Mon fantasme sexuel m'obsède

Qu'il s'agisse de s'envoyer en l'air dans un ascenseur ou avec le voisin, notre fantasme ne cesse d'envahir notre esprit. Mais pourquoi ? Faut-il le réaliser ou le faire taire ? Réponses avec Alain Héril, sexothérapeute et auteur de "Je fantasme donc je suis".

Mon fantasme sexuel m'obsède
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Coucher avec une femme, être dominée (avec fessée s'il-vous-plaît), se faire prendre par une star ou un collègue… "Le fantasme est la preuve de notre richesse imaginative. Les scénarios mis en place son généralement très créatifs et chatoyants", introduit le sexothérapeute Alain Héril, auteur de Je fantasme donc je suis (éd. Eyrolles). Mais que penser de ces images et de ces scènes quand elles s'invitent tous les jours (ou toutes les nuits) en nous ? Quand nous ne parvenons pas (ou plus) à les écarter ?

Fantasme, tes images me dérangent

Première chose à savoir : on ne choisit pas sa famille et on ne choisit pas ses fantasmes (les deux éléments de cette phrase n'ayant rien à voir). "On peut rapprocher le fantasme du rêve. Des scénarios se tissent en nous et s'imposent à nous, ce qui explique qu'ils peuvent parfois être dérangeants", poursuit le spécialiste. En somme, nous n'avons pas la main mise : notre inconscient n'en fait qu'à sa tête (huhu). Généralement, les fantasmes possèdent un caractère transgressif. "Ils questionnent notre morale, notre valeur, nos convenances et nous amènent au milieu d'un terrain sur lequel nous n'irions pas dans la réalité", ajoute le sexothérapeute. D'où le sentiment de malaise et cette impression que notre fantasme en dit long sur nous. Or, nous ne sommes pas ces images. Nous ne sommes pas glauques ou perverses ou sonnées. Avoir un fantasme ne signifie pas forcément qu'une part de nous cherche à tout prix à le réaliser. Nous devons faire la différence entre sexualité imaginée et sexualité réelle. Ces scénarios nous veulent du bien et cherchent à stimuler notre désir sexuel.

Fantasme, tu reviens un peu trop

"Notre sexualité imaginaire réclame toujours plus grand que ce que l'on a dans la vie réelle", rappelle Alain Héril. Parfois, il faut reconnaître que notre sexualité imaginaire en réclame un peu trop. Mais à partir de quand un fantasme peut-il être déclaré comme obsédant ? Quand on y pense une fois par semaine ? Par jour ? Par heure ? C'est très subjectif. La bonne réponse est plutôt : dès lorsqu'on se sent "prisonnière" d'un scénario que l'on ne contrôle plus. Certaines personnes vont même jusqu'à dire qu'elles sont possédées par leur fantasme. Très bien… On fait quoi ? "L'idéal ? Le laisser vivre. Plus on va lui porter d'importance, plus il va être présent, intense, compliqué. Le message que ce fantasme vient apporter n'est pas lié à la situation à proprement parler. Si votre fantasme est de faire l'amour entouré d'animaux, et qu'il devient insupportable, ça ne veut pas dire qu'il faut le réaliser, simplement que votre vie sexuelle a peut-être besoin de davantage de créativité, de fun, de surprises", commente Alain Héril. Ce qui n'implique donc pas (forcément) la présence d'animaux. Ce n'est pas que l'on ne doit pas prendre nos fantasmes au sérieux, mais un peu quand même. Ils peuvent simplement nous encourager à stimuler notre vie sexuelle réelle.

A savoir, également, que les fantasmes, ça va, ça vient, selon notre âge, notre cadre amoureux ou sexuel, notre état d'esprit. Et si rien n'y fait et qu'il nous semble clair que notre fantasme ne nous lâche pas et cherche à nous faire passer mille messages dont nous ne décodons rien, consulter un psychanalyste peut s'avérer utile.

A lire : Je fantasme donc je suis, d'Alain Héril, psychanalyste et sexothérapeute, éd. Eyrolles.

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