Protection de l'enfance : "il y a urgence à agir"

Les enfants placés sont souvent baladés entre les différentes structures d'accueil. Et à 18 ans, ils sont livrés à eux-mêmes et manquent d'accompagnement. Le CESE livre ses recommandations pour prévenir les ruptures dans les parcours en protection de l'enfance.

Protection de l'enfance : "il y a urgence à agir"
© 123rf-Katarzyna BiaÅ‚asiewicz

C'est la première fois que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se penche sur la protection de l'enfance. Saisi par le Premier ministre le 5 mars dernier, le projet d'avis - adopté ce 13 juin à l'unanimité - cible à la fois les mineurs en difficultés multiples (souvent appelés "les incasables" et les jeunes majeurs qui quittent l'aide sociale à l'enfance à l'âge de 18 ans. Pour les premiers, les cas de négligences ou de violences graves subies avant leur prise en charge a des conséquences sur leur éducation, leur santé, leur relation avec les autres... Ces enfants placés sont souvent baladés entre les structures et les familles d'accueil, alors qu'ils ont besoin d'un foyer durable. "Cette maltraitance institutionnelle accentue leur sentiment d'abandon, leur capacité à suivre une scolarité stable et la prise en charge de leurs troubles psychiques", précise le CESE. Selon le dernier rapport du Défenseur des droits, 36% des jeunes placés durant leur enfance déclarent être en mauvais état de santé, soit deux fois plus que les autres. Quant aux jeunes filles, elles ont 13 fois plus de risques de subir une grossesse précoce, et certaines sont même victimes de réseaux de prostitution. Par ailleurs, près de 20% des jeunes de l'ASE présentent un handicap physique ou mental.

Rupture brutale à 18 ans et précarité. Quant aux jeunes majeurs, "leur situation est alarmante !" déclare le rapporteur Antoine Dulin, vice-président du CESE. "On leur demande plus d'autonomie, alors qu'ils ont moins de ressources que la majorité des jeunes de leur âge". De plus, à 18 ans, ils sont trop jeunes pour être autonomes, notamment pour trouver un logement ou un emploi, tandis qu'ils n'ont pas encore fini leurs études. En moyenne, l'âge auquel les ados quittent leur foyer familial est 23,6 ans, et leur premier emploi stable se situe entre 27 et 28 ans. Pour les aider à la sortie de la protection de l'enfance, le contrat jeune majeur peut leur être octroyé. Cette prestation sociale permet de les soutenir financièrement, au maximum jusqu'à l'âge de 21 ans. Le problème, c'est que cette aide soumise à condition n'est plus obligatoire et que seuls 20 900 jeunes en bénéficient (soit un tiers des jeunes majeurs placés). D'autant que les dates sont courtes : entre trois à six mois, et seulement 1% des contrats jeunes majeurs durent plus d'un an, ce qui accentue leur précarité. Conséquence : près de 30% des moins de 30 ans utilisent des services d'hébergements temporaires et de restauration gratuite en France. En outre, un SDF sur quatre a été placé en foyer ou en famille accueil dans sa jeunesse, "Ce manque d'accompagnement est alors vécu comme un sécateur à rêve et seulement 13% des enfants placés préparent un bac général, soit 5 fois moins que la population", précise Antoine Dulin. Rappelons que près de 10 milliards d'euros sont investis pour la protection de l'enfance chaque année. Pour le CESE, "il s'agit d'un véritable gâchis économique et d'un non-sens éducatif et social puisqu'il engendre souvent une perte d'estime de soi pour les jeunes, mais aussi pour les professionnels qui les accompagnent". "On investit beaucoup d'argent dans le parcours de ces jeunes, mais la plupart d'entre eux connaissent une rupture brutale. On les laisse seuls pour se développer dans les méandres de nos institutions, alors que l'objectif de cette politique est de garantir les besoins fondamentaux de l'enfant et de soutenir son développement affectif, intellectuel et social", ajoute le vice-président du CESE.

Les recommandations du CESE. Pour prévenir les ruptures dans les parcours en protection de l'enfance, le CESE livre une série de recommandations visant à alimenter les futures lois et stratégies à venir sur la protection de l'enfance et de l'adolescence, celles sur la parentalité et la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. Le CESE propose de faire évoluer le droit commun en garantissant un revenu minimal social pour les jeunes majeurs. Ou de garantir un droit spécifique avec une prise en charge, non pas jusqu'à 21 ans, mais jusqu'à la fin des études ou jusqu'au premier emploi durable. Il réclame également une meilleure coordination entre les acteurs, le renforcement de la formation des professionnels, et une prise en charge dès le début du parcours en agissant sur la prévention, ainsi qu'un accompagnement sur mesure. Enfin, le CESE propose la mise en place d'offres d'accueil spécifiques comme le développement de lieux de vie pour accueillir et accompagner les jeunes, sans préjugés. Le Colibri, situé dans les Yvelines par exemple, est un refuge qui permet aux jeunes en rupture avec la société, de les aider à se réinsérer.

Qui sont ces enfants placés ? Lorsqu'un enfant est en danger, suite à un signalement ou à la demande des parents, l'enfant ou le jeune est pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) ou par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Ces jeunes peuvent soit bénéficier de mesures éducatives : ils restent au sein de leur famille et sont accompagnés par un ou des professionnels, soit être placés dans une structure ou une famille d'accueil. En France, 300 000 jeunes bénéficient de mesures de protection de l'enfance, qu'elles soient administratives ou judiciaires, et 20 900 jeunes âgés de 18 à 21 ans bénéficient d'une prestation "jeunes majeurs". Par ailleurs, 57% des garçons sont placés contre 43% des filles, et la majeure partie des enfants placés (53%) sont âgés de 11 à 18 ans et 12% ont plus de 18 ans.

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