L'auto au coeur de la consommation collaborative

La voiture et la consommation collaborative L'automobile (qui reste immobile 90% du temps !) est au cœur d'un nouveau système de consommation : la consommation collaborative. Aujourd'hui, pour dépenser moins et préserver la planète, on ne partage plus que son appartement ou ses escarpins : on prête ou on loue aussi son auto entre particuliers.

Echanger son appartement ou sa machine à laver, louer une robe ou une tondeuse au lieu de l'acheter, partager un espace de travail quelques heures, faire don d'une paire d'escarpins dont on n'a plus l'usage, emprunter la voiture de son voisin ou mettre à disposition son propre camping car... "Ces pratiques d'échanges, de gratuité ou de prêt, regroupées sous le terme de " consommation collaborative" commencent à se propager dans tous les pays Occidentaux, notamment en France explique Guylaine Bouvÿ, ethnologue. Porteuses de nouvelles valeurs, elles visent à dépenser moins, tout en faisant du bien à la planète".

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La consommation collaborative est porteuse de nouvelles valeurs : dépenser moins tout en faisant du bien à la planète © Consommation Collaborative
Une nouvelle ère automobile

L'automobile (qui reste immobile 90% du temps) est au cœur de ce nouveau système de consommation. "Dans une période de crise économique et écologique marquée par la question du pouvoir d'achat, les modes partagés tels que le covoiturage, l'auto-partage, le prêt ou la location entre particuliers, connaissent une expansion formidable et laissent entrevoir une nouvelle conception de la voiture et de la mobilité", poursuit Guylaine Bouvÿ. C'est ainsi que Renault lancera en Septembre 2012 son propre service d'auto-partage : le Twizy Way. Contrairement à Autolib', les utilisateurs pourront laisser l'engin sur n'importe quelle place de parking publique.

 

Les constructeurs automobiles jouent le jeu

Comment réagissent les constructeurs face à cette nouvelle mobilité très prisée par la génération Y ? Au risque de se saborder – mais ont-ils le choix ? – les constructeurs et les loueurs de voiture proposent des solutions d'autopartage. Peugeot s'est lancé dans l'aventure Mu en offrant différents services de mobilité à la carte (vélo électrique, scooter, utilitaire ou voiture de luxe) ; BMW a créé une plate-forme d'auto-partage entre particuliers ; Renault propose aux entreprises et aux collectivités locales une offre clés en main gérée par Carbox.

Quant à Citroën, il vient de lancer un partenariat entre son portail de mobilité Multicity et Zilok (créé en 2007), le pionnier de la consommation collaborative en France. «Pourquoi posséder quand on peut utiliser? », questionne Marion Carrette, la directrice de Zilok. En effet, passer de la propriété à l'usage est totalement en vogue « Quand on loue, on achète moins » explique Marion Carrette, voilà l'intérêt du mouvement de fond de la consommation collaborative "aussi puissant que celui de la Révolution Industrielle".

De la voiture objet à la voiture service

Marc Simoncini, spécialiste des modèles économiques novateurs sur le web, s'amuse : « Il y a quelques années, quand j'ai lancé des chaussures à vendre sur internet, personne n'y croyait. Aujourd'hui, cette pratique a explosé ! ». Alors imaginer que notre voiture peut nous rapporter de l'argent en la louant à d'autres particuliers est très difficile à croire pour certains. Et pourtant... La (We)Economy peut rapporter gros. La location type de Zilok est la suivante : on loue en moyenne sa voiture 3.5 jours par mois ce qui fait gagner 80 euros x 3, soit 240 euros par mois. Un bon moyen en temps de crise pour tempérer les dépenses liées à l'automobile. Les particuliers, nouveaux "partageurs au quotidien", entrent dans la danse en mettant sur différents sites internet leurs voitures à la location pour quelques heures ou quelques jours. Même les propriétaires de camping-car peuvent aujourd'hui louer leur Ford Transit ou leur Rapido pour 115 euros par jour en moyenne sur JeLoueMonCampingcar.com. "Les avantages de la formule sont évidents, explique Benoît Panel, le cofondateur du site : le propriétaire amortit ses frais d'entretien annuels de manière simple et sûre; le locataire bénéficie de la convivialité et des prix bas de la location entre particuliers. Chacun est couvert et protégé par une assurance tout risque proposée par la MACIF avec des montants de franchise très raisonnables".

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On peut gagner en moyenne 240 euros par mois en louant sa voiture sur une plateforme comme Multicity. © Citroën
Citroën : un acteur de cette nouvelle mobilité

En plus des offres de covoiturage, de location courte durée, de réservation de billets de train ou de voyages, Multicity enrichit encore un peu plus son offre commerciale en proposant désormais à ses membres Citroën la location automobile entre particuliers. « Dans cet écosystème complexe fait de nouvelles attentes, nous avons voulu créer de la valeur pour nos clients », décrit Xavier Duchemin, directeur marketing et projets de mobilité de Citroën. Au lieu de regarder cette grande nouvelle tendance des voitures qui se louent de plus en plus entre particuliers, la marque aux chevrons a préféré monter dans le train et devenir un acteur impliqué de la nouvelle mobilité. Citroën améliore ainsi son image de constructeur innovant en expérimentant des concepts nouveaux de mobilité.


C-Zéro à 90 euros par mois : l'ère de rupture

Au delà de son partenariat avec Zilok, Citroën propose une offre de location moyenne durée de sa C-Zér0 à 90 € par mois sur 23 mois et 20 000 km, sans apport, et sans contrainte apparente. Cette offre hors norme (qui a laissé totalement perplexe la salle emplie de journalistes) est destinée à promouvoir le véhicule électrique et les nouveaux modes de consommation automobile comme la location entre particuliers. La seule contrepartie : s'inscrire sur Multicity et proposer à d'autres particuliers la location de sa voiture sans pour autant obligé d'accepter toutes les demandes. « Vous êtes libres ! » insiste Xavier Duchemin. En revanche, si vous acceptez une demande, l'heureuse (x) « propriétaire » de la C-zéro doit simplement reverser une légère commission à Citroën qui, du coup, rentabilise un peu son modèle économique. Mais comme vous touchez également de l'argent, c'est du gagnant-gagnant ! Si les 6 millions de propriétaires de voitures Citroën venaient sur la plateforme Multicity, on imagine le tsunami que cela pourrait déclencher. Ce serait bien une nouvelle révolution automobile, laquelle est, de toute façon, vouée à évoluer dans les années à venir.

Quelle est l'avenir de la voiture « solo » ?

La voiture individuelle est encore utilisée massivement notamment par les seniors et les actifs pour les trajets du domicile au travail, qui représentent l'essentiel des déplacements et qui ne cessent de s'allonger du fait de la périurbanisation. "Relayé par les constructeurs automobiles, l'engouement récent du public pour les modes de transport alternatifs à la voiture individuelle traduit cependant une transformation profonde des représentations et des usages de la voiture", confie Guylaine Bouvy. A Denver, aux Etats-Unis, la voiture sera bientôt totalement bannie et les transports collectifs totalement gratuits.
"Si la voiture est toujours très investie sur le plan identitaire (puisqu'elle continue de valoriser celui qui la possède), des changements symboliques apparaissent. Cela est très perceptible chez les jeunes générations pour lesquelles posséder sa propre voiture est loin d'être une nécessité. La volonté de consommer autrement, le souci de réduire ses dépenses et son empreinte écologique pourraient bien mettre à mal le statut de la voiture individuelle"... conclut Guylaine Bouvÿ.

 




 

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