Le terrorisme tisse sa Toile auprès des jeunes filles

Les réseaux de radicalisation religieux se développent sur le Web. Pourquoi des adolescentes tombent-elles dans le piège de l'extrémisme en ligne ? Comment en arrivent-elles à tout plaquer pour partir faire le djihad ? France 2 consacre un documentaire aux "Revenantes" de Daech mardi 16 janvier 2018 à 23h15 dans "Infrarouge".

Le terrorisme tisse sa Toile auprès des jeunes filles
© France 2
Internet est un terrain de jeu pour certains, un outil dangereux pour d'autres. C'est ce que révèle le film citoyen "Revenantes", diffusé sur France 2, qui aborde le processus de radicalisation des femmes parties rejoindre la Syrie. Au fanatisme et à la violence, ce documentaire de Marion Stalens oppose la puissance des mots et du témoignage. Cet aspect du Web comme portail idéal pour attirer certaines adolescentes dans les mailles du terrorisme était aussi abordé dès 2015 dans Psychologies Magazine. Dans le dossier "jeunes filles, du djihad et de la crise d'ado 2.0", le thérapeute familial Serge Hefez expliquait comment des adolescente en quête d'identité ou en rupture avec leur modèle familial sont happées par l'islam radical en ligne.
"Certaines adolescentes s’enflamment pour une cause qui présente surtout l’immense avantage de les opposer en tout point à leurs parents", explique l'expert. Ainsi, sur Internet, elles trouvent des groupes qui vantent le djihad et qui expliquent l'importance de partir en Syrie pour venir en aide aux enfants massacrés sur place. A peine intéressées par ces sujets, elles se retrouvent embrigadées par des "amies" qui les confortent dans leur nouvel engagement.
Serge Hefez raconte comment Pauline, 15 ans, issue d'une famille athée, s'est radicalisée jusqu'à se marier à un inconnu, avec l'espoir de le rejoindre au Moyen-Orient pour aller au bout de son "combat", comment elle s'est mise à porter le tchador, à abandonner le lycée du jour au lendemain. "J’ai vu des centaines de Pauline se séparer de leur famille en en trouvant une autre dans la musique, le sport, les tatouages, la drogue, la sexualité, les fringues, la bande..." La différence ? Le danger mortel.
Le thérapeute raconte également sa rencontre avec Amélie, 17 ans et demi, pour qui les consultations ont été vaines car "elle a décrété qu'elle ne veut plus venir me voir, parce que je suis un homme et que je lui ai serré la main". Une "radicalisation amoureuse, sur fond de djihad" qui là encore prend racine dans un conflit avec un parent. "Plus l’attitude d’Amélie est inquiétante, plus sa mère est intrusive ; plus sa mère est intrusive, plus Amélie est radicale...", décrypte-t-il.
Il donne aussi l'exemple de Laure, qui non pas attirée par le djihadisme, a décidé de changer de sexe, quasiment du jour au lendemain, alors qu'elle n'avait jusque là montré aucun mal-être. Elle aussi a rejoint un groupe de soutien en ligne, qui la pousse dans sa nouvelle lubie. "C'est le même processus d'identification massive à une communauté et de radicalisation".

"Internet permet de se forger très vite une identité qui n'est pas la sienne, un peu comme une armure, pour changer de corps, d'existence, de destin, à la carte, un peu comme dans un jeu vidéo." En beaucoup, beaucoup plus dangereux.

"Revenantes" sur France 2- inédit, mardi 16 janvier à 23h15