Juliette, 28 ans : "J'ai divorcé après 6 mois de mariage et 7 ans d'histoire"

Juliette et Arnaud se sont dit "oui" après sept ans de relation et se sont séparés après six mois de mariage. Un témoignage qui fait réfléchir...

Juliette, 28 ans : "J'ai divorcé après 6 mois de mariage et 7 ans d'histoire"
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J'ai rencontré Arnaud l'année de mes 19 ans. A cette époque, je sortais d'une histoire d'amour passionnelle, comme on peut en vivre au lycée. J'avais le cœur retourné. Je me suis dit que c'était l'enfer d'être amoureuse, que ça rendait triste. Je me suis promis de ne plus jamais revivre ça. Je pensais à l'extrême, parce que j'étais jeune, fleur bleue et que j'avais encore un pied dans l'adolescence.

Toujours est-il que je suis tombée sur Arnaud, lors d'une soirée. Un mec bien, très bien, qui me plaisait moyen, mais qui dégageait de bonnes ondes : jamais il ne me ferait souffrir. Je le voyais. Avec lui, l'histoire s'annonçait stable et sans éclaboussure. Je ne me sentais pas menacée. A l'inverse, il m'inspirait de la sécurité.

Il m'en a apportée très vite. Je ne me souviens même plus de nos premiers jours et d'un jeu de séduction quelconque. C'était simple, évident, fluide. Tout ce dont j'avais besoin à ce moment-là.

"Notre relation était une relation escalator"

Dès le début, nous avons été un couple. Pas d'aller-retour, de doutes, de faux départ. Nous nous sommes présenté nos amis et nos parents rapidement. Nous sommes partis en week-end et en vacances. Deux ans plus tard, j'ai emménagé chez lui, au cœur de Paris. Notre relation était linéaire, du moins partie pour l'être. J'appelle ça les relations escalators : on passe, ensemble, une série de caps relationnels ordinaires.

Pour autant, ce n'était pas négatif. Tout se passait bien. Je ne dirais pas que c'était extraordinaire et exaltant. C'était classique. Tellement classique et attendu que ça ne laissait aucune place aux remises en question : suis-je au bon endroit ? Avec la bonne personne ? Peu importe, nous étions lancés.

Quant à notre vie sexuelle, elle n'était pas dingue. Chouette, mais pas dingue. Finalement, avec recul, c'est comme ça que notre histoire se définissait.

"Je n'étais plus certaine de vouloir continuer"

Après quatre ans d'histoire dont deux sous le même toit, j'ai traversé une crise. J'ai rencontré quelqu'un d'autre, quelqu'un qui me faisait envie, avec qui j'ai vécu un écart. Je n'étais plus certaine de vouloir continuer avec Arnaud, parce que je ne vibrais pas assez. Je me suis barrée durant un mois. Peut-être que j'étais face à un premier signe d'alerte. A l'époque, je n'ai rien entendu. Et je suis revenue auprès d'Arnaud. Tous les deux, nous trouvions ça trop con de tout gâcher pour une petite folie. Nous avions l'impression de ne pas être allés au bout de l'histoire.

La seule condition pour que ça fonctionne : créer un nouveau cadre. Nous avons alors choisi un appartement ensemble. Ça nous a aidés, mais j'ai réalisé bien plus tard que ce n'était pas la façon dont nous configurions notre relation qui n'allait pas, c'était simplement qu'elle n'était pas assez forte.

Arnaud ne m'a jamais rien dit de mon aventure. Seulement : "je ne veux pas qu'on en parle". Il savait très bien mais nous n'avons jamais échangé à ce propos. Il était compliqué de lui arracher un mot concernant notre vie ensemble. Un grand pudique.

"J'ai accepté l'idée de me marier sans bien réaliser ce que ça impliquait"

Pour nous sortir de ce passage à vide, il y a donc eu un appartement, mais aussi un pacs. Nous cherchions, continuellement, de nouveaux projets. Toujours les marches de l'escalator.

Nous avons fêté cette alliance avec nos amis. Une grande fête, un engagement symbolique, un nouveau départ. Je me sentais bien et je n'avais pas besoin de plus. Il n'empêche que deux ans plus tard, nous avons causé mariage. Je n'étais pas anti-mariage, mais je ne courais pas après. Seulement, c'était important pour Arnaud. Alors j'ai accepté l'idée sans bien réaliser ce que cela impliquait. C'était du domaine de la concession.

Sa demande était très romantique. Il avait confectionné un album photos de nos souvenirs. La dernière photo avait été prise à Disneyland Paris. En dessous, il avait écrit : "Et ils vécurent heureux ?" C'était craquant. Nous en étions à sept ans de relation. J'étais heureuse, j'ai appelé mes parents à minuit passé. Ma mère a même cru que j'avais eu un accident, étant donné l'heure et mon agitation.

"J'ai senti le truc m'échapper"

Les mois qui ont suivis, j'étais épanouie. La phase – excitante et stressante - des préparatifs démarrait. Mais rapidement, à six mois du mariage, j'ai senti le truc m'échapper. Ce qui devait être un mariage cool avec quelques amis et la famille s'est transformé en un évènement à 120 personnes dans un manoir qui allait nous coûter une fortune. C'était sa vision du mariage. Nous n'avions jamais parlé de ça, de nos attentes et du juste milieu qui pouvait en découler. J'ai compris alors qu'il espérait un mariage en grande pompe, qui en mettrait plein la vue aux convives.

J'ai commencé à paniquer. Notre entourage ne parlait que de ça. On ne me demandait pas comment j'allais, mais comment ça se présentait. Un peu comme on questionne une femme enceinte sur sa grossesse sans jamais s'intéresser à elle, son quotidien.

"J'ai pensé à faire demi-tour, mais j'avais honte"

C'est à ce moment-là que j'ai de nouveau flirté avec l'infidélité. Je lorgnais depuis plusieurs mois sur un mec qui faisait du théâtre avec moi. J'ai craqué. C'était mon échappatoire. Je voyais régulièrement ce type et j'inventais des prétextes bidons pour partir plusieurs jours avec mon amant. Arnaud le sentait, forcément. Mais il faisait l'autruche, il ne voulait pas voir. Il était dans une démarche de reconnaissance sociale et il était inenvisageable, à ses yeux, d'appeler notre entourage et d'annoncer que le mariage n'était plus d'actualité.

Pour moi non plus, de toute façon. J'ai pensé, souvent, à faire demi-tour. Mais j'avais honte, honte d'avoir engagé tout le monde dans ce projet, honte de dire "ça ne va pas le faire". Pour me rassurer, j'ai pensé que c'était simplement compliqué d'organiser un mariage et que tout irait mieux quand cette étape serait derrière nous. Alors nous avons fermé les yeux et continué droit devant.

"Nous nous sommes mariés, mais pas ensemble"

Nous nous sommes mariés en octobre 2016, mais nous ne nous sommes pas mariés ensemble. Nous nous sommes mariés avec nos familles, nos amis, mais notre couple n'était pas au centre. Finalement, ça aurait pu être une cousinade géante.

Je me souviens précisément de mon discours. J'ai conclu par "bon, on ne sait pas si ça durera toute la vie, on ne peut jamais rien prévoir, mais j'espère que oui". Ces propos étaient annonciateurs d'une déjà fin programmée. Au fond, sans me l'avouer, je savais que notre relation allait se terminer. Mais je ne savais pas quand.

Lors de la nuit de noces, nous avons lu les mots que les gens avaient écrits dans le livre d'or. Nous n'avons pas fait l'amour. Qui ne fait pas l'amour lors de sa nuit de noces ? Même explosés, même fatigués, même alcoolisés, un couple heureux s'envoie en l'air. Pas nous.

"Je ne voulais pas d'enfants avec lui, c'était impossible"

De retour chez nous, après quelques jours à Saint-Malo, encore euphoriques, nous nous sommes demandé ce que nous allions faire maintenant. Nous venions de cocher toutes les cases. Il restait à faire des enfants. Arnaud en voulait et m'a lancée sur le sujet. Moi, je ne voulais pas d'enfants avec lui. C'était impossible. Et là, j'ai compris qu'il y avait réellement un souci. Car bien sûr, je me projetais maman. Dans mes songes, dans l'autre réalité, ce n'était pas lui le papa.

J'ai laissé pourrir quelques mois. Le lundi de Pâques, je suis allée chez ma mère et j'en ai discuté avec elle. J'ai avoué : nous ne sommes pas heureux et je ne sais pas quoi faire. Elle m'a invitée à me poser les bonnes questions, à me demander s'il me fallait continuer ou non.

J'ai un souvenir vivace de ce week-end-là. Je devais lui parler, mais j'étais morte de trouille. J'avais peur de lui faire du mal et peur de me planter, quelque part. Tout abandonner maintenant me donnait froid : qu'allais-je faire ensuite ? Je m'apprêtais à revoir huit ans de ma vie et huit ans, ce n'est pas rien.

J'ai fini par lui parler. Il a plutôt bien accueilli la nouvelle. Je crois qu'au fond, il était d'accord avec moi. Je ne l'ai pas perçu tout de suite, même si je m'en doutais. Une semaine plus tard, nous nous sommes revus pour en discuter davantage. Il m'a avoué qu'il avait déjà pensé à partir. Plusieurs fois. A me laisser une lettre et disparaître.

"Le mariage n'est pas la cause de notre séparation, il est un catalyseur"

Nous avons lâché l'appart et mené nos vies chacun de notre côté. Nous avons coupé les ponts pendant cinq mois jusqu'à lancer les procédures de divorce. Chacun a pris un avocat, et puisqu'il s'agissait d'un consentement mutuel, nous n'avons pas eu besoin de nous croiser.

Le divorce a été proclamé en septembre 2017. Nous étions à un mois de notre anniversaire de mariage. Symboliquement, je ne voulais pas atteindre cette date.  

Peu de temps après, je lui ai écrit un mail pour m'excuser de beaucoup de choses. Je ne m'attendais pas à une réponse de sa part et pourtant, j'en ai reçu une. Nous étions tous les deux d'accord : se séparer et divorcer étaient une bonne chose. Nous devions le faire.

Finalement, le mariage n'était pas la cause de notre séparation. Il était un catalyseur. Il a accéléré la rupture. Face à la promesse de passer une vie ensemble, nous avons compris que non, on ne pouvait pas, on ne voulait pas. Que nos vies n'étaient pas là, pas l'un avec l'autre.

"Aujourd'hui, je suis polyamoureuse"

Aujourd'hui, je ne regrette rien du tout. Pourtant, j'ai souffert. Les six mois qui ont suivis la séparation ont été très difficiles. Je ne savais plus quoi faire de ma vie.

J'ai fini par retomber sur mon amoureux de maternelle, Martin, qui vit actuellement à Londres. Nous avons démarré une histoire. C'est fou, incroyable. Je retrouve ce qui m'a tant secouée lorsque j'avais 19 ans. Et je peux le dire : c'est ça l'amour.

Je suis polyamoureuse. Je vis une autre relation à Paris. La société nous encourage à aller vers une forme de sécurité, le couple est une cellule rassurante. Je ne veux pas avoir 28 ans et ne plus croire en une histoire d'amour qui retourne. Nous avons les cartes pour jouer notre vie amoureuse comme on veut. J'ai cette soif de tomber amoureuse, de frissonner, de vivre des trucs de dingue, et je ne recherche pas l'exclusivité.

Je ne sais si l'intensité de ma relation avec Martin est due au fait que l'on se voit deux fois par mois, aussi que notre relation se base sur des retrouvailles. Peut-être que cette histoire fonctionnera tout autant le jour où nous nous rapprocherons. Peut-être que je trouverai une forme de finalité à ses côtés. Pour l'instant, c'est de l'expérience.

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