Le fabuleux destin de Mellerio, le plus ancien joaillier en activité

Avec son histoire singulière et quatre fois centenaire, le joaillier Mellerio fait figure d'exception. Petite maison familiale au grand destin, ses merveilleuses créations ont traversé les âges et marqué leur temps. Poussez les portes d'une maison sans nul autre pareille.

Le fabuleux destin de Mellerio, le plus ancien joaillier en activité
© Mellerio

Rue de la Paix, à Paris, les plus illustres joailliers ont pignon sur rue. Dans ce canal luxueux qui débouche sur la place Vendôme, au numéro 9, entre Cartier et Tiffany's and Co, s'étendent les vitrines d'une marque moins célèbre. Pourtant, Mellerio s'est établie rue de la Paix bien avant ses confères, en 1815, près de 80 ans avant que Boucheron n'ouvre ses portes sur la place voisine. Fondée en 1613, elle est en fait la plus ancienne maison joaillière encore en activité. Toujours familiale et indépendante, l'entreprise dirigée aujourd'hui par Laurent et Laure-Isabelle Mellerio et dont l'histoire débute sous Marie de Médicis, a traversé les âges, parant les cours d'Europe comme les fiancés des familles fidèles qui se transmettent souvent l'amour de la maison de génération en génération. Du bracelet retrouvé de Marie-Antoinette à la coupe de Roland Garros, Mellerio la discrète dissémine ses productions d'exception, ponctuant les petites comme la grande Histoire. Le tout, depuis les trois étages de la bâtisse du quartier de l'Opéra, écrin abritant tous les organes et les savoir-faire du joaillier. 

La rose sauvage, emblème de Mellerio © Mellerio

Un destin doré

Contée comme une légende familiale teintée de faits historiques, l'histoire des Mellerio est celle d'une ascension progressive. Climat géopolitique de l'époque oblige, les Mellerio migrent de l'Italie vers la France en 1515. Basés à Paris, ils exercent des métiers divers. La légende raconte qu'un aïeul ramoneur aurait surpris un complot contre louis XIII depuis le conduit de sa cheminée. Conscient de l'importance de son indiscrétion, il court alors prévenir les responsables de la communauté italienne qui alertent la couronne. Le complot est déjoué. Ces dernier se voient récompensés par un édit de Marie de Médicis, alors régente, leur permettant de faire commerce de "menues marchandises mêlées verroterie, bimbeloterie et autres quincailleries". C'est la voie qu'emprunte la famille.
Parmi les petits objets du quotidien que commercialisent les Mellerio, les bijoux se font de plus en plus présents. En 1716, ils sont autorisés à vendre des pierres précieuses et se postent aux grilles de Versailles pour fournir la cour. Le plus ancien bijou recensé de la maison, serait un bracelet serti de grenats qui aurait appartenu à Marie Antoinette. Dans les livres de commande surannés stockés au sous-sol de la maison figurent même des commandes datées du 14 juillet 1789. Mais le succès débute véritablement avec François Mellerio sous l'Empire.

Le joaillier des têtes couronnées 

© Mellerio

Proche de l'impératrice Joséphine, la famille devient fournisseur officiel de la cour sous Louis Philippe et continue son rapprochement lors du second Empire. Si bien qu'il s'installe rue des Lombards et se rend tous les jours au Louvre, que ce soit pour un ajustement de bijou, une commande, une réparation. Les mariages et jeux d'alliances entre les couronnes d'Europe feront naturellement rayonner Mellerio, désormais joaillier de confiance des plus grands. Nommé joaillier officiel du roi d'Italie en 1867, de la couronne des Pays-Bas en 1888, Mellerio brille par ses clients comme par ses réalisations. Tiges flexibles, utilisation du platine, collier de style Art Déco précurseur en 1907, les bijoux virtuoses du joaillier se dotent d'innovations notables au fil des décennies. Parallèlement, la maison qui pratique également l'orfèvrerie signe des créations emblématiques. En 1955, France Football lui confie la réalisation du trophée du Ballon d'or, puis, en 1981, elle crée la Coupe des Mousquetaires pour le tournoi de Roland Garros. Elle entretient également des liens avec la mode en prêtant ses bijoux au grand Cristobal Balenciaga pour ses défilés. 

Bijoutier de proximité 

Avec un tel passé, comment se fait-il que son nom soit si méconnu ? Selon Diane-Sophie, directrice de la communication, "La famille n'a pas opéré le tournant des autres joailliers qui, dans les années 1980, ont fait entrer les investisseurs pour se transformer en grand groupe". Mellerio est indépendant et Laurent et Laure-Isabelle Mellerio en sont les actionnaires majoritaires."Nous sommes encore des artisans" affirme fièrement Laure-Isabelle, qui peut se targuer d'avoir un regard sur absolument toutes les pièces. La production n'est pas volumineuse, elle se destine a des familles de fidèles clients et de connaisseurs qui doivent faire le déplacement pour en faire l'acquisition. Il n'existe d'ailleurs que très peu de points de vente en dehors de la maison mère, seulement au Japon et à Hong Kong. Que ce parti-pris soit subit ou choisi, ce sont les clients qui en récoltent les bénéfices. Les économies faites sur le marketing, la communication et l'absence d'intermédiaires s'impactent sur le prix des pièces. Il suffit à la dessinatrice de descendre quelques étages pour venir matérialiser un projet dans la boutique du rez-de-chaussée et les artisans réalisent les bijoux "de A à Z". Une proximité qui garantit une certaine qualité et permet au joaillier de tisser des liens rares avec ses clients.

La Reine Maxima des Pays-Bas porte la parure rubis de 1888 créée pour la reine Emma © Mellerio

Paré pour l'avenir

S'il est parfois employé à tort et à travers, le terme "maison" prend tout son sens chez Mellerio. Ce foyer est soigneusement entretenu depuis plus de 400 ans par une famille qui "a ça dans le sang". De père en fils, voire en neveux, la joaillerie est un héritage qui se transmet, une passion qui ne s'essouffle pas. Il y a quelques années, c'est au tour de Laure-Isabelle de reprendre le flambeau de la direction artistique. Diplômée de l'école du Louvre, elle retourne sur les bancs de l'école pour apprendre le dessin et la gemmologie. Elle est chargée de faire vibrer l'immense héritage du joaillier. Une tâche minutieuse qui passe par la création d'une collection de haute joaillerie annuelle et l'étayage des quatre lignes existantes Bourgeons, Indra, Graphic et Monte Rosa, le tout, en jonglant entre patrimoine et modernité. "L'héritage n'est pas du tout un poids, au contraire. C'est une mine d'or d'inspiration, je me nourris tous les jours" s'enthousiasme-t-elle. Ne pas abîmer la marque, préserver le savoir-faire, transmettre sont autant d'enjeux pour cette maison qui n'a pas fini de nous prouver que les diamants sont éternels.