Christian Lacroix "Il y a une part d'honneur à être sollicité pour de nouvelles collaborations"

Christian Lacroix est désormais conseiller artistique de la Monnaie de Paris. Une nouvelle collaboration pour le couturier qui multiplie les expériences.

lacroix
Christian Lacroix pose devant une des médailles © Justine Feutry / Le Journal des Femmes

Qu'est-ce qui vous a séduit dans cette collaboration avec la Monnaie de Paris ?

Justement le fait que ce soit avec une maison comme celle-là. J'ai toujours été attiré par le passé, peut-être même que j'ai été parfois un peu trop nostalgique enfant. Ensuite, en grandissant, j'ai été attiré par l'innovation. Et j'ai réalisé que ce qui me rendait heureux c'était de relier les deux, partir des racines pour aller vers quelque chose de nouveau. En plus, enfant, je me ruinais pour acheter des médailles ou des pièces. J'aime vraiment le travail qui est effectué à la Monnaie de Paris. Et puis, il y a le jeu de dessiner et de voir comment tout cela est traduit. Je ne cousais pas en haute couture, je ne faisais que dessiner. Ici, c'est la même démarche. J'aime bien aussi l'idée d'avoir été appelé depuis une vingtaine d'années par des institutions. Il y a une part d'honneur : mes grands-parents seraient fiers de moi. Ici, c'est une première expérience mais si on peut poursuivre l'aventure, j'adorerais.

 

Vous avez besoin de vous poser pour ce genre de challenge ?

Pas forcément car je suis en paix avec moi-même. Mais peut-être qu'inconsciemment, on m'a tellement dit que j'étais un doux rêveur, que j'étais un créateur qui n'avait pas forcément le sens des réalités, qu'il y a quelque chose de concret à intervenir sur le tramway de Montpellier ou le relooking des cinémas Gaumont... Je suis presque étonné qu'un créateur comme moi, qui passait avec Jean Paul Gaultier pour un enfant terrible de la mode, ait pu effectuer des collaborations avec la SNCF ou de participer au quotidien des gens.

 

Comme avec votre récente collaboration avec Desigual ?

Cela rejoint cette idée puisque finalement, c'est davantage une mode de la rue. Dans la même semaine, on m'a proposé ces collaborations avec la Monnaie de Paris, avec Desigual ou avec le Quai Branly et c'était toujours des rencontres qui me correspondaient. Chez Desigual, il y a une vraie culture de l'entreprise et quelque part, ils ont réussi là où j'ai échoué. On se rencontre sur un amour des couleurs et des motifs et ils réussissent à sous-tendre tout ça avec un marketing efficace.

 

"J'ai toujours rêvé d'être costumier"

Qu'avez-vous pensé de la semaine de la haute couture qui s'est achevée il y a quelques jours à Paris ?

Je n'ai pas vraiment eu de coup de coeur car la haute couture telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui ne me correspond plus beaucoup. Personnellement, j'aimais l'idée d'une robe unique pour une femme unique. Et finalement, c'est ce que je retrouve en travaillant pour le théâtre ou l'opéra. J'ai eu carte blanche pour créer trente robes pour des figurantes, par exemple, et c'est ma couture à moi. Je suis vraiment libre et en même temps, c'est une forme de création qui implique beaucoup de contraintes car les artistes doivent pouvoir bouger. Il y a autant d'exigences que pour une riche cliente. Ce n'est pas la même façon de ressentir les choses qu'en haute couture, mais les ateliers de création de ces costumes n'ont souvent rien à envier à la mode et je n'ai plus le sentiment de vide que je pouvais connaître à la fin d'un défilé. J'étais couturier mais j'étais aussi et surtout costumier. C'était d'ailleurs mon rêve d'enfant : être couturier de théâtre avec Visconti.