Ségolène Royal, "une rebelle" pour Gérard Miller

Repérer ce qui, depuis son enfance et tout au long de sa vie, avait pu rendre Ségolène Royal aussi obstinée, mais aussi extravagante, rocambolesque. Brosser le portrait de cette icône de la République, courageuse, bienveillante. Percer les mystères du "couple" que cette politicienne forme avec le Président, son ex, le père de ses quatre enfants… C'est ce que propose le documentaire "Ségolène Royal: La femme qui n'était pas un homme".

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Rencontre avec Gérard Miller, psychanalyste, professeur des universités, écrivain, chroniqueur à la radio et à la télévision française et co-auteur/réalisateur d'un film sur Ségolène Royal.

Ségolène Royal et Gérard Miller © Montage SIPA/ABACA

Pourquoi se pencher sur le cas "Royal" ?
Gérard Miller : On a vu en elle un personnage de roman, l'héroïne d'une histoire inédite. Elle est une exception dans la vie politique française. Elle a surmonté 4 échecs incroyables, s'est relevée de 7 ans de malheurs pour devenir la n°3 du gouvernement. C'est formidable, non ?

"La femme qui n'était pas un homme", expliquez-nous le titre de votre ...
Avant elle, toutes les femmes politiques avaient dû mimer les hommes. Ségolène Royal n'a pas eu à montrer ses couilles. Il faut se souvenir de la façon étonnante dont Françoise Giroud avait rendu hommage à Edith Cresson, nommée à Matignon, s’exclamant : "Elle, au moins, elle en a !". Une femme Premier ministre, d’accord, mais phallique ! C'est la première originalité de Ségolène, c’est que personne n’a jamais considéré que son principal atout était d’être bien membrée.
Elle a imposé sa féminité et même un côté "bonne femme" qui a indisposé les vieux briscards du landerneau. A l'Assemblée Nationale, sa première question a été : "Où est la crèche ?". Elle s'est indignée de trouver un practice de golf, mais pas de structure de garde pour les enfants. C'est spontanément aussi, que nommée ministre alors qu'elle était enceinte, elle a accueilli les télés à la maternité lorsqu'elle a accouché de sa petite Flora…

Un comportement qu'il lui a valu la désapprobation des éléphants socialistes…
Selon Freud, les femmes sont des menaces pour la virilité. Elles remettent en cause le statut de maître des mâles, c'est pour cela que les hommes se comportent aussi mal avec elles: les voilent, les cachent, les rabaissent, les internent en hôpitaux psychiatriques…
Dans la classe politique, la norme est masculine. A droite comme à gauche, la lutte continue d’être féroce entre tous ces hommes en rut, qui veulent prendre la France comme une femme, sûrs d’avance de la faire rugir de plaisir. Or, Ségolène Royal a toujours assumé cette dimension castratrice. C'est pour cela que ses pairs et même les journalistes l'ont taxée d'"hystérique", de "folle". Pire, pendant la campagne de 2007, ses détracteurs, ses opposants mais aussi les médias l'ont fait passer pour une cruche qui faisait des bourdes. Alors que son niveau de connaissance est immense…

Elle n'a jamais voulu jouer le jeu du rassemblement interne, mais elle a séduit les jeunes…
C'est une insoumise, une rebelle, dans tous les sens du terme. Elle a ébranlé les institutions masculines, s'est érigée en égérie de la féminité. Elle parle de ce qui lui tient à coeur, pas de ce qui la ferait mousser. Si elle n'a pas su fédérer son propre camp, elle a su plaire, susciter des passions, mais aussi convaincre, de raison. Rien que dans ma famille : trois de mes cinq enfants ont adhéré au PS pour "voter Ségo" !

Vous dites dans le film qu'elle s'est construite "contre son père" ?
Ségolène Royal a vécu une éducation sévère dans la froideur des Vosges. Son père était un militaire, un lieutenant-colonel d'artillerie de marine, réac', autoritaire, misogyne et antisémite. Elle lui a d'ailleurs fait un procès pour qu'il subventionne ses études.

Et Ségolène de dire "jamais comme ma mère"...
En s'affranchissant de l'autorité paternelle, cette adolescente a réalisé que sa mère, dont elle était proche, était une femme soumise, cantonnée à la cuisine, aux lessives et à l'entretien du foyer, un anti-modèle… Mais cette Hélène, génitrice de huit enfants, a trouvé le courage de demander le divorce, quitte à faire des ménages pour subvenir à ses besoins. Une gageure à cette époque. Une émancipation qui a fait la fierté de sa fille.

Le documentaire évoque aussi largement l'histoire d'amour de plus de trente ans avec François Hollande...
Arrivée de province, de l'Université de Nancy, Ségolène n'est pas à l'aise à Paris, elle a peu d'amis, est regardée de haut. Elle se réfugie dans le travail. Puis elle rencontre François le zigoto, le comique, qui l'extirpe des bancs de l'école (et d'une relation posée avec un aristo BCBG puis d'une idylle avec Dominique de Villepin). Le jeune Hollande apporte l'humour et la légèreté à cette bonne élève, sage, policée. Ségolène était une adolescente grave, triste, voire austère, sans humour. Elle a choisi le type le plus marrant, décalé, celui qui lui a permis de sortir des clous. La preuve ? Passionnés, fusionnels, ils ne se sont jamais mariés !

Le mot de la fin ?
Je pense que Ségolène Royal n'a pas fini  de nous épater et qu'il y a encore quelques surprises possibles et pourquoi pas l'Elysée...

Ségolène Royal: La femme qui n'était pas un homme, France 3, lundi 15 juin, à 20h50.

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