Prostitution : les jumelles d'Amsterdam, du tapin à la gloire

Dans un quartier où le travail du sexe a pignon sur rue, ces deux arrière-grand-mères détonent. Louise et Martine Fokkens cumulent à elles deux plus d'un siècle d'expérience dans la retape.

Visage rubicond, santiags en simili cuir rouge et blouson carmin assorti, les deux soeurs ont pourtant l'âge de la carte vermeil : 70 ans. Elles parcourent crânement le quartier et répondent gaiement aux demandes d'autographes. "Nous avons couché avec plus d'hommes que vous ne pourriez compter", s'exclame Louise dans un éclat de rire bruyant.
Martine et Louise sont devenues célèbres avec un documentaire titré "Ouwehoeren" ("vieilles putes" en néerlandais), acclamé en 2011 au Festival du Film documentaire d'Amsterdam. Deux best-sellers internationaux ont suivi.
Aux Pays-Bas, dans une ville marchande où, dès le XVe siècle, de nombreuses femmes vendaient leurs corps aux marins de passage, les soeurs Fokkens ont tout vu, ou presque. "Des pères amenant leurs fils pour leur première fois comme des clients aux goûts plus... particuliers", affirme Martine, assise, l'air nonchalant, sur le lit installé à l'arrière de sa "fenêtre", l'une des 370 du quartier, située dans la rue Oude Nieuw.
Spécialisée dans le bondage (pratique sexuelle qui consiste à attacher son partenaire) pour les hommes âgés, Martine travaille encore deux à trois jours par semaine car la pension qu'elle perçoit de l'État néerlandais ne lui suffit pas pour vivre. Louise, elle, a rangé porte-jarretelles et autres sex-toys au placard. Atteinte d'arthrite, elle ne peut plus lever la jambe.
Si les médias bataves donnent d'elles l'image de deux grands-mères excentriques tombées un peu par hasard dans l'industrie du sexe, la douleur et la souffrance ne sont jamais loin. "Nous n'avions pas d'argent", raconte Louise, dont les traits se durcissent sous la folle aura de cheveux blancs. Son mari lui a ordonné d'aller travailler "pour deux ans": "je ne savais pas de quel genre de travail il parlait et maintenant, cela fait 50 ans".
"Au début, c'était très difficile", assurent également les soeurs: "vous devez éteindre votre cerveau". "Au cours des dernières années, cela allait un peu mieux", ajoutent Louise et Martine à l'AFP. La violence du milieu et l'exploitation les ont poussées à se mettre à leur compte et à fonder le premier syndicat de prostituées du pays, appelé "la petite lumière rouge". Comme leur tenue et les néons des vitrines...