Avortement : le Sénat rejette la légalisation en Argentine

Un pas en avant, deux pas en arrière : les sénateurs argentins ont mis un terme aux espoirs des pro-IVG et des organisations féministes. Le projet de loi légalisant l'avortement durant les 14 premières semaines de grossesse a été rejeté, alors qu'il avait adopté en juin par l'Assemblée nationale.

Avortement : le Sénat rejette la légalisation en Argentine
© Natacha Pisarenko/AP/SIPA

[Mise à jour du 09 août 2018 à 15h20] Adopté par les députés au mois de juin, le texte de loi pour le droit à l'avortement en Argentine a finalement été abandonné à la suite d'un "non" majoritaire au Sénat, malgré les milliers de personnes (2 millions selon les organisateurs des manifestations) qui se sont déplacées dans les rues de Buenos Aires pour la dépénalisation de l'IVG. Il faudra attendre 2020 pour espérer que la question soit à nouveau examinée par le Parlement (la prochaine législature débutant en 2019).

En ce 14 juin 2018, les députés argentins ont voté pour la légalisation de l'avortement. Approuvé avec une courte majorité (129 contre 125), le texte a fait l'objet de plus de 22 heures de discussions et de débats. Une victoire pour les féministes argentines, pour qui la voie de la libéralisation n'était pas gagnée d'avance. Si en 2010, le pays était devenu le premier d'Amérique latine à autoriser le mariage pour tous, le sujet de l'IVG semblait plus compliqué à aborder au sein de cette nation à forte tradition catholique.

Jusque là, l'avortement était interdit, excepté en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Une restriction qui conduisait chaque année des milliers d'Argentines à mettre fin à leur grossesse de manière illégale et clandestine. Des pratiques dangereuses qui avaient finalement conduit à l'élaboration d'un projet de loi, après plusieurs tentatives infructueuses. Pour les pro-IVG, c'était déjà une petite victoire que la question soit débattue en séance plénière, bien que les sondages donnaient le "non" gagnant (117 élus contre 111). A l'extérieur du congrès, la bataille de l'opinion publique faisait également rage. 

Un pays déchiré en deux camps

Depuis plusieurs mois, des manifestations s'étaient multipliées dans le pays : d'un côté, les défenseurs de l'avortement, arborant un foulard vert sur lequel était inscrit : "Education sexuelle pour décider, contraceptifs pour ne pas avorter, avortement légal pour ne pas mourir". De l'autre, les pro-vida (ou anti-IVG) portant un bout de tissu bleu avec la mention : "Sauvons les deux vies". Deux camps qui ont suivi les délibérations des députés dans la nuit du 13 au 14 juin, en direct de la place du Congrès.

Ces débats ont aussi été surveillés par les personnalités ayant pris position ces dernières semaines. Outre des intellectuels, des stars de la télévision, comme Marcelo Tinelli, ont montré leur soutien aux "oui".  A l'inverse, nombre de politiques et de dignitaires religieux s'étaient engagés contre la loi. "Être en faveur de la vie est beaucoup plus progressiste et respectueux", avait avancé la vice-présidente Gabriela Michetti. Du côté de l'Eglise, le pape François, originaire d'Argentine, s'était prononcé sur la question en demandant aux catholiques argentins de se mobiliser contre le texte. Autant de partis pris qui laissaient planer le doute quant au résultat. Si le projet a été approuvé par les députés, il lui faut désormais passer devant le Sénat, réputé encore plus conservateur, pour être adopté. Ce n'est donc que le début d'un long processus.

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