En voyant le film, j'ai eu un choc, un malaise. Ce fut une déflagration, une blessure narcissique. Je suis marquée. Je n'avais pas conscience de ces rides. Mais ne pas me soucier de l'apparence physique m'a donné une totale liberté de jeu.

Abîmée par le métier et un vécu difficile, la femme que vous interprétez est terriblement brutale...
Miou-Miou : Mon personnage est surtout révolté parce qu'a subi cette épouse et mère. En refusant la confession, elle pense sauver son interlocutrice et se sauver de sa propre désespérance. Elle veut donner du sens à son existence.

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Miou-Miou dans "Arrêtez-moi" © Rezo Films

Vous, y a-t-il des choses qui peuvent vous rendre violente ?
Miou-Miou : Je n'en ai pas les moyens, pas l'ossature. L'injustice me dégoûte. Dernièrement les anti-Mariage Pour Tous m'ont fait sortir de mes gonds. Cela me met en colère, mais c'est tout. Parfois, j'aimerais être un homme pour en avoir la force physique, rouler des mécaniques et me montrer bagarreur.

Votre papa était gardien de la paix, quel souvenir gardez-vous de lui ?
Miou-Miou : Je ne le voyais pas beaucoup. J'ai eu une enfance compliquée et je n'aime pas en parler. Disons, que je me rappelle du bâton blanc qu'il avait pour la circulation... Pour la comédie, j'ai envoyé balader famille et boulot de tapissière...

Vieillir vous angoisse-t-il ?
Miou-Miou : Je trouve ça emmerdant. On a peur de la dépendance, d'être diminué, d'embêter les autres, de ne plus être aimé parce qu'on est devenu un poids, un fardeau. Assumer le temps qui passe, c'est une prise de conscience, celle de se dire que ce que l'on a fait est plus important que ce qui nous reste à vivre. Que l'histoire est écrite, qu'elle ne peut plus changer...

Mais l'histoire est belle et votre parcours, exceptionnel...
Miou-Miou : Je n'ai ni regret ni frustration, seulement de la fierté. Rétrospectivement, je me dis que c'est pas mal, surtout avec les cartes que j'avais en main. J'ai eu du bol d'avoir une telle notoriété.

Evoquer le passé, c'est toujours une souffrance pour vous ?
Miou-Miou : Je déteste ça. Enfin disons plutôt que j'éprouve un ennui profond. La nostalgie me fatigue, je raconte mal. Le passé n'est pas mort, il est en moi, il m'a construite. Ce qui m'intéresse, c'est l'avenir. J'adore ne pas savoir de quoi il sera fait. C'est en cela qu'être actrice est génial. Ils sont rares les métiers que l'on peut exercer avec la même passion après 60 ans. Les désirs des réalisateurs sont différents, je m'adapte.

Dans le film, la religion est un faux remède...
Miou-Miou : Croire en Dieu, c'est rassurant, vous n'avez plus à décider, le dogme vous dit quoi faire. Le principe du passage sur terre, c'est déculpabilisant. Moi je suis athée et je tiens beaucoup à la laïcité. Je crois en l'autonomie de la pensée, en la liberté de choisir. Je cherche toujours le mode d'emploi et je n'ai pas de secours de ce côté-là. Le destin, les coïncidences, non merci. J'adore ce credo japonais : "le chemin est sous tes pas". J'aime me dire que je provoque les choses.

Nos lectrices sont férues de mode et de conseils beauté, vous, à l'inverse, détestez le shopping...
Miou-Miou : C'est vrai, c'est même pire que ça. Petite, j'avais une tenue pour la semaine et un habit du dimanche. Lorsqu'aujourd'hui j'achète un beau manteau, je ne le porte pas pour ne pas l'abîmer. Attention, même si je n'y connais rien en tendance ou en couture, je ne pioche pas au hasard dans ma penderie, je me pare de ce qui colle à l'humeur du jour. Le vêtement est une projection de soi.

Et les artifices ?
Miou-Miou : La coiffure, le maquillage, les bijoux, tout cela est associé aux contraintes de la profession. C'est une astreinte, on ne peut pas se toucher le visage ou les cheveux, on ne peut pas bouger, s'allonger. C'est une rigidité, un respect aussi de l'équipe technique... A chaque fois que j'éternue ou que je mouche, je suis toujours surprise de voir cinq personnes accourir pour me pomponner. Au quotidien, je suis 100% naturelle

Qu'est-ce que la féminité selon vous ?
Miou-Miou : C'est l'indépendance.

C'est ce qui a plu à Coluche, Patrick Dewaere, Julien Clerc, Jean Teulé... les amours de votre vie ?
Miou-Miou : J'espère que c'est moi tout entière ! C'est vrai que je ne suis pas du genre séductrice, allumeuse, frimeuse...

Qu'est-ce qui vous rend heureuse ?
Miou-Miou : J'aime rire, dire des conneries et écouter celles des autres. Je suis peut-être trop suffisante... Je ne cuisine pas, je ne jardine pas,  je n'ai pas d'animaux car je pense que quand vous promenez un chien, c'est vous qui êtes en laisse.

Y a-t-il un mot que vous aimez particulièrement entendre ou prononcer ?
Miou-Miou : "Maman". Je me rappelle l'odeur de mes bébés. Angèle sentait le chaud, Jeanne avait un parfum de paille... Je suis aujourd'hui grand-mère, je m'occupe de mes petits-enfants. J'ai toujours eu beaucoup de mal à profiter de l'instant présent parce que je suis mélancolique, rêveuse. Avec les bambins, je me sens responsable et je me montre joyeuse, distrayante.

 

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Affiche du film "Arrêtez-moi" © Rezo Films

Après La Journée de la Jupe, où une prof à cran (Isabelle Adjani) prenait en otage ses élèves, le réalisateur Jean-Paul Lilienfeld a choisi cette fois de parler des femmes battues.

En 2011, 122 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon selon des chiffres officiels. Près de 2% des femmes ont subi en l'espace de deux ans des violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Moins de 10% portent plainte.
"Arrêtez-moi" de Jean-Paul Lilienfeld (France/Luxembourg, 1H39) avec Sophie Marceau, Miou-Miou, Marc Barbé.
En salles le 6 février 2013