Men, Women & Children : "Le numérique, c'est pas automatique" (mais nécessaire)

Dans "Men, Women & Children", en salles le 10 décembre, Jason Reitman dresse le portrait d'une génération confrontée aux conséquences des nouveaux moyens de communication. Vanessa Lalo, psychologue spécialiste du numérique, explique pourquoi tout le monde doit se mettre à l'heure d'Internet.

Dans Men, Women & Children, au cinéma le 10 décembre, à peu près tous les profils d'ados connectés sont représentés : celui qui ne quitte pas ses jeux vidéo, celle qui exprime sa personnalité sur Tumblr, celui qui regarde trop de porno, celle qui essaie de percer dans le mannequinat grâce à des photos parfois trop dénudées, ou encore celle qui tombe dans le piège des sites pro-anorexiques. Face à eux, on retrouve des parents dépassés, trop laxistes ou invasifs.
Vanessa Lalo, psychologue du numérique, nous éclaire sur les effets de l'omniprésence d'Internet dans nos vies, qu'on soit enfant ou parent, et nous incite à capitaliser, mutualiser et ne pas rompre avec le numérique.

Le Journal des Femmes : Quels peuvent être les impacts des réseaux sociaux sur les nouvelles générations ?
Vanessa Lalo
: Il y a beaucoup d'aspects très différents. Par exemple, grâce à Facebook ou aux jeux vidéo, le lien social est décuplé. Les jeunes sont dans le partage, dans l'échange. Ils sont inter-connectés, ce qui a tendance à les rendre plus tolérants. Ils sont aptes à gérer des personnalités parfois très fortes, mais aussi des comportements et des cultures différentes des leurs. Il y a une complicité, une force relationnelle qui s'installe.

A quel moment peut-on parler d'addiction ?
V. L. :
Je préfère ne pas employer le terme addiction, mais évoquer une pratique excessive. C'est ce qui arrive quand on n'a pas de limite, qu'on s'enferme. Il ne faut pas oublier qu'un comportement exagéré n'est jamais un syndrome, il y a toujours un vrai problème derrière : un échec scolaire, une dépression, du narcissisme... Les réseaux sociaux et Internet font simplement office de palliatif éphémère.

affiche
L'affiche du film © Paramount Pictures France

Qu'est-ce que ça reflète ?
V. L. : Le numérique reflète notre société de consumérisme, de mal-être, ce besoin d'être parfait, de tout faire tout de suite. Si Internet apporte une efficacité, une connaissance inouïe, il faut accepter que notre corps ne va pas aussi vite que la machine. On ne sait pas comment se positionner, parfois cela démultiplie trop les relations et rend les choses superficielles.

Comment ont tendance à réagir les parents qui vous consultent ?
V. L. :
Ils sont incapables d'accompagner les jeunes dans le numérique. Les parents sont totalement dépourvus, ils n'ont pas assez de recul, ni les codes de cet univers. Tout le monde doit s'y mettre pour comprendre, accompagner, guider. Aujourd'hui, les jeunes ne sont plus dans la rue à faire des bêtises, ils sont sur Internet à faire n'importe quoi. La crise d'adolescence se passe sur la Toile, on ne claque plus la porte, on se met dans sa bulle.

Que leur conseillez-vous ?
V. L. :
 Il faut protéger les jeunes, les éduquer, car les risques sont les mêmes que dans la vraie vie. Sur Internet, on trouve des groupes pro-anorexiques, des prédateurs sexuels, de la violence... La seule différence, c'est qu'aucun adulte ne vient mettre un stop à ça, sous prétexte que ça se passe sur le Web, donc que ça n'existe pas vraiment.

Avec Facebook, Snapchat ou Instagram, l'image tient une place très importante dans la vie de certains adolescents. Comment faire face à cela ?
V. L. :
 Les adultes doivent remettre un contexte intime. Certains jeunes ont un rapport à leur image compliqué. Les filles peuvent poster des photos d'elle assez sexuelles, les garçons auront tendance à comparer leur sexe, à se lancer des défis. Le rôle des adultes est de leur expliquer que l'image qu'ils renvoient sur Internet peut avoir des conséquences sur leur futur recrutement, qu'il existe des lobbyings cachés, que les images peuvent être façonnées, qu'il y a du montage vidéo. Il faut les accompagner de la même manière qu'on le ferait "dans la vraie vie".

Certains adultes connaissent parfaitement ces outils...
V. L. : Ils ont beau les maîtriser à merveille, bien souvent, les 30-35 ans ultra-connectés ne savent pas comment faire quand il s'agit de leurs enfants. Encore une fois, il faut se renseigner. Même pour les touts petits, il existe des applications supers ludiques, qui permettent un rapport intéressant aux nouvelles technologies.

Un dernier conseil ?
V. L.
: Comme je dis souvent, le numérique, c'est pas automatique... Je suis pro-équilibre. Nous devons nous reconnecter au bon sens, nous rendre compte que les règles sont les mêmes. Il faut remettre de la réalité dans le numérique.

Découvrez la bande-annonce de Men, Women & Children, en salles le 9 décembre :

A lire aussi :