Marcel Rufo : "Il n'y a pas de divorce heureux pour les enfants"

Les enfants de divorcés souffriraient-ils plus qu'on ne pense ? C'est ce que révèle une récente enquête. Le pédopsychiatre Marcel Rufo a accepté de répondre à nos questions.

Marcel Rufo : "Il n'y a pas de divorce heureux pour les enfants"
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Marcel Rufo, pédopsychiatre. © S. de P. Hachette

Une enquête publiée le 2 février par l'Union des Familles en Europe (UFE) dresse un constat inquiétant : les enfants de divorcés souffriraient bien plus qu'on ne l'imagine de la séparation de leurs parents.
Des chiffres alarmants viennent illustrer ce bilan : sur les 1 137 adultes qui ont répondu au questionnaire, 88 % déclarent avoir perdu l'espoir du bonheur à deux, 56 % ont connu la démotivation au cours de leurs études et 41 % ressentent un manque de confiance en eux en milieu professionnel.
Le pédopsychiatre Marcel Rufo apporte son éclairage sur cette enquête. 

 


Cette enquête reflète-t-elle ce que vous constatez en consultation ?
Je reçois en effet beaucoup d'enfants qui vivent très mal le divorce de leurs parents. Selon moi, l'avantage d'une telle enquête est qu'elle évite de montrer le divorce d'un point de vue angélique, même si heureusement elle ne le remet pas en cause en tant qu'acquis social. Quoi qu'il en soit, les parents divorcés ont beaucoup de mal à entendre cela car ils sont face à une réalité qu'ils ont tenté d'oublier.

Comment se traduit ce mal-être chez les enfants ?
Ils se demandent s'ils comptent pour leur père ou pour leur mère, il veulent savoir s'ils ont encore une importance à leurs yeux. On constate aussi que les petits restent "collés" à leur maman qui devient tout pour eux, d'où un certain manque de confiance par la suite. Je pense également que dans leur tête, ils craignent eux-mêmes de divorcer un jour, même si cela n'empêche pas le fait qu'ils puissent tomber profondément amoureux de quelqu'un.

Quelle est la meilleure attitude à adopter dans un cas de divorce ?
Tout d'abord se dire qu'il n'y a pas de bonne attitude à avoir. Je pense qu'il faut avant tout prendre en compte la souffrance de son enfant et réaliser à quel point ce moment peut être difficilement vécu. C'est une forme de respect indispensable qu'on lui doit.

Ne pensez-vous pas que la recomposition des familles puissent être à l'origine de ce mal-être ?
Non, je pense qu'avoir une famille recomposée est une bonne chose pour l'enfant car elle participe à son équilibre. En revanche, je suis beaucoup plus inquiet pour les parents qui restent seuls et isolés, car ils deviennent les seuls et uniques référents pour leurs enfants.

Nous assistons ces dernières années à la valorisation du "divorce heureux", pensez-vous que le ressenti des enfants a été négligé ?
C'est une évidence. Tous les enfants pâtissent de ce faux-semblant qu'est le divorce heureux, et pour moi il n'existe tout simplement pas. Les petits ne comprennent pas pourquoi leurs parents ne sont plus ensemble alors qu'ils se quittent dans une très bonne entente. C'est une situation qui les dépasse.

 

 

Appel à témoins 

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