Rosalie Blum : le sentiment de déjà-vu, expérience intime et méconnue

Vous êtes certaine d'avoir déjà croisé cette personne, mais impossible de vous souvenir où et quand. C'est ce que ressent Vincent Machot quand il rencontre Rosalie Bum dans le film du même nom, au cinéma le 23 mars. Cette sensation de déjà-vu, aussi perturbante que méconnue, suscite nombre de fantasmes.

Rosalie Blum : le sentiment de déjà-vu, expérience intime et méconnue
© SND

"Bizarre, j'ai l'impression d'avoir déjà eu cette conversation...", "J'ai déjà croisé cette personne, mais où ?", "Je n'ai pas déjà vidé les poubelles hier ?"... Autant de questions qui surgissent quand notre mémoire nous fait défaut. À moins qu'il ne s'agisse en fait d'une situation familière. C'est la sensation que ressent Vincent Machot dans Rosalie Blum, adaptation de la BD de Camille Jourdy, au cinéma le 23 mars, quand il rencontre le personnage incarné par Noémie Lvovsky. Intrigué par cette femme qu'il est persuadé de connaître, il commence à la suivre, pour tirer les choses au clair.
Utilisé pour la première fois en 1876 par le philosophe Émile Boirac, le terme de "déjà-vu" désigne la sensation d'avoir déjà vécu une situation présente. C'est une impression subjective de familiarité qui survient dans une situation objectivement nouvelle. Le docteur Emmanuel Barbeau, chercheur au Centre de Recherche Cerveau et Cognition à Toulouse, nous explique que 70 % de la population l'aurait expérimenté au moins une fois dans sa vie, mais que la fréquence du phénomène diminue avec l'âge.
N'importe qui peut être concerné. Selon le spécialiste, la fatigue et la multiplication des voyages sont des facteurs qui augmentent la probabilité de ressentir un déjà-vu. Le stress et l'anxiété ne sont en revanche pas des causes admises. Il peut également toucher des sujets souffrant d'épilepsie, juste avant le début d'une crise.

Dysfonctionnement du cerveau et métaphysique

Difficile de trouver une explication rationnelle à ce phénomène, tant il diffère d'un individu à l'autre et est lié à un ressenti intime et personnel, mais plusieurs pistes se dégagent. Autrefois considéré comme un don de voyance, il serait en réalité dû à un dysfonctionnement du cerveau. Les médecins pensent que ce sentiment de déjà-vu est lié à une désynchronisation du traitement de l'information entre les deux hémisphères du cerveau, quand nos neurones n'identifient pas le caractère nouveau d'une situation. Selon le docteur Barbeau, c'est le dérèglement du cortex rhinal, zone située sous l'hippocampe, qui provoque une sensation de déjà-vu, annonciatrice d'une crise, chez les épileptiques.
On peut aussi dégager une explication d'ordre psychologique : un élément du réel réveillerait alors une émotion ressentie dans le passé, un souvenir, oublié ou refoulé, qui rendrait le moment présent familier. D'autres théories évoquent encore la dimension métaphysique du déjà-vu : ce sentiment est parfois associé à des rêves prémonitoires, aux réminiscences d'une vie antérieure ou encore à un cas de projection astrale.
En raison même du flou qui l'entoure, le déjà-vu suscite de nombreux fantasmes dont s'est emparé le domaine artistique. Au cinéma, cette sensation a été mise en scène dans le moyen-métrage de Chris Marker, La Jetée, en 1962 ; dans L'Armée des Douze Singes, Edge of Tomorrow, dans... Déjà Vu, en français dans le texte, et maintenant avec Rosalie Blum. Elle a également inspiré nombre de chanteurs dont Michel Sardou, Eminem ou Beyoncé. Stephen King s'en est servi comme élément central de l'intrigue de sa nouvelle That Feeling, You Can Only Say What It Is in French, publiée en juin 1998 dans le New Yorker
Peut-être avez-vous déjà expérimenté cette sensation, à la fois intrigante et perturbante. En revanche, si le rituel du métro-boulot-dodo vous a semblé familier aujourd'hui, il ne s'agit pas d'un déjà-vu. C'est tout simplement la routine.

Regardez la bande-annonce de Rosalie Blum


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