Harcèlement scolaire : 5 signes qui doivent alerter les parents

Peu d'adultes parviennent à voir le mal-être d'un enfant harcelé à l'école. Par peur de représailles ou de décevoir ses parents, ce dernier ne se confie pas. Pourtant, certains signes peuvent être révélateurs.

Harcèlement scolaire : 5 signes qui doivent alerter les parents
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[Mise à jour du 6 mars 2018]. Ce lundi 5 mars, le ministre de l'Education nationale s'est rendu dans un établissement scolaire de Dijon, aux côtés de Brigitte Macron, dans le cadre de la lutte contre le harcèlement scolaire. "L'École est un lieu où chacun doit se sentir en confiance pour étudier sereinement. Il n'est pas acceptable que certains élèves profitent des fragilités de leurs camarades pour les intimider ou les rabaisser", a déclaré Jean-Michel Blanquer. Insultes, rumeurs, intimidations physiques ou morales prennent depuis quelques années une autre forme via les téléphones portables et les réseaux sociaux... "En 2017, 18 % des collégiens déclarent avoir subi au moins une atteinte via les réseaux sociaux ou par téléphone portable (usurpation d'identité, vidéo humiliante ou diffusion de rumeurs)", a-t-il encore précisé. C'est notamment pour prévenir les risques de cyberharcèlement que Jean-Michel Blanquer a confirmé sa volonté d'interdire l'usage des smartphones dans les collèges publics à la rentrée 2018. Ce déplacement était également l'occasion de rappeler les signes qui doivent alerter les professionnels de l'éducation ainsi que les parents.

En effet, il n'est pas facile pour un adulte de reconnaître qu'un enfant est victime ou de faire la part des choses entre harcèlement scolaire et "petites disputes de récré". La victime pense parfois pouvoir régler ses problèmes seule, cherchant la plupart du temps à cacher son mal-être à ses parents par peur de les décevoir. Ou par crainte, tout simplement, de représailles plus virulentes encore, de la part de ses harceleurs. Et même si les adultes remarquent que l'enfant se sent mal, ils estiment parfois que c'est normal, l'enfance et l'adolescence étant des périodes faites de hauts et de bas...

Certains enfants masquent leur souffrance pour ne pas blesser leurs proches

Sur le Journal des Femmes, Sandrine*, maman de Jenifer*, confie ne jamais avoir suspecté sa fille d'être victime de harcèlement à l'école. C'est il y a 4 ans, en CE1, que tout a commencé. Jenifer avait été isolée pendant la récréation par des élèves de CE2. Trois l'avaient immobilisée tandis que trois autres avaient baissé son pantalon afin de voir la couleur de sa culotte. Deux ans plus tard, alors âgée de 9 ans, Jenifer est de nouveau victime de harcèlement moral : elle subit des moqueries répétées, des gestes et commentaires blessants et agressifs... "Même si les mots ne touchent pas de la même manière que les coups, il font aussi mal", souligne la maman. Un jour, alors qu'elle est poussée à bout, la petite fille s'isole dans les toilettes de l'école. Elle desserre alors sa ceinture pour se pendre au porte-manteau. Heureusement, deux de ses camarades de classe qui l'ont surprise en train de pleurer préviennent les surveillants. "Jamais, je n’aurai pu imaginer que ma fillette de 9 ans puisse arriver à un tel geste, ni même qu’elle subisse un harcèlement moral ! Je n’ai rien vu !", confie la maman. Tout comme mes propres parents qui gardent ma fille chaque mercredi. Ni même sa sœur cadette qui n'a que 14 mois d’écart. Je me souviens aussi que le matin même de cet événement, j’ai demandé à ma fille si tout allait bien, si l’école et sa nouvelle classe lui plaisaient… Elle m’a répondu "Oui très bien !" avec un grand sourire... Le pédopsychiatre qui a ensuite rencontré ma fille m’a clairement expliqué que certains enfants masquent leur souffrance pour ne pas blesser leurs proches", explique-t-elle.

Comment reconnaître un cas de harcèlement ? Quels signes doivent alerter ?

De manière générale, il faut être attentif à tout changement de comportement, sans dramatiser, mais sans non plus minimiser les faits. En cas de doute, il est important d'en discuter avec son enfant et l'inciter à se confier. Voici quelques repères :

L'enfant ne veut plus aller à l'école. Le harcèlement scolaire a des conséquences sur la vie quotidienne de l'enfant. "Un élève, qui soudain, n'a plus envie d'aller en classe, ou traîne les pieds, n'est pas un tire-au-flanc", explique Nora Fraisse dans son guide "Stop au Harcèlement !" Il faut en effet porter attention à ce mal-être qui peut se caractériser par une difficulté à se lever le matin, un rejet de l'école, l'envie de rester à la maison, la crainte de prendre l'autobus scolaire, des retards ou des demandes d'argent. Votre enfant peut ainsi vous demander de l'accompagner, exceptionnellement, devant la porte de l'école, jusqu'à ce que les grilles s'ouvrent. Ou de venir le chercher à la sortie le soir.

L'enfant est marqué de bleus, son matériel détérioré. Il a beau vous répéter qu'il est tombé sans faire exprès, votre enfant n'est pas à ce point maladroit. Son matériel est régulièrement vandalisé, il vous demande une nouvelle trousse car la sienne a pris l'eau (accidentellement), il perd ses cahiers, son manteau, il rentre à la maison avec des tâches de boues ou des blessures... 

L'enfant est épuisé et présente des troubles. Sa peur de se rendre en classe et d'affronter de nouveau ces élèves qui le maltraitent peut se transformer par des angoisses, des maux de ventre, des pleurs, des énurésies ou des nausées. Il doit constamment rester sur ses gardes, être vigilant à son environnement et cela l'épuise. "Il peut également faire des cauchemars, développer de l'eczéma, perdre ses cheveux, avoir des dérèglements hormonaux, notamment pour les filles (retard de règles par exemple), voire un retard de croissance", expliquait la psychologue Hélène Romano lors d'une précédente interview. A la maison, il peut aussi paraître absent et soucieux, être agité, se plaindre, avoir une perte d'appétit ou encore devenir irritable et agressif.

L'enfant est isolé. Un enfant victime de harcèlement se retrouve seul face à ses harceleurs. "Il n'est pas invité aux anniversaires de ses petits camarades, et n'a les coordonnées de personne. D'ailleurs, s'il manque un cours et qu'il souhaite le rattraper, il ne saura pas qui contacter", précise Hélène Romano. Il aura tendance à jouer seul et à se mettre en retrait, parfois même à se cacher dans les toilettes ou au CDI pendant la récréation, à manger en vitesse à la cantine pour mieux se réfugier ensuite. Il tâchera d'éviter les endroits fréquentés par ses camarades de classe, et ne voudra pas fêter son anniversaire à la maison.

L'enfant est en échec scolaire. La victime peut aussi avoir des difficultés à se concentrer en classe. L'école, censé être l'endroit où l'enfant se sent protégé devient alors dangereux pour lui. Perturbé par ce qu'il se passe autour de lui, par les mauvaises nuits passées et par sa crainte constante... l'enfant a du mal à rester attentif. Il décroche, et cela se ressent dans ses résultats scolaires. Lorsqu'il est en âge de le faire, il ira jusqu'à sécher les cours, sans avertir personne. En attendant, il tentera d'éviter ses agresseurs en étant systématiquement en retard ou absent.

* Les prénoms ont été modifiés.

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