Violences conjugales : sois pauvre et tais-toi
Le quotidien Lacroix a publié mardi une enquête exclusive sur les profils des femmes victimes de violences conjugales. Fait marquant : les plus pauvres sont les premières touchées.
L'Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP) a mené une enquête d'envergure en interrogeant 66 920 personnes, âgées de 18 à 75 ans sur les quatre années précédentes. Le but était de déceler le taux de victimes de violences conjugales. Les résultats révèlent que 1,25 % des répondants ont déjà été victimes de violences, ce qui, rapporté à la population mondiale, correspond à 540 000 victimes déclarées sur deux ans.
Les femmes pauvres, quatre fois plus touchées
Le profil type : peu de revenus, âgée entre 25 et 39 ans, vivant en milieu urbain. "Si tous les milieux sociaux sont concernés, tous ne le sont pas à la même fréquence." déclare Cyril Rizk, responsable du service risque de l'ONDRP. Voilà qui renverse l'idée commune selon laquelle les violences seraient égales partout. Ceux qui travaillent dans le secteur ne sont pas surpris comme Bruno Willeron, directeur du Service d'investigations judiciaires à Douai "Il est de bon ton de dire que cela a cours dans tous les ménages, mais, dans les faits, ce sont surtout des personnes ayant un faible niveau de revenu qui défilent devant nous."Le psychiatre Jacques Louvrier, spécialisé dans la prise en charge des auteurs de violence, apporte son analyse : "Une épouse diplômée, gagnant bien sa vie et ayant un statut social valorisant sera plus à même de refuser de telles violences, de les dénoncer, et tout simplement de se séparer de son conjoint" avant d'ajouter que "les moins dotées socialement n'auront pas forcément cette capacité."
