Enquêter sur les droits des femmes peut vous coûter la vie

Cyberviolences, agressions, emprisonnements, assassinats…voici les exactions infligées aux plumes qui dérangent. Pour le 8 mars, Reporters Sans Frontières publie un rapport intitulé "Droits des femmes : enquêtes interdites", révélant le sort des journalistes qui osent dénoncer la condition des femmes dans leur pays.

Enquêter sur les droits des femmes peut vous coûter la vie
© Tsering Topgyal/AP/SIPA

S'intéresser au sort réservé aux femmes tue. C'est le constat établi par Reporters Sans Frontières (RSF) dans son rapport intitulé "Droits des femmes : enquêtes interdites". Ces deux dernières années, 90 journalistes ont vu leurs droits bafoués dans une vingtaine de pays. Leur tort ? Oser parler de la condition féminine dans leur pays. S'il vous paraît élevé, ce chiffre est "bien en-deçà de la réalité". Certaines victimes sont tellement résignés qu'elles ne veulent pas communiquer. Au total, 11 journalistes ont été assassinés, 12 emprisonnés, et au moins 25 agressés. Sans compter une quarantaine d'autres qui ont subi - ou subissent encore - des menaces sur les réseaux sociaux.

Parmi les victimes : Miroslava Breach, assassinée en 2017 par balles alors qu'elle emmenait son fils à l'école. Journaliste d'investigation "à l'éthique professionnelle irréprochable", comme le souligne l'une de ses confères, cette correspondante de La Jornada avait dénoncé les féminicides de Ciudad Juarez. Rappelons qu'au Mexique, sept femmes sont tuées quotidiennement au Mexique. Autre cas signalé dans le rapport, celui de la journaliste indienne Gauri Lankesh, tuée quelques mois plus tard pour avoir dénoncé le patriarcat du gouvernement nationaliste hindou. Malgré l'enrichissement de sa population, l'Inde n'est toujours pas favorable à l'émancipation des femmes. En France, la journaliste d'Europe 1 Nadia Daam, cible de cyberharcèlement, a reçu des menaces sur sa famille ainsi qu'une tentative d'intrusion pour avoir dénoncé le sabotage d'un numéro de téléphone "anti-relous" destiné à aider les femmes victimes de harcèlement.

Selon RSF, les groupuscules religieux et criminels sont les "premiers prédateurs des femmes et de l'information", appuyés par les régimes autoritaires. Si certains reporters font le choix de l'exil ou du silence, d'autres résistent. Pour garantir la liberté d'expression et permettre à ces journalistes d'exercer librement leur métier, RSF adresse une trentaine de recommandations aux rédactions, aux reporters, aux Etats, aux Nations Unies et aux plateformes. Parmi elles, lutter contre l'impunité des violences, éliminer les trolls en ligne ou encore "simplement" porter plainte.

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