Les visites médicales obligatoires à 6 ans, pas toujours assurées

Malgré les annonces du gouvernement visant à améliorer la santé des élèves, il existe "un fort contraste entre les objectifs affichés et la situation observée", précise le CESE dans un projet d'avis. Le manque de médecins scolaires a des conséquences sur le suivi des écoliers et le dépistage de certains troubles. Recommandations.

Les visites médicales obligatoires à 6 ans, pas toujours assurées
© Nagy-Bagoly-Ilona-123rf

La bonne santé d'un élève, le repérage et la prise en charge des troubles sont des conditions nécessaires aux apprentissages. Pour améliorer la santé des enfants de l'école maternelle au lycée, le gouvernement met régulièrement en place des dispositifs préventifs (conduites addictives, alimentation et activités physiques, vaccination, contraception, etc.)... Il existe pourtant "un fort contraste entre les objectifs affichés et la situation observée", pointe le Conseil économique, social et environnemental (CESE), dans un projet d'avis présenté lors de l'assemblée plénière ce mercredi 14 mars à Paris. 

Par exemple, les visites médicales qui sont pourtant obligatoires à l'âge de 6 ans, ne sont pas toujours assurées, et "les problèmes de santé ou les troubles de l'apprentissage ne sont pas suffisamment détectés", précise le CESE. En outre, "des pathologies ne sont pas prises en charge ou le sont trop tardivement", ce qui risque aussi d'accentuer les inégalités entre les élèves dans le cadre de leur scolarité. En ce qui concerne la santé sexuelle, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes relevait en juin 2016 que 25 % des écoles déclaraient n'avoir mis en place aucune action d'éducation à la sexualité malgré l'obligation légale. Par ailleurs, le Projet d'accueil individualisé (PAI), mis en place à la demande des parents, permet d'accompagner les élèves ayant besoin de soins, tout comme le Plan d'accompagnement personnalisé (PAP), pour ceux qui présentent des difficultés scolaires liés à des troubles de l'apprentissage. Mais "ces dispositifs sont complexes et insuffisamment expliqués aux parents", précise le rapport.

Le manque de médecins scolaires en cause. Le nombre de médecins de l'Education nationale ne cesse de diminuer. "Ils n'étaient plus que 1035 en fonction au 1er juin 2016", précise le CESE. "Dans l'ensemble, le taux d'encadrement moyen dépasse aujourd'hui les 12 000 élèves par médecin de l'Education nationale. Cette moyenne cache de fortes inégalités entre les territoires", ajoute le rapport. Quant à leur mode de recrutement, il reste largement insuffisant. En effet, seuls 42% des postes ont été pourvus en 2015 et 36% l'année précédente. Enfin, on compte seulement 7600 infirmiers scolaires pour 12,5 millions d'élèves alors que leurs missions sont vastes (dépistage et suivi individualisé des élèves, promotion à la santé, urgences et gestion des événements traumatiques...). La Cour des comptes, l'Assemblée nationale, le Haut Conseil de la santé publique et plus récemment l'Académie de médecine, s'alarment donc "d'une baisse continue des effectifs qui ne permet plus au service de la médecine scolaire de remplir ses missions. Les enseignants et les parents d'élèves pointent les risques de cette situation pour la prévention en santé, le dépistage des troubles et la scolarité des enfants et adolescents".

Pourtant, "681 millions d'euros sont consacrés chaque année à la rémunération du personnel de santé", a affirmé le ministre de l'Education nationale. Malgré ce budget conséquent, il reconnaît ne pas remplir les objectifs fixés, fondés sur les recommandations du Haut Conseil de la santé publique. Lors de cette séance plénière, Jean-Michel Blanquer a rappelé que les visites médicales étaient indispensables pour détecter les troubles de la vision, de l'audition, ainsi que les risques d'obésité, qui touchent 3,5% des enfants, et particulièrement les populations les plus fragiles.

"Pour des élèves en meilleure santé." Ce projet d'avis vise à garantir une médecine scolaire à tous les élèves. Pour le CESE, "la réponse à l'urgence passe par l'implication de tous, la coordination des instances et une meilleure collaboration entre tous les acteurs". Ainsi, 15 mesures sont proposées au gouvernement afin d'améliorer le suivi des enfants à l'école, parmi lesquelles :

- le renforcement de la formation des équipes éducatives sur la santé,

- la mise en application des obligations existantes quant à la qualité de l'environnement de l'école (qualité de l'air, pollution...),

- une meilleure information des parents d'élèves avec la mise à disposition d'un guide sur leurs droits et les lieux des professionnels de santé, ainsi que la mise en place d'une plateforme d'orientation en cas de difficulté de santé physique ou mentale.

- une prise en charge adaptée et rapide aux besoins de l'élève, tout en éliminant les inégalités territoriales, 

- la mise en place d'une visite médicale obligatoire pour les enfants de 6 ans, prolongée par une surveillance sanitaire et d'examens périodiques doit être appliquée. "Elle doit être effective pour tous et devenir le point de départ de la coordination pour le repérage, le soin et le suivi des troubles", préconise le CESE.

- assurer la continuité de la prévention santé après le lycée, en informant les étudiants, par exemple sur la possibilité d'un examen proposé dès 16 ans par l'assurance maladie, 

- valoriser les métiers de la santé à l'école et les rendre plus attractifs, afin de pallier à la pénurie de médecins scolaires et d'infirmières.

Ces recommandations semblent aller dans le même sens que les engagements cités par Jean-Michel Blanquer.  "Le sujet de la santé à l'école est au cœur de mes priorités", a-t-il déclaré. Pour agir contre les inégalités sociales, "la politique de santé scolaire doit s'inscrire dans le cadre de la santé publique", a-t-il ajouté. Le ministre de l'Education souhaite "mieux construire et coordonner l'accès à la santé des enfants et garantir un examen médical à 6 ans", afin de mieux détecter les troubles. En outre, la mallette des parents devrait être entièrement revue d'ici le printemps 2018 afin "d'offrir des ressources aux familles". Enfin, "des actions concrètes de prévention seront inscrites dans les écoles et les établissements scolaires".

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