L'accouchement sous hypnose, en douceur et sans douleur

La préparation à l'accouchement sous hypnose est un accompagnement personnalisé qui exclut toute pression et qui s'adapte aux besoins, aux objectifs et au rythme de la femme enceinte. Comment s'y mettre ? Quand commencer ? Des experts nous répondent.

L'accouchement sous hypnose, en douceur et sans douleur
© Kzenon - 123RF

Le but de l'accouchement sous hypnose ? Écouter les besoins de son corps, ses émotions, et faire confiance aux processus physiologiques qui ont lieu naturellement pendant la naissance. Comment se déroule une séance ? Quand commencer ? Cette méthode s'adresse-t-elle à toutes les femmes enceintes ? Combien de séances sont nécessaires pour une préparation prénatale efficace ? Réponses. 

L'hypnose fait l'objet de plusieurs recherches scientifiques. Actuellement, Christine Morin, également doctorante en neuropsychologie, et le Professeur Antoine Bioy explorent au sein du Laboratoire de neuro-psychologie de Paris 8, la contribution de l'hypnose sur la douleur de l'accouchement. La finalité est de démontrer pourquoi l'hypnose est un processus central dans la gestion de la douleur de l'accouchement.  

Qu'est-ce que l'accouchement sous hypnose ?

La patiente va apprendre à utiliser une capacité cognitive afin de se mettre lorsqu'elle le souhaite dans cet état particulier qu'est l'hypnose. Cela va lui permettre de gérer les sensations qu'elle va ressentir au moment de la naissance, en fin de grossesse ou pendant le travail. Mais un accouchement sous hypnose, ça se prépare ! Alors, à partir de quel mois peut-on commencer ? "Il n'y a pas de règles dans l'accouchement sous hypnose. En effet, cette méthode de préparation à la naissance s'adapte à chaque femme : certaines femmes enceintes peuvent ressentir le besoin de rencontrer une sage-femme pratiquant l'hypnose très tôt, aux alentours du deuxième ou du troisième mois de grossesse et d'autres préfèrent commencer ce travail de préparation lors du troisième trimestre de grossesse", explique Christine Morin, sage-femme, hypnothérapeute et acupuncteur. 

Comment se déroule une séance ?

"La première séance repose essentiellement sur un échange entre le thérapeute et la future maman : il n'y pas d'hypnose lors d'une première séance", prévient la sage-femme. Avant de faire une séance d'hypnose, il faut avoir rassuré la patiente et surtout, avoir bien cerner sa demande. Pour certaines femmes, il s'agira d'apprendre à gérer la peur, pour d'autres, d'accepter de lâcher-prise ou pour quelques unes, une volonté d'accoucher sans péridurale. La sage-femme va alors lui poser des questions sur ses antécédents familiaux, sur ses doutes, sur ses appréhensions (peur d'accoucher, peur de la douleur, peur de l'inconnu, peur de devenir maman...), sur ses objectifs ou encore, sur ce qui la met mal à l'aise. Ensuite, elle va s'intéresser aux façons dont la patiente se ressource habituellement, ce qui lui fait du bien. "Cela peut être le fait de se balader en forêt, d'écouter de la musique, de visiter un autre pays, de lire un roman...". La sage-femme va alors se servir de sa façon de se ressourcer pour construire une histoire hypnotique, une histoire personnelle et unique qui va appartenir à la patiente. Au fur et à mesure des séances, l'hypnothérapeute va apprendre à la patience à pratiquer l'auto-hypnose. Il va s'agir d'utiliser des stratégies pour que la femme soit capable, au moment où elle le souhaite, de se mettre intentionnellement dans un état d'hypnose. Pour cela, le thérapeute va aider la patiente à trouver un "lieu de sécurité" : un lieu dans lequel elle se sent bien et qu'elle pourra visualiser lors d'une situation inconfortable. Là encore, la  patiente est aussi accompagnée pour trouver ses "éléments-ressources" : cela peut être une couleur, un sentiment, une passion, un souvenir personnel, une sensation de force... A noter que le programme des séances s'articule différemment selon chaque femme. Pour autant, il est recommandé de faire une séance de préparation du périnée en hypnose. Enfin, tout ce qui a été appris pendant la préparation prénatale revient naturellement (et de manière différente d'une femme à l'autre) le jour de l'accouchement. 

Le père, un relais entre le thérapeute et la future maman

La femme peut venir ou non accompagnée du papa (ou du compagnon de naissance). Il est toutefois préférable que le conjoint soit présent lors d'une séance afin de lui instaurer des techniques physiques tels que des massages, des stimulations de points d'acupuncture à des endroits spécifiques en rapport avec l'accouchement. Cela permet également de rassurer le futur papa sur l'importance de sa présence auprès de sa compagne. "Bien souvent, la femme enceinte est rassurée par la personne qui semble le moins compétent, à savoir le futur papa, dont la présence est la plus sécurisante pour elle", précise Christine Morin. En somme, le père constitue un relais entre le thérapeute et la future maman. 

Pour qui ?

Elle s'adresse à toutes les femmes et particulièrement celles qui veulent un accouchement le moins médicalisé possible. Il y a toutefois deux situations où l'hypnose est contre-indiquée : "le manque de formation sérieuse du praticien et si la patiente souffre de troubles psychotiques", conseille la sage-femme. La sage-femme peut néanmoins contacter le psychiatre de la patiente et voir si la pratique de l'hypnose peut tout de même être envisageable et avec quel thérapeute. Mais qui dit accouchement sous hypnose ne signifie pas forcément un bannissement total d'interventions médicales : cette méthode est compatible avec une péridurale (même si le recours à la péridurale est extrêmement rare lorsqu'une femme pratique un accouchement sous hypnose). De même, si la césarienne est programmée, le recours à l'accouchement sous hypnose permettra alors de réduire le stress et d'appréhender cet acte avec moins de peur et plus de recul.

Combien de séances ? Pour que la préparation à la naissance soit efficace, comptez au minimum 4 à 5 séances d'une heure avec une ou deux semaines d'intervalle entre chaque. 

Qu'est-ce que l'HypnoNaissance® ?

L'HypnoNaissance® (marque déposée) reprend certains principes de l'accouchement sous hypnose. Mise au point par la thérapeute Marie Mongan en 1989, cette forme de préparation à la naissance suit la femme enceinte à partir de son 6e mois de grossesse jusqu'à son accouchement (il faut au moins trois mois de pratique pour que la préparation soit efficace !). Bien sûr, les séances d'HypnoNaissance® ne remplacent pas les prestations dispensées par les médecins, gynécologues et sage-femmes. Au contraire, "elles s'inscrivent parfaitement dans une préparation à la naissance sans stress et en douceur", explique Zoé Blanc-Scudéri praticienne en HypnoNaissance® et fondatrice de SexopraxiS, un centre pluridisciplinaire dédié à la sexologie, à la thérapie de couple et à la périnatalité.. Comment ? "En agissant sur le cycle peur/tension/douleur qu'on assimile souvent à l'accouchement". Dans ce cours dispensé par une praticienne formée à l'HypnoNaissance®, la femme enceinte découvre, de manière précise et concrète, comment les muscles de son corps, et particulièrement l'utérus, le périnée et le muscle transverse, travaillent lors de l'accouchement. La séance repose sur trois piliers fondamentaux :

  • L'auto-hypnose ou la relaxation : on apprend à la femme enceinte des techniques de relaxation profonde (avec notamment l'exercice de relaxation de l'arc-en-ciel) qui va lui permettre de se focaliser sur le moment présent, d'éliminer toutes les tensions liées à la grossesse et qui va l'amener "à un état de conscience modifiée" : la femme écoute et entend ce qu'on lui dit, peut bouger, mais elle est dans un état de concentration et de détente avancé. "Et il arrive souvent que la maman en état d'hypnose ou de relaxation profonde semble dormir lors de son accouchement, voire même que son bébé sorte du ventre de sa mère en dormant et donc en étant très calme", raconte la praticienne.
  • La respiration (avec les exercices de "respiration de la vague", "respiration vers le bas"...) : en se concentrant sur sa respiration, la future maman "qui vous permettent d'appréhender différemment les contractions". Par exemple, "la respiration dite de détente est utilisée entre les contractions, la respiration de la vague permet, elle, de soulager les contractions et la respiration vers le bas sert à "pousser" le bébé vers la sortie à la fin du processus de naissance", précise-t-elle.
  • La visualisation : le fait d'imaginer son bébé, les changements que subit son corps et comment le col de l'utérus se dilate le jour de la mise au monde (la femme pourra alors imaginer que son col s'ouvre comme une rose qui va éclore) atténue le stress et l'appréhension de l'accouchement.  Cela permet également de créer "une connexion profonde et un lien étroit avec son bébé". Plusieurs vidéos d'accouchements naturels sont diffusés pendant la séance pour familiariser la future maman avec la naissance.

Surtout, cette méthode envisage l'accouchement comme un moment positif et sans stress. En ce sens, le choix des mots est important : on ne parlera pas de "contractions" qui induisent une idée de tension ou de crispation, on préférera parler de "vague" ; on ne dira pas "accouchement", mais plutôt "naissance" ; on délaissera les termes "dilatation du col" au profit "d'ouverture du col"… Pour se sentir apaisé et éliminer toutes les peurs liées à la naissance, le vocabulaire utilisé doit être le plus positif et imagé possible. 

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