Les 350 ans de l'Académie des sciences par Madame Pascale Cossart, Secrétaire perpétuel

Pascale Cossart, professeur à l’Institut Pasteur, titulaire de nombreux prix internationaux pour ses travaux qui portent sur l’élucidation des stratégies des bactéries pathogènes intracellulaires – en particulier Listeria – et leurs mécanismes de régulation est secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences depuis janvier 2016. Elle nous rappelle à l’occasion des 350 ans de cette dernière, les grandes orientations prises par cette institution qui fait rayonner la culture scientifique.


   

MadamePascale Cossart, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences © M.Pelletier    


L’académie des Sciences célèbre ses 350 ans. À l’origine de cette institution créée en 1666, il y a la volonté politique de Colbert qui affirmait que le savoir scientifique participe pleinement au prestige de la nation et de son rayonnement. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, l’Académie des Sciences a cinq missions qu’elle essaie de remplir au mieux. La première, c’est de reconnaître les valeurs scientifiques en distribuant des prix ou en élisant des personnalités scientifiques comme membres de cette institution. Elle participe aussi à l’éducation scientifique en organisant des colloques, des réunions publiques, des conférences pour les jeunes ; ellecontribue aux programmes d’éducation en proposant des idées, des ressources pédagogiques pour la formation continue des maîtres, via notamment sa délégation à l’éducation et à la formation, et via la fondation de coopération scientifique "La main à la pâte"  qu’elle a cofondée en 2011 . Cette pédagogie active concerne aujourd’hui les élèves de l’école maternelle jusqu’au collège.

On participe à la vie scientifique de différentes manières avec nos comités qui sont capables de s’auto saisir ou de répondre à des saisines qui nous conduisent à publier des rapports et des avis sur des points précis. On essaie aussi de faire rayonner la science française au niveau international en entretenant des relations privilégiées avec un certain nombre d’Académies étrangères. D’ailleurs nous avons une vraie reconnaissance à l’international. Depuis sa création, l’Académie des sciences a évolué ; hier, les scientifiques venaient présenter leurs découvertes pour les faire valider par leurs pairs  ; aujourd’hui, il faut publier dans les grandes revues internationales reconnues dans le milieu scientifique. Ce que j’aimerais c’est que l’Académie redevienne l’institution de référence, celle vers laquelle on se tourne, soit pour venir assister à des réunions scientifiques , soit pour demander des avis. J’aimerais que ce soit à nouveau un endroit où la vie scientifique bouillonne … Nous sommes à une période charnière car un auditorium de 400 places, qui appartiendra aux 5 académies hébergées à l’Institut de France, est en construction. Ce dernier permettra dès la fin 2017  d’accueillir au mieux les scientifiques et le grand public.

 

Quels sont les grands enjeux dont la connaissance scientifique doit s’emparer aujourd’hui ?
Je suis convaincue que l’enjeu majeur pour le XXIème siècle concerne la biologie des trois grands domaines du vivant, les bacteries, les archées et les eucaryotes qui comprennent les animaux et les plantes. À l’heure actuelle, la microbiologieest en pleine renaissance avec une explosion de résultats, l’émergence de nouveaux concepts dus en grande partie à de nouvelles technologies qui nous permettent de mieux explorer les gènes, leur expression, décrypter le génome. Les techniques d’imagerie ont par exemple considérablement évolué permettant d’observer l’infiniment petit, les bactéries, et le processus des infections…C’est une période incroyable ! Et puis, il y a aussi énormément de données de génomique, qu’on accumule, que l’on analyse en les comparant grâce à une informatique de plus en plus performante. L’imagerie fournit beaucoup d’images qu’il faut être capable d’analyser, de classer. La technologie a donc permis cette renaissance de la microbiologie.  

La révolution transhumaniste, les nanosciences, les OGM, etc. Les débats éthiques se multiplient. Comment l’Académie converse-t-elle sur ces sujets avec des citoyens de plus en plus inquiets ?
Cette inquiétude et même cette méfiance de la société envers la science se renforcent d’autant plus qu’elles s’enracinent dans une réelle méconnaissance de la science. L’Académie multiplie donc les séances publiques afin d’informer le grand public. Nous avons démarré en 2015 des « 5 à 7 de l’Académie » qui traitent de grandes figures ou sujets de l’histoire des sciences, Nous y ajouterons en octobre 2016 des « 5 à 7 » « rencontre avec un académicien ». Outre La Main à la pâte qui permet  d’éveiller le public scolaire à la science, nous essayons de mobiliser les jeunes, par exemple avec les animations organisées au château d’Abbadia le 3 septembre, ou le Speed science en partenariat avec le CNRS, l’Inria, l’Institut Curie et l’Inserm pour sa 3ème édition, le 15 octobre prochain. Cette rencontre entre lycéens et académiciens, créée par Catherine Bréchignac, Secrétaire perpétuel de la division des « sciences mathématiques, physiques, sciences de l’univers et leurs applications » est devenue un temps fort de la Fête de la science. Avec une ambition forte : rendre plus lisible nos disciplines souvent complexes en multipliant les échanges, mieux expliquer la démarche scientifique et peut-être susciter des vocations chez certain(e)s ?    

Monsieur de Montaigne déclarait « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine ». La recherche a besoin de temps. Pensez-vous que notre société de l’éphémère, de l’instantanéité lui en laisse suffisamment pour bien penser ?Pensez vous que la recherche française soit de qualité ?
Oui bien sûr, la France possède de très bons chercheurs et l’Académie des sciences les soutient. Une fois par an, nous faisons venir à l’Académie 6 jeunes chercheurs accompagnés de leur directeur de recherche, tous sélectionnés pour un article publié dans l’année, de portée internationale, avec un intérêt majeur pour la discipline dans laquelle ils effectuent leurs travaux. Lors de  ces journées « Les grandes avancées en biologie présentées par leurs auteurs », que j’organise et  dont nous venons de fêter la 11ème édition, nous découvrons à chaque fois des jeune gens très brillants, la relève nécessaire pour comprendre des problématiques sociétales d’actualité.     Pourtant  la fuite des cerveaux se poursuit ?  

Sincèrement, je ne crois pas que cela soit un vrai sujet. Mais avec cette initiative valorisant les grandes avancées françaises, et avec ses multiples prix et ses quelques subventions, l’Académie soutient très clairement la recherche en France. Lorsqu’un projet de décret a présenté en mai dernier en commission definances de l’Assemblée nationale une annulation de 256 millions d’euros de crédits sur la mission « recherche et enseignement », plusieurs de nos membres Prix Nobel ou médailles Fields et notre institution se sont insurgés contre cette coupe budgétaire qui conduirait à un véritable « suicide scientifique et industriel ».

   

Deux femmes secrétaires perpétuels à la tête de l’Académie des sciences qui ne compte pourtant que 28 membres féminins sur les 259 académiciens…C’est un signal encourageant, non ?
Oui, mais il reste du chemin à parcourir!  La parité est importante mais à l’Académie, ce qui est important c’est l’excellence. En revanche, dans mon laboratoire je veille à ce que la parité soit respectée. Elle participe à l’équilibre d’un laboratoire. Nous avons en fait  beaucoup plus de demandes de thèses ou de stages post doctorants provenant de femmes. La situation est simple au début puis se complique lorsque l’on est en fin de thèse, avec de jeunes enfants et que l’on n’a pas encore de poste permanent. En plus, les revenus sont faibles et découragent. C’est dommage car beaucoup de femmes talentueuses décrochent à ce moment là, alors qu’elles auraient eu la chance d’exercer un métier formidable.        

Depuis sa fondation, la Compagnie, comme on aimait l’appeler à ses débuts, est à la fois une vitrine de la pensée scientifique et un intense lieu d’échanges entre disciplines. L’Académie se raconte au rythme de l’histoire scientifique et politique pour dessiner aujourd’hui le portrait d’une institution aux rôles et aux missions redéfinis.

Florence Greffe et Pascal Griset, préface de Jean-François Bach et Catherine Bréchignac – Cherche midi éditeur- Décembre 2015 – 39 euros

   

De la résistance aux antibiotiques aux bactéries luminescentes du calamar, de l’éradication des moustiques vecteurs du paludisme aux bactéries « terroristes » et aux mystères du microbiote intestinal, c’est à un tour d’horizon très complet de la microbiologie qu’invite ici Pascale Cossart, spécialiste mondialement réputée. .Ce livre s’adresse à tous ceux qui veulent découvrir le monde fascinant des bactéries, y compris les non-scientifiques !

http://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/biologie/nouvelle-microbiologie_9782738133311.php  

Prochain événement à l’Académie des Sciences les 11, 12 et 13 septembre prochains : Trajectoires de la génétique, 150 ans après Mendel 

Tous les événements anniversaires sur  http://www.academie-sciences.fr/fr/350