J'ai testé pour vous : une journée sans portable

Passer une journée loin de son objet connecté fétiche ? C'est le défi lancé par la Journée mondiale sans téléphone mobile. Polo et moi, on s'est donc dit à demain. Pour le meilleur ou pour le pire...

J'ai testé pour vous : une journée sans portable
© PHILIPPELEROUX.COM/SIPA

Paraîtrait que nous sommes accro(chés) à nos téléphones, que le smartphone est le nouveau meilleur ami de l'homme, que des personnes développent même des lésions aux cervicales pour cause de consultation poussée de leur joujou. Alors quand tout le monde s'est mis à rire à la rédaction "lundi, c'est la journée sans portable, personne ne veut le faire ?", mon esprit de contradiction a pris le dessus : "Bah moi ça ne me dérange pas..."

"Gaston y'a l'téléphon qui son"

D'après Journée-Mondiale.com (source fiable s'il en est), la Journée Mondiale sans téléphone mobile partage sa date anniversaire avec la Journée Internationale contre les mutilations génitales et la Journée Nationale contre le terrorisme et l'assassinat politique. De quoi revoir à la baisse l'importance de son phone, aussi smart soit-il.
La date du 6 février n'a pas été choisie par hasard, m'apprend le site. Ce lundi d'hiver est le jour de la Saint Gaston. Le lien, me demandez-vous ? Nino Ferrer chantant "Gaston y'a l'téléphon qui son et y'a jamais personne qui y répond" (ceci n'est pas une blague).

Dimanche 23h30, nous y voilà donc. Je règle mon réveil pour les deux jours à venir avant de lâcher mon allié, de plonger dans le sommeil et de me jeter telle Lady Gaga au Super Bowl dans ces 24h sans celui que nous appellerons Polo.

7h30 : Premier et dernier contact (obligatoire) avec Polo, pour éteindre mon réveil. J'avais bien pensé à engager quelqu'un pour toquer à ma porte afin de me tirer des bras de Morphée. Puis j'ai réalisé que seule une héroïne de Gossip Girl pouvait se permettre d'avoir du petit personnel... Et aux dernières nouvelles, je ne suis toujours pas Blair Waldorf.

8h45 : Départ pour le boulot, laissant mon ami branché derrière moi. Nez en l'air et sans musique pour m'accompagner, j'observe la ville grisâtre pour occuper mon trajet. J'évite de justesse un type empêtré avec une cloison moisie qui sort d'un chantier. Première leçon : "Sans écran sous le nez, plus d'accidents évités."

9h : Même pas mal dans le métro. Alors que les gens ont le visage tourné vers des pixels, je sors fièrement mon livre. "Avant d'être oubliés, nous serons changés en kitsch", écrit Kundera. Que restera-t-il de nous autres habitants du XXIe siècle ? Une pile de smartphones saturés de photos et de données inutiles, pense-je, me prenant pour une philosophe des temps modernes.

Victime du FOMO je suis, victime du FOMO je resterai

9h30 : Arrivée au boulot. Je me rue sur Facebook et Twitter pour "rattraper" mon manque d'information de ce matin, parce qu'il ne serait pas question d'abuser de mon air faussement détaché. Victime du FOMO – Fear of missing out, soit la peur de manquer quelque chose – je suis, victime du FOMO je resterai. Comme toute cyberdépendante qui (ne) se respecte (pas).

10h : Mes collègues se rient de moi : "Ça va tu le vis bien ?" Très bien, merci (dit-elle alors qu'elle vient d'avoir le réflexe de tendre la main vers son sac à la recherche de son ami à 4G)...

12h44 : Snapchat me manque, Whatsapp me manque et j'évite de penser aux messages d'une importance extrême que j'ai très certainement reçus. Pour compenser cette absence, je pense à mes retrouvailles avec Polo, demain matin. Ca va être bien. Et puis comme dans toute relation, créer le manque, c'est important.

16h : Réunion hebdomadaire. Je vois bien mes chers collègues consulter leur boîte mail en douce pendant qu'on aborde les sujets de la semaine. Je me fais une raison et essaie de me dire qu'il y a vraiment peu de chance pour qu'on me propose une interview de Brad Pitt à laquelle il faut répondre dans la minute. Non ?!

19h15 : Métro again. Plutôt que de tracer ma route avec pour seuls compagnons Polo et mon casque, je me greffe à une collègue. Figurez-vous que papoter pour débriefer la journée, c'est aussi sympa que de juger nos voisins de wagon collés à leur smartphone.

20h : L'heure de la triche. La raison de mon affront ? Un coup de fil immanquable (coucou maman). MAIS pour ne pas trop vous décevoir, je jure avoir fermé les yeux en décrochant pour ne pas voir mes notifications de la journée. Et avoir reposé Polo face contre table après avoir raccroché. J'aurais pas mieux fait même avec un téléphone fixe, promis.

21h30 : C'est cool de regarder une série sans répondre à des SMS/scroller sur Instagram/regarder des stories Snapchat/stalker des inconnus sur Facebook. Tout le monde devrait essayer au moins une fois dans sa vie.

Carrie Bradshaw's style

23h30 : Au lit, un livre à la main. Je me prends pour la Carrie Bradshaw de Belleville (point Sex & the City : la New-Yorkaise est contre les écrans dans la chambre et ça lui vaut même une dispute avec Mr. Big). Je suis sure que si on devait me filmer là, tout de suite, la lumière tamisée de ma lampe de chevet me ferait un plus joli teint que les LED de mon écran de téléphone. Xavier Dolan, où es-tu ?

7h30, le lendemain : L'heure des retrouvailles. Neuf textos non lus, quelques notifications Instagram, plusieurs snaps de gens qui voulaient que j'aie quelque chose à regarder en retrouvant Polo (mes amis sont formidables)... et franchement rien qui aurait mérité toute mon attention dans la seconde. Leçon numéro 2 : "Etre joignable c'est bien, se faire désirer c'est mieux."

Gourou auto-proclamée de la déconnexion

9h30, toujours le lendemain : "Fiona, j'ai oublié mon portable....", me balance d'un air dépité ma rédactrice en chef en arrivant au bureau. En tant que gourou auto-proclamée de la déconnexion, je la rassure. Intérieurement, je me dis que j'ai lancé une mode. Eh ouais.

Bonne nouvelle si vous voulez tenter l'aventure aussi : la Journée Mondiale sans téléphone mobile court en réalité sur trois jours, jusqu'au 8 février. Et si vous vous croyez malin, vous pouvez même vous amuser à relever les 6 défis lancés par son créateur. On s'appelle pour se raconter ?

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