Sharleen Spiteri (Texas) : "L'amour est tout pour moi"

Figure emblématique de Texas, Sharleen Spiteri est comme son groupe pop rock : elle n'a pas pris une ride. Depuis 1989 et leur premier album "Southside", la chanteuse et ses musiciens n'en finissent pas de faire bouger la planète et d'enchaîner les tubes. Nous avons rencontré l'artiste, au bord de l'océan, à l'occasion d'un concert très très privé RTL2. Débordante d'énergie et ouvertement positive, la musicienne nous a parlé musique, féminisme et amour.

Sharleen Spiteri (Texas) : "L'amour est tout pour moi"
© M6

Sharleen Spiteri nous reçoit quelques minutes avant de monter sur scène. Dehors, on entend le bruit des vagues et le chant des mouettes dominés par l'excitation des quelques 600 personnes venues fouler le sable d'une plage du Sud-Ouest pour assister au concert très très privé de Texas. Décontractée et enjouée, la chanteuse du groupe pop rock britannique ne montre aucun signe d'angoisse à l'idée de se produire devant des centaines de fans, car comme elle nous l'explique, c'est un véritable bonheur qui l'envahit avant chaque concert. De ses souvenirs de jeunesse à sa vision d'un futur moins sexiste, elle nous parle sans détour et en toute modestie de sa carrière aussi durable qu'épatante, avant d'aller chanter les célèbres Summer Son ou The Conversation devant une foule en délire.

Le Journal des Femmes : Comment est née votre passion pour la musique ?
Sharleen Spiteri : J'ai toujours aimé la musique. Plus jeune, je jouais du piano et de la guitare mais je n'imaginais pas être musicienne. Après l'école, je suis devenue coiffeuse puis j'ai voyagé et j'ai rencontré Johnny, qui allait devenir le bassiste et le compositeur de Texas. C'était une semaine avant mes 18 ans. La famille de ma mère était très mélomane. Mes grands-parents maternels organisaient des fêtes durant lesquelles on faisait un petit spectacle. Ma cousine avait l'habitude de chanter une très vieille chanson. Mes tantes s'exclamaient : "Mon dieu, c'est magnifique", alors que je me disais : "C'est de la merde." Quand je montais sur scène pour chanter quelque chose de plus rock'n roll, mes tantes m'envoyaient faire le thé. Maintenant, elle veulent venir me voir en concert alors qu'elles ne souciaient pas de moi quand j'étais enfant. C'est plutôt drôle.

Qu'écoutiez-vous plus jeune ? Qui vous a inspiré ?
J'aimais beaucoup des groupes comme The Clash, The Bonny Men, Dexys Midnight Runners, mais aussi David Bowie, Mahalia Jackson, Marvin Gaye, Aretha Franklin ou Nancy Sinatra. Beaucoup de choses... Je ne me suis jamais montrée snob envers un type de musique. Je me suis toujours dit : ça j'aime ou ça j'aime pas.

Votre groupe Texas existe depuis bientôt 30 ans, mais vous rameutez toujours autant les foules. Comment expliquez-vous ce succès ?
Je remercie Dieu. C'est incroyable, car il y a très peu de gens qui ont l'opportunité d'avoir une si longue carrière. Nous sommes très chanceux, mais nous travaillons aussi énormément. Nous sommes très fiers de ce que nous faisons et c'est important de garder cette honnêteté et cette fraîcheur.

Comment décririez-vous votre dernier album Jump on Board ?
Joyeux. Positif. Nous voulions faire un album pendant lequel la vraie vie se met en pause, pendant lequel on se déconnecte et on se met à chanter dans sa cuisine. Pour qu'on se sente à nouveau comme un enfant.

De I don't want a lover en 1989 à Can't control en 2017, la plupart de vos chansons parlent d'amour : pourquoi ?
L'amour est tout pour moi. J'ai regardé le mariage princier à la télévision, bien que je ne m'intéresse pas forcément à la famille royale, et j'ai remarqué que les invités étaient surpris par le discours du pasteur américain. Ce qu'il a dit à propos de l'amour et du feu était pourtant phénoménal. La haine est quelque chose de destructeur, c'est une énergie négative tandis que l'amour alimente le monde, le rend plus fort. 

En tant que femme, que pensez-vous des mouvements comme #MeToo ou Time's up qui ont émergé dans l'industrie du cinéma ?
Cela n'est pas seulement une question d'industrie. J'aimerais que ma fille de 15 ans grandisse dans un monde dans lequel, lorsqu'elle dit "non" à quelque chose ou quelqu'un, elle ne soit pas discriminée. Je veux que mon enfant excelle dans ce qu'elle fait et qu'elle soit reconnue pour cela. Si professionnellement elle est aussi douée qu'un homme, elle doit être payée autant que lui. C'est une problématique sociale qui nous concerne tous : chaque femme a une histoire en lien avec #MeToo. Les choses doivent changer. Les personnes, parfois des femmes, qui laissent le sexisme exister, sont dangereuses et doivent se remettre en question.  L'important est de ne pas avoir peur de dire "non". 

Pourquoi y a-t-il moins de révélations de ce genre dans le monde de la musique ?
Le monde de la musique est tout aussi sexiste, mais c'est juste mieux caché. Je me souviens que lorsque j'ai signé mon premier contrat, le directeur, David Simone, m'a qualifiée de "dodgy boiler" (nid à MST). J'avais 18 ans et je me souviens avoir été révoltée et m'être dit : "Quel connard". J'ai eu la chance d'avoir une réputation de femme dure et forte et de ne pas en avoir tiré parti. 

Quel est votre sentiment avant de monter sur scène ? Avez-vous un rituel avec vos musiciens ?
De la joie. On a un rituel qui fait que je suis toujours la dernière à rester dans la pièce avant de monter sur scène.

Qu'y a-t-il dans votre playlist en ce moment ?
This is America de Childish Gambino.  Ma fille a tendance à aller sur mon iTunes, ce qui me rend folle, car elle aime la K-pop, contrairement à moi. Depuis ma jeunesse, ma playlist n'a cessé de gonfler et c'est pour ça que j'ai aussi des musiques des Stones, des Beatles ou encore des Blondie & Pretenders.

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