Viol, torture et tatouages : le calvaire de Khadija bouscule le Maroc

Khadija Okkarou, une adolescente marocaine de 17 ans, a vécu l'enfer : kidnappée, violée et torturée pendant deux mois, elle a décidé de témoigner suite à sa libération. Son histoire choque dans un pays où les femmes sont encore trop souvent malmenées.

Viol, torture et tatouages : le calvaire de Khadija bouscule le Maroc
© Facebook

Khadija Okkarou a été kidnappée, séquestrée, brûlée, violée et tatouée de force pendant deux mois. A 17 ans, la jeune femme aurait été enlevée en mai alors qu'elle se trouvait devant chez sa tante dans le centre du Maroc, par une quinzaine d'hommes. "Je ne leur pardonnerai jamais, ils m'ont détruite", témoigne-t-elle, à visage couvert, dans une vidéo publiée par Chouf TV, en montrant son corps recouvert de brûlures de cigarettes et de tatouages, dont une croix gammée.

Après des semaines d'horreur, elle aurait été rendue à sa famille sous condition que ses parents ne contactent pas la police. C'est finalement Khadija qui a décidé de raconter l'horreur aux forces de l'ordre. "Mon père leur avait dit de me libérer et il leur a promis de ne rien dire aux autorités. Mais c'est moi qui ai tout dit aux gendarmes. Je veux la justice et qu'ils paient pour ce qu'ils m'ont fait", a-t-elle expliqué.

Pétition, détatouage et tribune

Douze personnes ont été interpellées, indique l'AFP. Trois autres sont encore recherchées. La première audience du procès devrait se tenir le 6 septembre. Son père a précisé : "Son état est stable, nous essayons de la soutenir, de lui assurer que justice lui sera rendue et de lui dire qu'elle n'y est pour rien (...). Nous sommes émus par l'élan de solidarité avec elle." Depuis le récit de la jeune fille, les internautes tentent comme ils peuvent de montrer leur soutien. Le hashtag #JusticePourKhadija est devenu viral. Une pétition adressée au roi Mohammed VI a été créée pour fournir à l'adolescente une aide psychologique et médicale. En une semaine, elle a recueilli plus de 78 000 signatures.

Profondément touché par son histoire, un "détatoueur" tunisien a proposé de lui venir en aide en supprimant les marques encrées sur son corps. Il serait déjà en contact avec le père de la victime pour essayer de faire venir l'adolescente en Tunisie.

Ce terrible fait divers rappelle d'autres affaires récentes d'agressions sexuelles collectives, comme celle de la "fille du bus" en 2017. L'année dernière, le nombre de cas de viols portés en justice dans le pays a doublé, passant de 800 à 1600. Pour alerter le monde sur l'urgence marocaine, plusieurs écrivains ont signé une tribune, publiée dans les médias locaux et sur Libération : Viol de la fille aux tatouages ; qui va sauver les femmes marocaines ? Malgré une première loi contre les violences faites aux femmes votée en début d'année, la question reste malheureusement en suspens.

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