Garçons en jupe : Nantes soulève la polémique

Les lycéens de l'Académie de Nantes ont invité les élèves à réfléchir autour de la question du sexisme en leur proposant de porter une jupe vendredi 16 mai. Une initiative qui fait grand bruit.

Garçons en jupe : Nantes soulève la polémique

L'initiative qui invitait les garçons et les filles des lycées de l'Académie de Nantes à se rendre en cours en jupe vendredi 16 mai a fait couler beaucoup d'encre. La journée "Ce que soulève la jupe", qui emprunte son nom au livre de Christine Bard, a donc finalement eu lieu dans certains lycées du secteur. "La jupe est à l'évidence au cœur des débats sur les identités de genre", lit-on sur le résumé de l'ouvrage. 
Yohan Bihan, élu académique à la vie lycéenne qui fait partie des élèves à l'origine de cette idée, s'est expliqué au journal Libération : "On a utilisé la jupe pour symboliser le clivage entre les sexes (...).Aujourd'hui, d'un côté les hommes n'ont pas le droit d'en porter, de l'autre cela peut être perçu comme de la provocation pour les femmes".
Si le mouvement a remporté un franc succès auprès des lycéens, il a toutefois provoqué une vive polémique.
Au premier rand des contestataires : les associations contre le mariage homosexuel. "Il s'agit d'une forme de travestissement et donc de négation de l'identité sexuelle des garçons. C'est un manque de respect de la masculinité et de la féminité. Voir les logos de l'Académie de Nantes et du ministère de l'Education nationale sur le dossier de presse de cet événement est stupéfiant", écrit Ludovine de la Rochère, la présidente de "La Manif pour tous" sur le site officiel du mouvement.  Après les femmes à barbe de l'Eurovision avec Conchita Wurst, pas moyen d'accepter les hommes en jupes des lycées nantais.
L'idée de cette journée est née en 2006, au lycée technologique d'Étrelles en Ille-et-Vilaine : des élèves de 1ère revendiquaient alors le droit de porter des vêtements féminins sans avoir à subir de remarques désobligeantes. Le projet s'étend  l'année suivante à l'ensemble de la Région Bretagne, prenant le nom du "Printemps de la jupe et du respect ". Isabelle Adjani donne de l'ampleur à cette "Journée de la jupe" trois ans plus tard, avec un film éponyme dans lequel elle joue le rôle d'une enseignante désespérée par le machisme de ses élèves et qui finit par les prendre en otage: "Je veux que le gouvernement instaure un jour de la jupe dans les collèges. Ce sera un jour où l'État affirme qu'on peut mettre une jupe sans être une pute", scande l'enseignante.
Quelques mois plus tard, l'association féministe "Ni pute ni soumises" appellait au port de la jupe le 25 novembre 2010 en soutient aux femmes victimes de violences conjugales.   

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Journée de la jupe © Académie de Nantes
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Journée de la jupe au lycée Clémenceau de Nantes © Twitter
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Des lycéens brandissent une affiche avec la célèbre citation d'Iggy Pop : "Je n'ai pas honte de m'habiller comme une femme car je ne pense pas que ce soit une honte d'être une femme".  © Twitter

Une première édition de la journée de la jupe dans des lycées avait elle déjà été organisée en 2013, sans faire autant parler d'elle toutefois. 
Pourquoi donc un tel échauffement cette année ? Le Figaro titrait mercredi 14 mai "L'académie de Nantes demande aux garçons de se mettre en jupe vendredi". Le journal a depuis remplacé le terme "demande", qui sous-entend une obligation, par "invite", plus souple, mais l'URL reste inchangée. Trop tard, la Toile s'enflamme et les politiques avec. Le débat sur la théorie du genre est aussitôt  relancé sur les bancs de l'Assemblée nationale : la députée UMP de l'Orne, Véronique Louwagie, profite ainsi de la séance des Questions au gouvernement mercredi 14 mai pour interpeller Benoit Hamon, le ministre de l'Education et dénoncer "les dérives idéologiques de la théorie du genre" en milieu scolaire. Olivier Val, président de l'UNI (une organisation universitaire de droite)  interrogé pour Le Figaro, s'insurge lui aussi : "Au nom de l'égalité, on fait n'importe quoi. L'action se veut inspirée de la journée de la jupe, mais là c'est l'inverse. Le propos était de permettre aux filles d'assumer leur féminité dans des environnements où c'était parfois difficile. Là, on nie l'identité féminine et masculine".
Si l'opération se voulait "lutte[r] contre le sexisme", c'est toute une polémique autour de la théorie du genre qui a finalement (re)vu le jour. Moins d'une semaine après la victoire de Conchita Wurst à l'Eurovision, la journée de la jupe a soulevé bien des questions. C'était le but après tout, non ? 

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Conchita Wurst © Instagram Conchita Wurst