Marc-André Grondin, le révolté

A l'affiche de L'Homme qui Rit, l'adaptation du livre de Victor Hugo, Marc-André Grondin incarne Gwynplaine et se bat contre la différence physique et l'injustice sociale. A la ville, ce jeune acteur est - à l'image de son personnage - une âme révoltée.

Marc-André Grondin, le révolté

JournalDesFemmes.com : Pouvez-vous nous parler de votre personnage, Gwynplaine ?
Marc-André Grondin : Gwynplaine, c'est un jeune homme faussement naïf. Je crois que c'est ce qui m'a le plus touché à la lecture du scénario. Il s'émerveille de tout mais il le fait pour Déa, qui est aveugle. Dans la mesure où il est "ses yeux", il préfère déformer la réalité plutôt que de partager la misère qui les entoure, ses compagnons d'infortune et lui. Il embellit leur vie, la rend plus poétique pour faire plaisir à celle qu'il aime. Cette fausse naïveté va de pair avec son indignation par rapport à son physique et la condition dans laquelle il évolue. Il a envie d'être accepté, qu'on ne le traite pas comme une "bête de foire", que l'on regarde outre sa différence. Lorsqu'il obtient une place à la Chambre des Lords, il veut changer les lois, s'assurer que les riches aident les pauvres. Ce qui est d'ailleurs excessivement d'actualité ! Le discours de Gwynplaine pourrait presque être prononcé mot pour mot à Madrid, en Grèce, etc... Hugo était un visionnaire !

Et vous, vous sentez-vous l'âme d'un indigné prêt à monter au créneau pour défendre la cause des plus pauvres ?
Marc-André Grondin : Si j'ai envie de me faire entendre je ne le ferai pas par le cinéma. Cela ne m'empêche pas d'être content du bon écho que le film a rencontré auprès des jeunes, après les projections en avant-première dans des lycées. Les jeunes sont sensibles au message politique qui se dégage de cette histoire d'amour. C'est bien si cela peut éveiller les consciences.

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Affiche de l'Homme qui Rit en salle le 26 décembre 2012 © Europacorp Distribution

Les Québécois sont-ils des indignés ?
Marc-André Grondin : Pas vraiment. Le peuple québécois est mou, il a plutôt tendance à rester assis dans son canapé à attendre que les choses passent. Les rares fois où les gens sortent dans la rue c'est parce qu'un joueur de hockey se fait limoger. C'est ridicule ! C'est pour ça que je suis excessivement fier de ce qui s'est passé au printemps dernier au Québec, lors de la révolte étudiante : 200 000 personnes dans les rues et pas que des étudiants, c'était juste hallucinant !

Que pensez-vous des français qui ont cette culture du "non" ?
Marc-André Grondin : Vous me faites rire. J'ai parfois le sentiment que vous faites une grève pour tout. Mais ce dont je doute c'est votre sens de la solidarité. Par exemple, pour une augmentation de salaire, si tu en prends un dans la foule et que tu lui donnes son augmentation, je ne suis pas sûr qu'il reste longtemps dans les rangs de la protestation. C'est un peu chacun pour soi, c'est un peu la fausse gauche. Mais bon ce n'est pas juste en France...

Mais vous alors, agissez-vous ?

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Marc-André Grondin © Alice Thierry

Marc-André Grondin : Si je lis un article qui me parle, je le twitte. Bon ce n'est pas grand-chose, mais je le fais à mon échelle ! J'ai bien conscience de ne pas être pro actif mais au moins, je ne fais pas semblant de ne rien voir. Je ne me mets pas d'œillères comme la majorité des gens. Au Printemps d'érable par exemple (la grève étudiante au Québec, ndlr), une grosse majorité de la population a fermé les yeux. Dommage.

 

 

Justement votre nouveau look, crâne rasé, c'est un geste de révolte ?
Marc-André Grondin : Ça paraît bien futile après ce qu'on vient de dire ! (rires) A la base, ce n'était pas l'idée. Avec le tournage de l'Homme qui Rit, je devais porter des perruques. Plutôt que de passer des heures à les fixer, j'ai proposé à la coiffeuse de me raser la tête. Et puis, je me suis habitué à ce look.

 

 

Est-ce qu'il n'y a pas aussi la volonté de casser votre image de "beau gosse romantique" qu'on vous a collée ?
Marc-André Grondin : Il y a de ça oui. Cela me permet de me mettre en péril par rapport à l'industrie du cinéma avec laquelle j'entretiens un rapport compliqué. J'adore les gens avec lesquels je travaille, je rencontre des personnalités exceptionnelles. Le cinéma, c'est ce que j'ai envie de faire mais paradoxalement, c'est aussi un milieu qui me "dégoûte" beaucoup. Car les étiquettes se collent facilement. Il a suffi d'un film pour que je sois relégué au rang de "sex-symbol" alors que dans la vie, je n'en suis pas un. Lorsque je rentre dans un bar, je n'attire pas l'attention. J'ai donc décidé de challenger cette étiquette. Après tout, cela fait 8 ans que l'on me dit que je suis bon. Si c'est vraiment la cas, peu importe mon crâne rasé !

Et alors, les propositions pleuvent-elles ?
Marc-André Grondin : (Rires) J'ai tourné quelques jours avec Romane Bohringer au Québec où j'avais un look à la André Agassi. J'ai eu d'autres offres mais je ne sais pas s'ils m'ont vu. Mais je ne suis pas inquiet. De toute façon, si je n'ai plus de boulot, je préfère me dire qu'il vaut mieux que cela arrive maintenant que plus tard. C'est comme dans une relation avec une fille : mieux vaut qu'elle te quitte au bout de 6 mois plutôt qu'après des années et des années. La pilule est moins dure à avaler.

Si la vie n'avait pas choisi le cinéma pour vous qu'auriez-vous fait ?
Marc-André Grondin : De la musique. Au moment où je ne croyais plus en ma carrière d'acteur et qu'il y a eu C.R.A.Z.Y, côté musique tout allait bien. J'aurai bien aimé faire une école d'ébénisterie aussi. Deux moyens d'expression pour moi, bien plus que le jeu. Voilà aussi pourquoi je n'ai pas peur de prendre des risques et que je ne me sentirai pas muselé si je n'ai plus l'opportunité de jouer. Ce serait dommage, j'aimerais bien qu'on me prouve que j'ai tort, mais je ne n'aurai pas le sentiment de ne plus pouvoir m'exprimer. Bon, au pire je ferai de la gonflette pour faire des films d'action ! Au moins, on ne risquera plus de me confondre avec Gaspard Ulliel. D'ailleurs avec mon nouveau look, ça n'arrive plus. Un soir, j'étais dans un bar et une jeune fille m'a abordé "Excusez- moi, on doit vous le répéter souvent mais...". Je l'ai à peine laissé terminer et j'ai répondu " Non, je ne suis pas Gaspard Ulliel". En fait, elle trouvait que je ressemblais au héros du film Bronson !  

Dans le film, Ursus, Déa et Gwynplain sont des nomades. Ils voguent de villes en villes à bord de leur roulotte. Et vous, avez-vous l'âme d'un voyageur ?
Marc-André Grondin : Avec ma profession, je suis toujours dans les hôtels. Du coup quand je ne travaille pas, je ne bouge pas. Mais vraiment pas du tout ! Quoique depuis un an, je ressens le besoin de faire les choses que j'ai toujours voulu faire. Cela faisait des années que je rêvais de visiter l'Islande. Je reportais sans cesse le voyage car j'attendais de trouver quelqu'un pour m'accompagner. Il y a un mois et demi, j'avais 3 semaines de libre. Je me suis dit "A quoi bon attendre ?". J'ai pris mon sac à dos, je suis parti.

Et ?
Marc-André Grondin : C'est sublime. Probablement l'un des plus beaux pays que je connaisse. Au Canada, les paysages sont hallucinants mais en Islande, avec les volcans, les glaciers... C'est magique. Tu te retrouves dans ce pays peuplé de 350 000 âmes. Tout le monde est super accueillant.

Rien à voir avec le rythme parisien...
Marc-André Grondin : Je m'y suis habitué. Au début, j'ai trouvé ça difficile. Paris, c'est une ville hallucinante à visiter, avec des multitudes de musées. Mais c'est aussi une ville très stressante, oppressante qui étouffe, qui est étouffée par le périphérique. J'ai appris à aimer Paris aussi parce que je m'y suis fait des amis qui me l'ont faite découvrir différemment.

Les fêtes approchent. Allez-vous retourner au Québec ?
Marc-André Grondin : Non, je reste à Paris car nous avons une tournée des cinémas avec l'Homme qui rit. J'ai un ami américain qui travaille à Paris, je vais passer les fêtes avec lui, sa famille et quelques amis expatriés. L'an dernier, j'étais déjà retenu à Paris. Je l'avais fêté avec des amis chez moi. On avait passé une excellente soirée en écoutant de la musique. C'est ça aussi les fêtes, partager des moments simples avec ses proches.

Quel est votre plus beau souvenir de noël ?
Marc-André Grondin : Je n'ai pas un souvenir en particulier mais plutôt une ambiance. J'aimais bien cette atmosphère chaude dans une pièce familiale avec de la neige à l'extérieur. Je me souviens qu'on ne lâchait pas nos parents de la journée pour avoir nos cadeaux. Finalement, on tombait de fatigue à 20 heures et à minuit, mes parents nous réveillaient. Ils ne me faisaient pas vraiment croire au Père Noël même s'ils jouaient le jeu en inscrivant "A Marc–André de la part du Père-Noël". J'avoue que j'ai assez rapidement compris que c'était juste impossible qu'un seul homme livre des cadeaux à toute la planète et que la majorité des gens n'en avait pas.

Bientôt la fin du monde. Qu'est-ce que vous regrettez de ne pas avoir fait ?
Marc-André Grondin : Des enfants ! Mais bon là c'est vraiment short. Sinon, il y a encore quelques mois j'aurais dit visiter l'Islande, mais c'est fait. Alors je répondrai découvrir l'Antarctique ou le Pôle nord.

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