Pokémon Go : pourquoi cette folie ? [ANALYSE]

PHENOMENE - Vous n'avez pas pu y échapper : Pokémon Go est sur toutes les bouches (et bientôt, sur tous les smartphones). Quels sont les dessous de cette passion pour Pikachu et ses amis ?

Alors qu'il devrait très prochainement sortir en France, Pokémon Go a déjà provoqué un raz-de-marée et conquis des millions d'utilisateurs dans le monde entier. En 1996, les "pocket monsters" débarquaient au Japon sur Game Boy, avant de devenir culte et d'envahir le reste du monde à coups de séries, films, jeux vidéo, cartes à collectionner et autres objets dérivés. Pour fêter le 20e anniversaire de l'invasion de ces petites créatures sur Terre, Nintendo a eu la bonne idée de relancer la franchise, façon 2.0, avec l'application mobile Pokémon Go. Résultat ? Pikachu et ses potes ont fait un vrai retour en force et se sont installés dans les vies de nombreux joueurs à travers le monde, qui eux, sont carrément devenus accros. Et si on pouvait croire qu'il était destiné à un public adolescent, il n'en n'est rien : la génération Y, qui a grandi avec ces monstres mignons, revit ses jeunes années. Comment expliquer cet engouement mondial, une envie irrépressible d'attraper des Pokémon qui s'empare de chacun de nous ?

Il convient avant tout de comprendre pourquoi Pokémon Go, qui n'est qu'un "simple jeu vidéo" pour certains, est révolutionnaire pour d'autres. Cette application gratuite pour smartphones est basée sur la géolocalisation ; la carte sur laquelle notre avatar-dresseur-de-Pokémon évolue est calquée sur la réalité. Ainsi, le personnage suit les déplacements du joueur dans la vraie vie, ce dernier pourra croiser au coin de la rue des petites créatures qui apparaîtront dans son environnement, sur l'écran de son téléphone, en réalité augmentée. C'est à dire que si vous être tranquillement attablé au restaurant, un gentil petit Pokémon pourra venir s'installer sur votre assiette jusqu'à ce que vous l'attrapiez, en lui lançant via l'écran de votre smartphone une pokéball.
Mais il y a énormément d'autres choses à faire dans ce jeu, comme entraîner ses jouets (animaux, appelez-les comme vous voulez) pour qu'ils deviennent meilleurs afin de conquérir des arènes dans lesquelles les joueurs peuvent s'affronter. Ou se rendre à des "Pokéstops", généralement des monuments (dans la vraie vie, donc), où l'on peut venir se ravitailler en objets. En somme, Pokémon Go permet de réaliser le fantasme du gameur, à savoir : mélanger notre monde et celui du jeu. De plus, il permet de découvrir sa ville, et ce, à pieds, et de manière ludique. Qui a dit que les geeks ne sortaient pas de chez eux ?

Attrapez-les tous !

Sur les réseaux sociaux, Pokémon Go a suscité la frénésie. L'arrivée des petites créatures dans notre quotidien a donné lieu à des situations parfois improbables qui se doivent d'être partagées, comme un Abra posé sur la cuvette des toilettes, ou un Noeunoeuf parfaitement posé dans une assiette. Pour rester dans le registre, un homme, propriétaire d'une ancienne église dans le Massachussetts, a réalisé, au vu des personnes qui se sont arrêtées devant, que sa demeure était une arène de combat. Un soldat américain a posté une photo d'un Carapuce capturé... sur la ligne de front de Moussoul en Irak. Et les histoires improbables affluent.
Le jeu inquiète aussi : les chasseurs, prêts à tout pour capturer leur Pokémon, peuvent prendre des risques. Comme aller sur le périphérique parisien pour attraper un Pikachu ou prendre un kayak se rendre à une arène située dans l'océan, ou encore se rendre près d'une rivière pour trouver des Pokémon eau, mais se retrouver face... à un cadavre. Des personnes malveillantes ont profité des zones de rassemblements pour attirer les joueurs et les dépouiller. Sans parler des pédophiles qui pourraient utiliser l'application pour se rendre dans les Pokéstops et tenter d'attirer les joueurs mineurs dans leurs filets...

Et après ?

Pokémon Go s'installe progressivement dans nos vies... et pourrait même soigner la dépression, à en croire plusieurs témoignages de joueurs qui y trouvent de la motivation pour sortir de chez eux. Et c'est aussi bon pour la santé : l'appli incite les chasseurs à se déplacer à pieds et les notifie des kilomètres effectués quand, pour faire éclore un œuf de Pokémon, il faut marcher un certain nombre de pas. De plus, il est possible dans le jeu d'utiliser un "leurre", qui permet d'attirer de nombreuses bestioles et donc, de nombreux joueurs, qui se rencontrent IRL, partagent leur expérience et sociabilisent. 

Les "leurres" pourraient aussi être utilisés à d'autres fins : un article publié sur Nation's Restaurant News recommande aux restaurateurs d'en acheter afin d'appâter des chasseurs de Pokémon. Ce qui semble fonctionner : un restaurant américain, le Dairy Queen, a mis un panneau "Pokémon réservés à la clientèle" à sa porte, quand Zoës Kitchen, une chaîne qui sert des plats méditerranéens, offre une carte cadeau de 25$ à celui qui en capturera un chez eux. De plus, les commerces situés entre deux Pokéstops pourraient bien voir leurs bénéfices et leur fréquentations augmenter. La Pokémania ne fait que commencer.