Place de la République, une discussion autour de la question musulmane

Dix-sept personnes ont été tuées cette semaine par trois jihadistes français. Un million de personnes vont se rassembler et marcher, en leur mémoire et pour soutenir la liberté d'expression. Sous le monument de la République, émerge la question musulmane. Discussion animée.

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C'est une conversation, puis une vive discussion, puis une quasi-dispute, avant que le respect ne reprenne le pas sur l'émotion. Il est 11H00, dimanche, au pied de la statue de la République. Autour de Mohammed et de Mounira s'agglutinent des Français musulmans, comme eux perdus, incrédules, inquiets. Lui est d'origine algérienne, il a 65 ans, un sourire lumineux, quatre enfants, une forme de désespoir dans le regard. Elle est d'origine tunisienne, a 55 ans, et porte le verbe haut pour s'emporter contre cette dérive, ces enfants qui deviennent des criminels, qui partent en Syrie.
Le premier rêve : "Il faut aller les chercher, il faut les sauver, il faut que l'on puisse sauver les jeunes qui peuvent l'être". La seconde est en colère : "Mais que font les parents, que font nos autorités, c'est à nous de faire quelque chose !". Et elle raconte l'histoire de son neveu : "Il avait 14, 15 ans, commençait à glisser vers l'intégrisme, plus personne de la famille n'avait prise, même pas ma mère, sa grand-mère". Alors "on a réuni les hommes de la familles, mon frère, les beaux-frères, et ils sont allés écouter à la mosquée ce que ce pseudo cheikh leur disait. Il leur apprenait à être des tueurs. Ils sont allés le voir ce prédicateur, pour lui dire d'arrêter, et que sinon c'est sa mosquée qu'ils feraient sauter". Le neveu a grandi, il est chef d'entreprise, "très pieux", et va rattraper les jeunes de son quartier qu'il voir partir en dérive.
Mounira voudrait des sanctions, la suppression de la double nationalité, Mohammed voudrait des moyens, de l'éducation et que les familles déchirées par l'intégrisme des plus jeunes prennent leur responsabilité. "Chez moi, il y a trois filles et un garçon. Je les ai amenés à la plage ou danser, je leur ai donné le goût de la musique. Mais quand mon fils a commencé à vouloir régenter mes filles, à leur dicter ce qu'elles devaient faire, je lui ai dit clairement. Laisse tes sœurs faire ce qu'elles veulent. Il n'y a qu'un patron à la maison, et c'est moi".
Djamel, 50 ans, s'en mêle : "C'est en prison qu'il faut faire quelque chose, c'est là qu'il sont entraînés". Tous tombent d'accord. Sur l'absence de représentants forts de leur communauté, sur l'absence d'autorité morale. "A l'église, il y a les évêques, les archevêques pour intervenir", déplore Mounira. Que faire, comment faire pour pouvoir dire "plus jamais ça" ? Ils sont rongés. Ce dimanche, ils s'apprêtent à défiler. Ce n'est pas encore le temps des réponses, mais déjà celui des questions tourmentées. 

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Place de la République, dimanche 11 janvier 2015, 11h. © AT