Le cycle interconnecté de la violence conjugale

La violence, qu’elle soit physique ou morale, qu’elle s’exprime au travail ou au sein du foyer, se définit dans tous les cas comme « un phénomène d'emprise qui a pour but de détruire l'autre ». Détruire l’autre ne veut pas toujours dire s’y attaquer directement. Bien souvent un des meilleurs moyens de « l’atteindre » est de s’en prendre à des êtres proches. La violence devient alors un « cycle interconnecté »…

La violence conjugale est la forme la plus courante mais aussi la plus connue. Selon une étude du ministère de l’Intérieur et du droit des femmes, en 2013, 121 femmes et 25 hommes en France y ont trouvé la mort. Les chiffres parlent, mais ne permettent pas de déterminer l’ampleur exacte du désastre.

Combien de victimes de violences conjugales n’en sont pas encore mortes aujourd’hui ? Combien n’en ont même encore jamais parlé à qui que ce soit ?

Ces chiffres là, malheureusement nous ne les connaissons pas. Les moyens pour lutter sont encore insuffisants et difficiles à mettre en place. Ce que nous pouvons faire, ce sont des constats, des analyses, qui peut-être nous aideront un jour à généraliser la mise en place de « dispositifs » vraiment efficaces, qui ont déjà vu le jour dans quelques lieux plus particulièrement sensibles.

Avocate en droit de la  famille, et membre fondateur de l’association L’Envol, qui vient en aide aux personnes victimes de harcèlement moral et de violences psychologiques, je me suis également intéressée à la place de l’enfant et celle des animaux domestiques au cœur des violences conjugales.

Le premier constat est que dans 60% à 80% des familles dans lesquelles il y a de la violence conjugale, il y a de la violence faite aux animaux. La violence envers les animaux peut donc être considérée comme un symptôme de la violence intraconjugale. En tout cas, le lien est suffisamment fort pour pouvoir le penser.

La violence animale est bien entendu un moyen de « s’attaquer à l’autre » sans  le toucher directement. Mais c’est aussi et avant tout enlever à la victime son principal soutien dans les moments de peur et d'isolement.

C’est ainsi que le bourreau instaure et fait régner un climat de peur et d’angoisse visible et perceptible, ce qui ne serait pas forcement le cas en s’attaquant directement à sa victime principale. L’idée ici est de s’en prendre à un être qui compte encore plus et dont la souffrance entrainera des émotions bien plus fortes que sur la victime elle même. C’est en général le cas de l’animal domestique et des enfants. Pour la victime ce sont des  êtres indispensables, leur présence est vitale !

L’emprise est alors à son comble, et le chemin de la destruction tracé.

A noter que l’animal est aussi une protection pour l’agresseur car il est un frein à la révélation des faits et à la fuite.

La violence envers les animaux est donc en plus d’être un symptôme de la violence conjugale un moyen de pression incontestable pour l’oppresseur :

-       Pour créer un environnement qui intimide et terrorise leurs victimes

-       Pour démontrer le pouvoir sur la famille

-       Pour punir les victimes pour des actes d'indépendance et d'autodétermination, comme le fait de quitter leur bourreau

-       Pour empêcher la victime de partir ou pour la forcer à revenir en menaçant le bien-être de l’animal

-       Pour forcer la famille à garder la violence secrète

-       Pour éliminer la compétition et pour avoir de l'attention

Ainsi, quand les animaux sont en danger de violence, les membres de la famille le sont également, qu’il s’agisse de violence morale et psychologique qui précède généralement la violence physique. L’animal est un premier indicateur et la violence envers les animaux et celle faite aux humains est indissociable, c’est le cycle interconnecté de la violence…

Anne-Claire Joseph, avocate en droit de la famille