4 millions de personnes victimes d'inceste en France

6% de Français (soit 4 millions de personnes) ont été victime d'inceste, révèle L'Association Internationale des Victimes de l'Inceste (AIVI), qui lance sa première campagne de sensibilisation pour combattre ce fléau.

4 millions de personnes victimes d'inceste en France
© © Monkey Business

Le chiffre est surprenant tant l'inceste est tabou et peu abordé en France. Pourtant, 6 % de personnes déclarent avoir été victimes d'inceste, ce qui correspond à 4 millions de Français selon un sondage Harris pour l'Association Internationale des Victimes de l'Inceste (AIVI). Et parmi les personnes interrogées, 27 % connaissent, dans leur entourage, au moins une personne ayant subi des agressions sexuelles (attouchements ou caresses), des viols, des actes d'exhibitionnisme, ou ayant fait l'objet de confidences répétées à caractère sexuel, voire ayant été contrainte de poser pour des photographies érotiques ou pornographiques.

L'inceste, désormais inscrit dans le code pénal

Pour Isabelle Aubry, présidente de l'AIVI, de nombreux progrès restent à faire. Elle-même victime d'inceste durant son enfance, elle porte plainte contre son père à l'âge de 15 ans pour l'avoir violée et prostituée durant des années. Mais l'inceste n'ayant été inscrit au code pénal que depuis le 18 novembre 2015, ce dernier "a été jugé pour simple attentat à la pudeur", dénonce la présidente. En effet, l'association qui se bat depuis des années contre la pénalisation de l'inceste, (mais aussi pour l'abolition de la prescription, la prévention, la formation des professionnels de santé et l'information...) a contribué à l'inscription de l'inceste dans le code pénal. Rappelons que jusqu'à présent, le code pénal ne définissait pas l'inceste en tant que tel mais uniquement les cas de viols, d'agressions ou de relations sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans. Désormais, "ces agressions sont qualifiées d'incestueuses lorsqu'elles sont commises sur un mineur par un ascendant, un frère, une soeur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce, le conjoint, le concubin d'une des personnes mentionnées ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité, s'il a sur le mineur une autorité de droit ou de fait". Si l'association se félicite de cette définition plus claire, elle regrette néanmoins que les cousins ne soient pas concernés par le texte de loi.

"Joyeux Noël", la campagne de sensibilisation pour combattre l'inceste

Pour sensibiliser le grand public à ce tabou qui touche au cercle familial, l'AIVI a fait appel à Publicis Conseil pour lancer sa première campagne TV, à l'approche des fêtes de fin d'année. Intitulé "Joyeux Noël", ce film (diffusé aujourd'hui sur les réseaux sociaux et à partir du 23 décembre à la télévision) raconte l'histoire d'un petit garçon qui n'aime pas Noël. A l'approche du réveillon, celui-ci se montre particulièrement renfermé, triste et violent, déchirant dessins et calendrier de l'avent. En réalité, en tant que victime d'inceste, il appréhende la venue d'un des membres de sa famille le 24 décembre. La vidéo se termine par un chiffre, de nouveau insoutenable : "75 % des violences sexuelles sur enfants se passent dans le cadre familial".

Un plan d'action et de prévention est nécessaire

Depuis 2000, l'OMS recommande la création d'un plan national pour lutter contre toutes formes de violences. Ce fléau de santé publique, qui détruit physiquement et psychologiquement, augmente considérablement les facteurs de risque pour la santé des personnes qui en sont victimes. C'est la raison pour laquelle plusieurs propositions ont été énoncées. En effet, il est indispensable de mieux former les professionnels de santé en inscrivant notamment dans les programmes d'études de médecine et de soins infirmiers des modules sur la prévention de l'inceste. "En plus des médecins et pédiatres, il faudrait également former les gynécologues, les urologues, les psychologues mais aussi les enseignants, les magistrats et les avocats", déclare Hélène Romano, psychologue et membre du comité scientifique de l'AIVI. Parmi les autres actions à mener : le dépistage systématique des situations à risques et si besoin, l'orientation des victimes pour une prise en charge adaptée, la création d'un numéro vert, l'organisation de programmes d'aide sociale et de prévention ou encore l'amélioration des systèmes de soins. 

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