Fifty Shades of Grey : une saga cul-cul ?

Harry Potter est par terre. Fifty Shades of Grey, le livre aux quarante millions d'exemplaires vendus arrive mercredi 17 octobre dans les librairies françaises sous le titre "50 Nuances de Grey"... et autant de déclinaisons du SM gnangnan ?

Imaginez un prince charmant priapique et fortuné qui aime le Pouilly fumé, les fessées et les menottes aux poignets. Présentez-lui une jeune vierge effarouchée, née pour être dominée, et vous obtenez le best-seller de l'édition.
Ecrit à la première personne par l'héroïne, Fifty Shade of Grey narre la relation sado-masochiste entre Anastasia Steele, une étudiante en littérature anglaise de 21 ans, et Christian Grey, millionnaire séduisant et pervers qui lui propose de partager ses fantasmes entre Portland et Seattle...
En un coup de fouet à peine culotté, la Britannique Erika Leonard James, mariée, deux enfants, est devenue l'icône du "Mummy porn", roman érotique pour ménagère de plus de 50 ans. Au départ, c'est sa passion pour Twilight qui a poussé cette ex-cadre de la télévision à écrire une version hot de l'amour vampirique. Son premier jet, publié en feuilleton téléchargeable, a rapidement fait le buzz.. Sa trilogie est en passe de réaliser un record mondial.

Bluette en latex

Phénomène littéraire avec un Largo Winch un brin sadique et une "Ana" aux orgasmes multiples, Fifty Shades of Grey ne semble jouissif que si l'on accepte les lieux communs, que l'on apprécie la candeur de l'Amérique des concours de beauté et que l'on pardonne la syntaxe approximative.
Si Victoria Beckham a offert l'ouvrage à sa maman et que Kim Cattrall, la sulfureuse Samantha Jones de Sex and the City, ne tarit pas d'éloge sur son nouveau livre de chevet : "idéal pour les femmes mûres", nos lectrices ne semblent pas emballées par cet opus .

L'avis d'Aurélie, 28 ans, professeur d'Anglais à Tours

J'ai lu le premier tome de "Fifty Shades" appâtée par son aura sulfureuse. "This book will change your wife" : diantre ! Évidemment, le fait que ce soit une fanfic de Twilight devrait mettre la puce à l'oreille de tous les lecteurs exigeants. J'ai trouvé les personnages incroyablement stéréotypés dès les premières pages. D'un côté le beau milliardaire tourmenté qui sous son petit pull Calvin Klein, dissimule un Bernard Kouchner qui rugit (il expédie des colis au Darfour...) de l'autre, l'étudiante vierge et naïve qui porte des couettes et se révèle être l'Eternelle féminin malgré elle. Il l'éveille à la sexualité et elle aux sentiments. Bref, il semblerait que Mai 68 n'ait jamais eu lieu. Ce que je trouve le plus triste ce n'est pas le roman, ce n'est pas même le fait qu'un livre médiocre devienne un best-seller. Ce que je regrette et ce qui me fait réfléchir, c'est l'âge des lectrices. Comment, alors qu'on a passé l'adolescence, peut-on rêver d'être l'héroïne d'une histoire aussi niaise ? Par quel type de désespoir (ou de dépression) faut-il être frappé pour n'avoir rien de mieux à rêver à 40 ou 50 ans ? Faut-il n'avoir rien vécu pour s'émoustiller de ce type de récit érotique, en soupirant : "ah, si ça avait été moi". J'imagine très bien un écrivain comme Michel Houellebecq faire le portrait d'une lectrice de "Fifty Shades", sorte d'Emma Bovary post-moderne, incarnation de la misère sexuelle. Mon jugement est un peu dur, mais j'ai 28 ans, et je prie vraiment, pour ne pas m'extasier devant ce type d'objet dans 20 ans.

Cinquante Nuances de Grey, d'Erika Leonard James, éditions Jean-Claude Lattès, 560 pages, 17 euros.

 

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