Le "repassage des seins" : un supplice pour contrôler la sexualité

Au Cameroun, les mères écrasent les seins de leurs filles pour les rendre moins désirables et retarder ainsi l'âge de leur premier rapport sexuel.

Le "repassage des seins" : un supplice pour contrôler la sexualité
© Sylvie Bouchard - Fotolia.com

Le massage des seins, appelé aussi le "repassage" est une pratique ancienne toujours en vigueur dans les pays d'Afrique comme le Cameroun, le Togo ou encore la Guinée. Les mères s'arment de pierres chaudes, de pillons ou même de bananes plantains passées sur le feu et les déposent sur la poitrine de leurs fillettes afin de les aplatir. Cette mutilation consiste à ralentir la croissance mammaire et supprimer les signes extérieurs de féminité afin d'éviter les viols et empêcher les agressions sexuelles.
Au Cameroun, près d'une femme sur dix subit cet acte barbare, selon un rapport publié par la Coopération technique allemande. "Mon calvaire a commencé à 12 ans" raconte Christelle Ensi à Rue 89. "Chaque soir, ma mère me faisait asseoir près d'elle dans la cuisine. Elle dénudait alors ma poitrine pour presser avec force une spatule chaude sur mes seins naissants. Pendant que je hurlais de douleur, mes deux tantes me maintenaient. Au bout de trois mois, ma mère a été forcée d'arrêter en raison de mes brûlures".
Même calvaire pour Amélie qui a témoigné en 2006 sur le site Afrique.com : "A 12 ans, quand j'ai eu un peu de seins, mes parents étaient inquiets. Ils avaient peur que j'attire les garçons. Un jour, ma mère m'a appelée et elle a commencé à me masser les seins avec une pierre chauffée dans le feu. Elle disait qu'il fallait que la pierre soit bien chaude pour casser le "noyau" qu'il y a quand les seins poussent. Ca faisait très mal. Quand elle massait, je criais tellement que les voisins venaient voir ce qui se passait dans la cuisine".
Comme l'excision, le repassage de seins se transmet de générations en générations : les mères répètent les gestes qu'elles ont elles-même subi étant enfant. Selon elles, il s'agit d'une technique comme une autre pour contrôler la sexualité de leur fille : "Le sexe est un sujet généralement tabou dans la famille camerounaise, on n'en parle pas avec nos enfants. Le massage de la poitrine, c'est notre méthode contraceptive locale" explique la mère de Christelle Ensi. Un moyen de "contraception" qui laisse des séquelles à vie, notamment l'impossibilité pour ces filles devenues mères d'allaiter leurs enfants.
 

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Mère et fille au Cameroun © Sylvie Bouchard - Fotolia.com