Violence conjugale : comment elle se déclenche et comment en sortir ?

Violence conjugale: cycle et solutions Les violences conjugales, c'est tout d'abord un cycle et une répétition. Pour y faire face, le milieu associatif a mis en place des groupes de parole, et réclame plus de finesse dans les commissariats. Eclairage de Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychothérapeute familiale, et Sonia Pino, psychologue de l'association Elles Imaginent.

Chaque histoire est différente, mais les mécanismes sont les mêmes. La violence au sein d'un couple est un phénomène de domination du plus fort sur le plus faible. Comment se déroule-t-elle? Comment y répondre ?

Le cycle de la violence conjugale en quatre étapes


Même si statistiquement les hommes violents sont plus nombreux que les femmes, "ce phénomène n'est pas l'apanage des hommes", tient à souligner Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychothérapeute familiale. Quatre phases forment le scénario classique.

 La phase de tension et d'irritabilité : le malaise est perceptible, la tension monte, les reproches fusent mais la violence n'éclate pas encore.

 La phase d'agression : la colère éclate et peut prendre différentes formes (bousculade, coups, insultes, violence sexuelle, humiliations...). Cette phase crée un soulagement chez l'agresseur et la peur chez l'agressé(e), qui ne réagit pas et se fait "toute petite".  

 La phase d'inversion de culpabilité : l'agresseur s'excuse, explique son comportement en évoquant les attitudes de l'agressé(e) et sa propre histoire.

 La phase de réconciliation dite de "lune de miel" : l'agresseur adopte une attitude agréable et fait preuve de gestes tendres.

Ce cycle crée une addiction : l'homme se rend compte que sa violence est finalement source de soulagement. "Comme il n'y a pas de conséquences majeures, il se sent mieux et la femme, elle, pour revenir à la phase de "lune de miel", accepte de passer par les trois phases précédentes", explique Marie-France Hirigoyen. Le propre de ce type de processus est l'emprise exercée sur la personne agressée, qui finit par se dire que c'est son choix si elle accepte de vivre comme cela.

Une autre forme de violence : la violence psychologique

"Il n'y a pas que ce cycle, explique Marie-France Hirigoyen, il existe aussi une violence perverse, essentiellement psychologique, qui se produit de façon constante et insidieuse et qui est basée sur le dénigrement, le contrôle, l'isolement et la menace." Le processus, dans ce cas, s'articule autour de différents comportements : attaques à l'identité (humiliations, frustrations), isolement (de sa famille, ses amis), contrôle et jalousie (aggravés par les nouvelles technologies), pressions ("tu iras te coucher quand tu auras dit..."), intimidations (jouer avec un couteau, conduire dangereusement...), chantage au suicide et, toujours, inversion de la culpabilité. C'est la victime qui finit pas se sentir responsable.

Des hommes fragilisés par l'émancipation des femmes

"Mon hypothèse est que l'homme actuel est fragilisé par la  nouvelle émancipation des femmes, et qu'il leur en veut", livre la psychiatre. Auparavant père de famille tout puissant, il est désormais parfois au même niveau de salaire que sa femme, voire à un niveau inférieur, et les enfants ne sont plus en demande de savoir ou de règles. Souvent même, ce sont eux qui leur montrent comment utiliser les nouvelles technologies. "C'est un point qui me fait penser qu'il y a recrudescence de la violence, et que l'on assiste à un retour en arrière par rapport au mouvement féministe des années 70. Il arrive, alors que la femme gagne autant que son mari, que l'homme demande à sa femme d'arrêter de travailler ou garde la carte bleue du couple".

Les vertus libératrices des groupes de parole : l'effet miroir

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Sonia Pino est psychologue de l'association Elles Imaginent à Paris.  © Sonia Pino

Engagée, passionnée, Sonia Pino décrypte les vertus de la discussion collective. A 30 ans, la psychologue anime les groupes de parole du vendredi matin de l'association Elles Imaginent, à Paris, et nous livre la réalité de ces séances collectives. "Les effets thérapeutiques sont beaucoup plus efficaces en séances collectives qu'en séance individuelle, explique-t-elle, car les femmes s'aperçoivent qu'elles partagent des mécanismes, des ressentis... A travers l'estime et le respect qu'elles portent aux autres femmes, elles finissent par se respecter elles-mêmes. Et à tenir la distance avec leur mari violent. En groupe de parole, on met le focus sur ce qui est en train de se passer, explique Sonia. Mon travail est de leur donner confiance en elles et de rompre l'isolement social."

Sensibiliser les forces de police pour un vrai changement

"Dans les commissariats, on porte encore trop de jugements de valeur", s'indigne Sonia. "En donnant trop de détails sur la façon dont elles se sont défendues, cela se retourne parfois contre elles-mêmes". Pour un vrai changement, la psychologue considère qu'il faut avant tout sensibiliser les premiers en contact avec les femmes venues déposer une plainte ou une main courante. "Si l'on continue de croire que la violence conjugale est uniquement physique, on va droit dans le mur. Celles qui sont violentées physiquement ne déposent pas plainte, à ce moment-là en tout cas, elles mettent du fond de teint et repartent travailler." 

En savoir plus :

Marie-France Hirigoyen est docteur en médecine depuis 1978. Elle est aussi psychiatre et psychothérapeute familiale, et connue pour ses succès d'édition, dont son essai devenu best-seller, «Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien" paru en 1998, Editions La Découverte. 

L'association Elles Imaginent est spécialisée dans la lutte contre les violences conjugales à l'égard des femmes. Des groupes de parole sont ouverts tous les vendredis de 10h à 11h et tous les samedi de 13h à 14h à Paris. 

 
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