Zita Hanrot : "Je me sens étrange"

Zita Hanrot est à l'affiche de "La fête est finie", en salles le 28 février. La lauréate du César du meilleur espoir féminin 2016 incarne Sihem, une jeune femme qui se bat contre la drogue et surtout contre elle-même. Rencontre.

Zita Hanrot : "Je me sens étrange"
© Pyramide Distribution

Zita Hanrot : même pas 30 ans au compteur, 14 ans de carrière dans le cinéma et déjà sacrée du César du meilleur espoir féminin en 2016 pour sa performance dans Fatima. Sans oublier le Chistera de la meilleure interprétation féminine au festival de Saint-Jean-de-Luz et le prix d'interprétation féminine au festival de Sarlat, deux récompenses qui ont été remis au duo qu'elle forme avec Clémence Boisnard dans La fête est finie, l'histoire de deux jeunes femmes qui se lient dans un centre de désintoxication et qui tentent de sortir de la drogue, envers et contre tous...

Le Journal des Femmes : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Zita Hanrot : J'ai commencé les cours de théâtre après le bac et je me suis dit  que j'avais trouvé ma vocation. J'ai préparé les concours des écoles nationales pour faire une formation classique… et je les ai ratés. J'ai ensuite préparé les concours du Conservatoire national et j'ai enfin été reçue. En sortant, j'ai passé des essais pour le film de Rachida Brakni, De sas en sas puis pour Fatima. J'ai été prise pour les deux, c'était génial. Avant ça, j'avais déjà un peu tourné, mais pas pour des rôles aussi importants. Avec Fatima, les portes se sont ouvertes et... j'ai gagné le prix du meilleur espoir aux César.

Qu'est ce que ça vous avez ressenti en l'obtenant ? Etiez-vous fière ?
J'étais complètement perdue. C'est très intimidant d'être sur scène en face de tout le gratin du cinéma français. J'étais reconnaissante, mais je ne dirais pas fière. Je le suis en ce qui concerne le film parce le travail est accompli, alors qu'un César, c'est une récompense, un bonus. Il y a plein de gens qui en méritent. Ça a été génial pour ce que ça m'a apporté pour la suite. Ça permet aux jeunes acteurs de leur ouvrir des portes, de faire des rencontres. C'est ce qu'on recherche tous et ça amène une confiance de la part du milieu cinématographique.

On vous donne majoritairement des rôles de Maghrébine, bien que vous soyez franco-jamaïcaine. Avez-vous le sentiment d'être cantonnée à cela ?
Je ne saurais pas répondre car je ne suis pas à la place de ceux qui financent les films ou font les castings. Pour ma part ce n'est pas un problème de jouer des rôles de Maghrébines ou autre, tant que c'est intéressant. La réalisatrice de La fête est finie s'est inspirée de son histoire pour le rôle de Sihem. Elle m'a demandé si je voulais changer ses origines, mais j'ai refusé car ce n'est pas le propos du film. Il y a toutefois un retard en France du côté du métissage. Pour les Maghrébins c'est peut être plus ouvert, pour les noirs, moins. Aux USA, on voit des séries comme Black Mirror qui prônent la diversité : que les héros soient noirs, blancs ou jaunes, on s'en fout, on y croit complètement et ce n'est pas un problème de voir des couples mixtes. Pour l'instant, ça ne m'a pas porté préjudice, mais c'est vrai que pour les autres, il faudrait que ça s'ouvre parce qu'on est en retard. A-t-on peur que les gens ne s'identifient pas ? Il n'y a qu'à voir le brassage ethnique de la population française !

Avez-vous des points communs avec Sihem, votre personnage ?
Je me reconnais en elle. Quand j'ai lu le scénario, elle m'a émue. Il y a des choses inconscientes chez elle que j'ai dû ressentir dans ma vie. J'ai comme elle un problème pour verbaliser les choses. Puis, il y a sa fragilité, elle cherche sa place. Comme elle, je me sens étrange. J'ai aussi le sentiment de ne pas forcément bien m'intégrer. Dans mes amitiés, je peux avoir son genre de rapport protecteur, comme une maman lion qui protège ses petits. En ce qui concerne l'amitié exclusive, je l'ai vécue ado et ça fait beaucoup de mal. En vieillissant, je me dis que ce n'est pas sain. C'est trop douloureux, si on se fait quitter, c'est comme une rupture amoureuse.

Le film traite aussi de la dépendance à la drogue. Y avez-vous été confrontée ?
Le problème de la drogue, c'est que c'est très démocratisé même si c'est illégal. J'ai vu des amis partir dedans. Le problème c'est qu'ils n'en se rendent pas compte. J'ai vu ça de près et c'était un peu compliqué.

Cela vous a-t-il inspiré pour votre rôle ?
Ce qui m'a sauté aux yeux à la lecture du scénario c'est le lien qui unissait ces deux filles, plus que la drogue. J'ai eu beaucoup d'empathie pour elles. Consommer des produits est symptomatique d'un mal-être. Tout le monde peut s'identifier à ça. Je me suis dit qu'on racontait l'histoire de deux personnes qui ne se sentent pas à leur place, qui n'arrivent pas à communiquer avec les autres, juste entre elles. Dans le film, le produit n'est jamais filmé. Il s'agit plus du côté humain des personnages, leurs problèmes et leurs failles.

Il y a une scène ou vous partagez un bain avec Clémence Boisnard, tout comme avec Leïla Bekhti dans Carnivores. La nudité est-elle un problème pour vous ?
Je ne suis pas tout le temps à l'aise. Les scènes de bain restent assez pudiques, donc ça me va. J'ai dû tourner une scène de sexe très intense pour un autre film et là c'était plus compliqué. C'est quelque chose qui ne me dérange pas fondamentalement, mais ce n'est pas ce que je préfère tourner. Je ne travaille qu'avec des gens de confiance et s'ils mettent ce genre de scènes c'est que c'est nécessaire. Dans les deux films, ce sont des scènes charnières, où il y a beaucoup d'enjeu. Il faut quand même être vigilant. Si on fait trop de nu, on peut en tant qu'actrice être réduite à ça. Ce métier est de toute façon plus dur pour les femmes que pour les hommes. Elles prennent plus cher et sont beaucoup plus critiquées.

Qu'est-ce que l'on peut vous souhaiter pour la suite ?
Mon rêve est de toucher le maximum de gens possible avec mon travail, donc je souhaiterais que les gens aillent en salles le 28 février voir La fête est finie et qu'ils n'aient pas peur du sujet. Ce n'est pas un film déprimant, mais plutôt romanesque avec plein d'amour.

Regardez la bande-annonce de La Fête est finie de Marie Garel-Weiss, en salles le 28 février.

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