École et handicap : ce qui a été (vraiment) mis en place à la rentrée

Augmentation du nombre d'auxiliaires de vie scolaire, meilleur accueil des élèves, parcours scolaires plus personnalisés, une meilleure formation des professeurs... De nombreuses annonces promettaient d'améliorer la scolarisation des élèves en situation de handicap. Quel est le bilan de la rentrée 2018 ? Etat des lieux.

École et handicap : ce qui a été (vraiment) mis en place à la rentrée
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[Mis à jour le 07/09/18] A la rentrée 2018, près de 350 000 élèves en situation de handicap sont scolarisés dans les écoles publiques et les établissements privés relevant du ministère de l'Education nationale. Ils bénéficient pour certains d'une auxiliaire de vie scolaire (AVS), pour d'autres d'un accompagnement éducatif adapté ou encore, d'outils numériques pour leur permettre de suivre une scolarité la plus proche possible de celle des autres élèves. Pourtant, 48 000 familles restent toujours sans solution d'accompagnement adaptée pour leur enfant, déplore l'Union nationale de représentation et de défense des intérêts de personnes handicapées intellectuelles (Unapei) sur son site internet. Et ce, malgré les alertes répétées adressées aux pouvoirs publics. En effet, l'Unapei a publié une Tribune dans le Journal du Dimanche (du 2 septembre 2018) dans le but d'alerter les députés et sénateurs sur la situation des milliers d'enfants handicapés sans solution de scolarisation ou sur liste d'attente pour pouvoir intégrer un établissement spécialisé. 

Une campagne de sensibilisation. "L'Ecole est un droit pour tous les enfants", rappelle l'Unapei qui lance une grande campagne de sensibilisation pour interpeller l'opinion publique. A cette occasion, l'Association s'est unie au collectif d'artistes Le mouvement, ainsi qu'à des dizaines d'enfants en situation de handicap et ont réalisé ensemble d'incroyables fresques sur les murs de la Cité Riveraine, une rue du Xe arrondissement de Paris. Ces collages représentent des scènes de vie scolaire où tous les enfants, qu'ils aient un handicap physique, mental ou qu'ils soient valides ou neurotypiques, ont leur place. En parallèle, l'Unapei appelle à la mobilisation des associations et des entrepreneurs militants pour apporter des solutions pratiques aux parents concernés. L'objectif de ce "générateur de solidarité" ? "D'identifier, de valoriser et de soutenir financièrement des dispositifs déjà existants ou potentiels visant à apporter des réponses concrètes et ancrées sur les territoires, à ces familles". L'Unapei s'engage à soutenir les projets les plus pertinents. 


Mesures, créations de postes, meilleur accueil... Ce qui a (vraiment) été mis en place à la rentrée ? 

Dans sa conférence de rentrée, Jean-Michel Blanquer, l'actuel ministre de l'Education nationale a salué "les nombreuses avancées depuis un an sous l'ère Macron". Parmi elles : 

  • la création de 3 584  postes d'accompagnants supplémentaires à temps plein. Ils sont chargés d'accompagner individuellement les élèves en situation de handicap et favoriser leur autonomie. A cela s'ajoutent 2 600 postes d'accompagnants en dispositif collectif dans les ULIS  (Unités localisées pour l'inclusion) par exemple. De plus, le recrutement des accompagnants a été assoupli : les postes ont été ouverts à tout candidat disposant d'une qualification ou de prérequis lui permettant d'accompagner des élèves en situation de handicap et ne se limitent plus aux titulaires d'un diplôme de niveau 5 dans le domaine d'aide à la personne.
  • la création de 38 ULIS s'ajoutant aux 40 crées en 2017-2018
  • la mise en place d'un calendrier commun à destination des équipes académiques et des Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) pour faciliter l'affectation des accompagnants
  • une meilleure formation des professeurs grâce à de nouveaux outils : une plateforme de ressources pédagogiques en ligne pour les professeurs, simples et immédiatement utilisables en classe et la création de professeurs-ressources dans chaque académie pour mieux accompagner les enseignants dans leur démarches et leur apporter de l'aide
  •  la création d'un nouveau numéro non surtaxé : les parents n'ayant pas trouvé de solutions pour la scolarisation de leur enfant peuvent s'adresser à la cellule Aide handicap école au 0 800 730 12, mais également à la Direction des services départementaux de l'Education nationale de leur département. 

Ce qu'il reste à faire ?

Le ministre de l'Education nationale et la secrétaire d'État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel continuent de proposer des améliorations dans la scolarisation des élèves en situation de handicap dans les établissements publics ou privés, les lycées généraux, technologiques et professionnels. Ils espèrent d'ici 2022, fin du quinquennat d'Emmanuel Macron :

  • aménager les épreuves des examens (bac, brevet, CAP...) afin qu'elles soient plus adaptées et qu'elles prennent davantage en compte les différentes formes de handicap 
  • que le parcours de formation des élèves sourds soit diversifiés grâce à la création d'un pôle d'enseignement pour les jeunes sourds dans chaque académie
  • la création de plus de 8 000 emplois d'accompagnants pérennes
  • la création de 250 ULIS en lycée
  • la création de 180 Unités d'enseignement en maternelle autisme, ainsi que 45 unités élémentaires. 5 (Versailles, Toulouse, Rouen, Amiens et Lyon) sont déjà expérimentées à la rentrée 2018

Pourquoi ça prend du temps ?

Ce qui coince le plus, c'est le manque d'accompagnants. "Tant que l'on sera sur un système précaire avec des contrats aidés (actuellement pour la moitié des accompagnants), il manquera toujours des auxiliaires de vie scolaire. On a des problèmes de recrutement [alors que] les budgets sont là", regrette la secrétaire d'État. La précarisation des postes d'accompagnant et leur non-titularisation auprès du ministère reste une des plus grandes difficultés pour Sophie Cluzel et Jean-Michel Blanquer qui désirent offrir aux accompagnants des "contrats plus pérennes" estampillés Éducation nationale afin de lutter contre leur situation précaire (souvent à 20h par semaine).

Les ministres ont annoncé le lancement d'une concertation auprès du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). Elle aura lieu le 10 septembre 2018 et invitera des parents d'enfants en situation de handicap, des organisations syndicales et des accompagnants à réfléchir à un meilleur dispositif d'accompagnement des élèves en situation de handicap dès la rentrée 2019.

Un plan en six volets. La réforme de l'inclusion scolaire s'articule autour de six axes : mieux informer, former et accompagner les enseignants ; multiplier et diversifier les modes de scolarisation ; veiller à ce que les élèves sortent de l'école avec un diplôme ou une certification professionnelle (mieux prévenir l'échec scolaire, simplifier et aménager le passage d'examen, développer l'accès au numérique…) ; adosser l'offre médico-sociale à l'école de la République ; améliorer le recrutement et l'organisation du dispositif d'accompagnement des élèves handicapés et transformer durablement l'accompagnement des élèves en situation de handicap. L'ensemble de ces mesures se feront "en dialogue avec les partenaires concernés et dans une démarche d'essaimage des bonnes pratiques territoriales et des modèles inclusifs européens".

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