Ce couple est la preuve que les amours de vacances peuvent durer

Émeline et Damien se sont rencontrés en vacances, alors qu'ils étaient jeunes. Une magnifique histoire qui nous rappelle que l'amour n'est pas une question d'âge, non plus de saison. Un témoignage à savourer sur la plage cet été.

Ce couple est la preuve que les amours de vacances peuvent durer
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J'ai 28 ans, et cela fait douze ans que je suis en couple avec Damien. Nous nous sommes connus en vacances. J'avais 16 ans et lui 18. Nous tordons le cou à deux idées reçues. Celle qui voudrait que les histoires de jeunesse ne durent qu'un temps. Et celle qui voudrait que les amours de vacances soient éphémères.

"Je voulais séduire, accrocher des mecs, ne pas m'attacher"

Nous nous sommes rencontrés alors que nous étions en vacances avec nos parents en Vendée, plus précisément au Puy du Fou. J'avais 16 ans, je n'étais pas majeure, mais c'était l'année de la liberté. L'année où je pouvais négocier mes couvre-feux et profiter de l'été autrement. Je venais de me faire larguer et je n'avais qu'une idée en tête : me venger. Je voulais séduire, accrocher des mecs, ne pas m'attacher et vivre l'instant. A un âge où l'on découvre son corps et les frissons amoureux, cet objectif était à la limite de l'obsession.

Finalement, c'était vite dit. Les rencontres ne se sont pas multipliées, mais j'ai tout de suite intégré une bande de mecs, au camping. Un premier contact autour du baby-foot et du billard. Damien appartenait à ce petit groupe. De nature timide, il ne s'exprimait pas beaucoup. Il faut dire aussi que les autres, assez extravagants, lui laissaient peu de place. C'est d'ailleurs avec eux que je riais le plus.

Pendant plusieurs jours, nous avons donc passé du temps tous ensemble, à la piscine, au canoë, en soirée. Mes échanges avec Damien se résumaient à des bonjour et au-revoir. Je voyais en lui un vrai gentil, un mec attentionné, qui rapportait des framboises quand on allait pique-niquer et qui prenait soin de se renseigner à chaque fois que nous pensions à tester une nouvelle activité.

"Nous avons découvert que nous étions nés dans le même hôpital"

J'ai commencé à m'intéresser à Damien pour une raison toute bête. Nous nous sommes aperçus que nous étions tous les deux immatriculés dans le 77. L'idée même que nous vivions dans le même département a éveillé ma curiosité. Si les histoires de vacances sont perçues comme légères et provisoires, c'est notamment parce que la distance géographique est susceptible d'être importante. Elle invite à prendre ce qu'il y a à prendre, sans possibles projections futures. Quand Damien – après l'avoir questionné – m'a révélé habiter à vingt bornes de chez moi, je ne l'ai plus vu comme une vague connaissance de vacances, destiné à devenir un souvenir.

Un soir, le dernier, nous sommes racontés nos vies et rendu compte que nous avions participé aux mêmes événements sportifs de notre canton, que nos parents ont été voisins lorsque nous étions bébés et que nous étions nés dans le même hôpital. Nous nous sommes regardés autrement.

A quelques heures de nous quitter – a priori définitivement, car nos liens étaient légers – Damien m'a annoncé qu'il fêtait bientôt ses 18 ans en région parisienne. Il m'a proposé de venir. Il m'enverrait une invitation par voie postale. Seulement, il ne m'a pas demandé mon adresse, je n'ai pas insisté, j'ai pensé qu'il était simplement poli, qu'il cherchait à meubler la conversation. J'ai toujours pensé que ce que les relations que l'on tissait en vacances – amicales j'entends – nous paraissaient éternelles parce que l'ambiance, le cadre, le quotidien. En réalité, une fois chacun chez soi, les promesses s'envolent. On comprend pourquoi nous les avons énoncées, mais nous n'y attachons plus d'importance.

"J'étais déjà sous le charme de Damien, mais j'avais du mal à me l'avouer"

Sur le chemin du retour, j'ai guetté mon téléphone. Il m'a fallu attendre cinq heures pour recevoir un message de Damien qui me signalait être bien arrivé et qui me demandait… mon adresse. Nous avons échangé plusieurs SMS et j'attendais déjà avec impatience le petit mot dans ma boîte aux lettres. Comme si l'enveloppe pouvait déjà être chez moi. J'étais, je crois, sous le charme de Damien même si j'avais du mal à me l'avouer. Je ne le connaissais pas vraiment, mais j'avais envie de le connaître. La semaine qui a suivi, nous avons continué de chater. La tension montait. Il fallait que ça avance. Certaines fois, je pensais que nous aurions mieux fait de conclure en vacances, de donner le coup d'accélérateur.

Finalement, nous nous sommes revus avant son anniversaire. Comme s'il nous fallait sauter le pas, être ensemble. Le premier baiser a donc eu lieu une après-midi, dans mon village. Un baiser raté, jeunesse et manque d'expérience obligent. Nous n'avons pas pu rester ensemble pour la soirée. C'était frustrant. Et il nous fallait encore faire face à l'attente. Quelque chose démarrait, mais je ne m'emballais pas. Si je n'étais plus dans l'optique de rencontrer quelqu'un pour m'amuser, je n'étais pas non plus dans l'optique de rencontrer l'homme de ma vie au lycée.

Sa soirée d'anniversaire était très réussie. Ce soir-là, Damien m'a avoué que depuis le début, depuis nos vacances et le baby-foot, il m'avait repérée et espérait quelque chose.

"A l'adolescence, les histoires d'amour se heurtent à l'amitié"

Et comme souvent, à l'adolescence, les histoires d'amour se heurtent à l'amitié. Pendant deux mois, j'ai vécu Damien, pensé Damien, vu Damien. Même si nous vivions à vingt kilomètres l'un de l'autre, se voir demandait de l'organisation. Des parents ou des bus qui nous conduisent. Ma bande de copines m'a bombardée d'un certain nombre de reproches : je l'oubliais. J'ai planté Damien sur un coup de tête, privilégiant mes relations amicales. J'étais jeune et peut-être que je ne devais pas m'enfermer dans une relation amoureuse.

Nous nous sommes retrouvés quelques semaines plus tard, parce que Damien ne cessait de m'appeler, d'insister. Au fond, je n'étais pas très convaincue, pas certaine que cette histoire durerait. C'est mon père, qui, trois mois plus tard, alors que je n'étais pas très diplomate avec Damien, m'a dit cette phrase que je n'ai jamais oubliée : "Fais attention, des garçons comme Damien, il n'y en a pas beaucoup."

"Nous nous sommes mariés et nous sommes parents"

Et puis les semaines ont passées, les discussions par téléphone étaient de plus en plus intéressantes, il me manquait de plus en plus, j'étais vraiment bien avec lui, je commençais à lui faire vraiment confiance. Des sentiments sincères et profonds se sont installés. C'était parti pour la route du bonheur. Nous nous sommes mariés en août 2016 et nous sommes parents d'un petit garçon de six mois.

Et qu'est-ce que ça fait du bien d'être autant en phase avec une personne. J'en discutais encore avec mes parents récemment et je leur disais que même si un jour nous étions amenés à nous séparer, je ne retrouverais pas cet amour inconditionnel, passionné... Je pense qu'il est possible retomber amoureux et d'être heureux avec une personne, mais cette relation, cet amour que je vis depuis 12 ans avec Damien, est très puissant.

"Ce ne sont pas les expériences passées qui nourrissent les sentiments actuels"

Entendre régulièrement que les rencontres adolescentes ne sont pas faites pour durer me rend dingue. Peut-être que nous n'avons pas connu des milliers de personnes, mais on s'en fiche. Ce ne sont pas les expériences passées qui nourrissent les sentiments actuels.

Quant à rencontrer l'amour en vacances, c'est complètement possible. Peut-être que nos plaques d'immatriculation y sont pour quelque chose, que nous avions la chance d'avoir grandi à quelques bornes. Néanmoins, je pense que nous avons bien fait de ne pas sauter l'un sur l'autre dès le début. J'aurais fait en sorte qu'il s'attache et je l'aurais abandonné. Damien est entré dans ma vie autrement, pas à pas, il a su me toucher. Il faut y croire, croire aux amours de vacances, ne pas imaginer d'emblée qu'elles s'éteindront une fois la rentrée venue. Tout dépend de ce que l'on cherche bien sûr. Toutes les personnes que l'on croise en vacances n'attendent pas uniquement du sexe. Et ça aussi, c'est cliché. L'été est une période idéale pour trouver l'amour véritable.

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