Savoir pardonner pour aller de l'avant

Les conflits nous minent, qu’ils soient importants ou non. Cela va de la simple remarque d’un collègue à une atteinte à la personne plus sérieuse. On ne peut les éviter dans la plupart des cas, mais notre problème est, surtout, que nous n’essayons pas de passer à autre chose. Autrement dit, nous n’essayons pas de pardonner, alors que c’est essentiel pour aller de l’avant.

Il est 19h, la journée d’Adèle a été longue et émaillée de petits soucis dont elle se serait bien passée. Comme rester coincée 10 minutes dans la rame de métro, après avoir déposé son fils à l’école trop longtemps après la sonnerie (Hugo n’était pas pressé de terminer son petit-déjeuner, malgré l’insistance de son père). Arrivée à son travail pour la première fois avec 15 minutes de retard, son supérieur ne peut s’empêcher de tapoter sur sa montre en la regardant d’un air sévère, bien qu’elle se soit excusée de son retard au préalable. Elle ouvre sa boite mail et découvre le message urgent d’un client qui ne comprend pas de ne pas avoir encore reçu le compte-rendu qu’elle devait lui envoyer cet après-midi. La pause-déjeuner est expédiée en quelques minutes pour rattraper le retard de ce matin et, surtout, pour préparer la réunion stratégique prévue cet après-midi avec le plus gros client de l’agence. Celle-ci dure plus longtemps que prévu, notamment parce-que le client rejette, avec plus ou moins de délicatesse, la plupart des recommandations d’actions sur lesquelles Adèle et ses collègues travaillent depuis 15 jours. Elle n’avait pas prévu que la réunion se terminerait aussi tard et n’avait donc pas jugé nécessaire de demander à son mari de récupérer leur fils à l’école, la directrice ne va pas apprécier… Et c’est exactement ce qui se passe, quand elle récupère Hugo devant la grille de l’école en compagnie de la directrice, qui la priera sèchement de faire plus attention la prochaine fois si elle ne veut pas aller le chercher directement à la gendarmerie…

Heureusement pour Adèle, son mari est très à l’écoute et patient. Sauf que, aujourd’hui, ça fait beaucoup trop d’un coup pour elle. Elle ne peut s’empêcher de râler toute la soirée après les conducteurs de métro qui font des pauses en plein milieu du trajet, de traiter de tous les noms son patron, ses clients et la directrice pour leurs remarques qui étaient totalement déplacées selon elle. La soirée est longue pour tout le monde, alors que cela aurait dû être le meilleur moment de la journée d’Adèle avec ceux qui lui sont le plus cher à ses yeux, et sa nuit sera mauvaise…

Adèle a réagi comme environ 97% de la population, elle a laissé des personnes peu importantes polluer son esprit, au détriment de ses proches. Pour que cela ne se reproduise pas, elle doit apprendre à pardonner, c’est-à-dire modifier le sens qu’elle donne à un conflit après qu’il se soit produit. Le pardon dépend de la façon dont on vit l’outrage, plus que de l’intensité de la blessure ressentie après coup. Que ce soit des incivilités comme celles vécues par Adèle, ou des choses beaucoup lourdes portant atteinte à l’intégrité physique des personnes.

Il faut se battre pour que cela ne se reproduise pas et, surtout, ne pas s’apitoyer sur son sort Tout comme votre environnement et votre éducation, les stimulations que vous envoyez à votre cerveau vous façonnent.. Par exemple, vous venez de perdre votre emploi, vous devez vous dire que c’est génial et prendre cette opportunité comme un tremplin vers un poste plus important dans lequel vous vous épanouirez. Mais, cet état d’esprit n’est pas naturel chez l’être humain, alors, voici sept étapes pour pardonner et reprendre le leadership.

1.   Exprimer ses émotions :

On doit formuler pourquoi en veut-on à celui qui nous a fait du mal. Peu importe dans quel cadre on le fait. Cela peut être seul en voiture, face à un tiers, par écrit, voire même à l’auteur de l’incivilité. En exprimant sa souffrance, on la fait sortir de soi. Sinon, elle se retourne invariablement contre nous et nous détruit.

Pour Adèle : le trajet en métro jusqu’à la l’école est l’exutoire parfait, elle peut déverser par écrit son récit de sa journée quand elle est seule dans la rame. Sinon, elle peut se confier auprès de son mari pendant que leur fils fait ses devoirs. Elle peut aussi profiter du trajet en commun avec son fils, pour lui expliquer que le temps qu’il a pris en trop le matin au petit-déjeuner a des conséquences pour elle et qu’il devrait faire un peu plus attention à l’avenir.

2.   Reconnaître que la faute existe :

Le passé ne s’efface pas, il ne faut pas oublier l’outrage subi afin de pouvoir détourner la faute vers l’agresseur.

Pour Adèle : les outrages subis sont les remarques de son employeur sur son retard, l’agacement de clients en raison d’un compte-rendu envoyé trop tard et de propositions d’actions non pertinentes, puis les remarques de la directrice quand elle récupère son fils le soir après l’étude.

3.   Détecter l’origine de la douleur dans l’instant :

Cela aide à se disculper et à se détacher de « je suis impardonnable de l’avoir déposée en retard à l’école. Si je n’avais pas été en retard, je n’aurai pas ceci, pas cela…. » et, ainsi, à se disculper.

Pour Adèle : son supérieur lui fait remarquer avec beaucoup d’insistance son retard : elle trouve cela très exagéré dans la mesure où c’est son tout premier retard au travail et qu’elle s’est excusée au préalable.

Un client lui reproche de ne pas avoir encore envoyé un compte-rendu : elle ne comprend pas car elle a respecté le timing fixé par le client en lui envoyant dans la matinée.

Les actions qu’elle a proposées avec ses collègues sont presque toutes retoquées par le plus gros client de l’agence : elle est blessée car elle y a travaillé 15 jours durant avec le sentiment de respecter le cahier des charges du client.

La directrice de l’école la menace de laisser son fils à la gendarmerie en cas de nouveau retard le soir de sa part : elle ne supporte pas cette perspective et cette remarque vient s’ajouter à toutes les contrariétés accumulées dans la journée.

4.   Comprendre la folie de l’agresseur :

Attention, il ne s’agit absolument pas de lui donner raison ou de l’excuser. Cela consiste à se mettre dans la peau de l’agresseur pour mieux comprendre son acte, sa folie et ainsi cerner ses faiblesses. Cela va permettre de se détacher de l’acte inexcusable qu’il a commis pour mieux pardonner.

Pour Adèle : pourquoi Hugo a-t-il été si long à prendre son petit-déjeuner ? Il n’était pas bien réveillé, c’est bientôt la fin de l’année et il commence à être fatigué alors c’est plus dur.

Ce client s’énerve de ne pas avoir encore reçu le compte-rendu qu’elle devait lui envoyer dans la journée : il doit certainement subir la pression de sa hiérarchie, il se sent peut-être menacé et rejette la responsabilité sur Adèle.

Le plus gros client de l’agence a rejeté beaucoup de propositions d’actions : peut-être que leurs objectifs ont changé entre temps, ils n’ont pas pensé à prévenir Adèle car ils ne sont pas toujours bien organisés.

Pourquoi la directrice déposerait-elle Hugo à la gendarmerie ? Elle doit sûrement avoir des impératifs le soir, qui l’empêchent de rester plus longtemps à l’école, et elle ne peut se permettre de le laisser seul dans la rue.

5.   Décider de ne plus souffrir :

Ainsi, l’agresseur n’aura plus le pouvoir sur vous. Vous êtes responsable si vous continuez de parler du conflit vécu à tout bout de champs, alors que vous êtes parvenu à cette étape.

Pour Adèle : son mari et son fils sont autant de prétextes pour passer à autre chose.

6.   Agir sans y consacrer de l’énergie :

Si punition il doit y avoir, évidemment dans un cadre légal, vous devez déléguer cette démarche auprès d’un spécialiste. Laissez l’avocat s’occuper, sinon ce sera une perte de temps contreproductive puisque vous serez constamment obligé à repenser à ce qui vous a amené jusque-là.

Pour Adèle : le conflit n’est pas assez important pour en arriver à cet extrême. En revanche, elle peut demander à son supérieur d’intervenir auprès des clients auteurs de remarques déplacées à l’encontre d’Adèle.

7.   Se remettre en mouvement vers du constructif :

Prenez du bon temps avec vos proches, allez au cinéma voir une bonne comédie en famille, mettez en route de nouveaux projets et appuyez-vous sur les moments positifs de votre vie pour continuer d’aller de l’avant.

Pour Adèle : qu’elle passe prendre une pizza à la sortie de l’école pour pouvoir partager un repas simple, convivial, sans avoir se soucier des contraintes domestiques et pourquoi pas chercher une activité à faire en famille pour le week-end prochain.