Lutte contre les violences faites aux femmes : le Comité ONU-Femmes France multiplie les actions ce mois-ci

Le Comité ONU Femmes France vient de fêter sa première année et soutient les grandes orientations initiées par l’organisation internationale ONU Femmes : lutter contre les violences faites aux femmes partout dans le monde, veiller à l’égalité femmes-hommes dans toutes les sphères et intensifier la représentation des femmes dans la résolution des grands conflits internationaux. Sa Présidente, Miren Bengoa, nous livre les projets à venir du Comité.

Vous êtes Présidente du Comité ONU Femmes France. Quel a été votre parcours ?
J’ai baigné dans un environnement international depuis toute petite puisque j’ai vécu aux Etats-Unis, en Suisse  et en Amérique latine ce qui explique j’imagine mon choix de faire Sciences Po Paris section Relations Internationales. D’ailleurs, une fois diplômée je suis partie rapidement au Burkina Faso car je souhaitais travailler dans l’associatif, le développement de projets concrets. Dès 2004, j’ai rejoint les Nations Unies au sein de l’organisation UNFPA. J’étais alors chargée de projets pour la santé maternelle et infantile en Amérique latine puis en Afrique avant de rejoindre l’UNICEF. De retour en France en 2010, je voulais mettre à profit mon expérience de terrain dans le mécénat d’entreprise. Aujourd’hui, je suis Déléguée Générale de la Fondation d’une grande maison de luxe française mais aussi toujours engagée pour les valeurs universelles des Nations Unies via le Comité ONU Femmes France.


Crédit photo : Daphné Bengoa

Pourquoi cette sensibilité particulière pour la cause des femmes et des enfants ?
Je viens d’une famille de médecins avec un grand-père qui fut l’un des pionniers de la nutrition infantile en Amérique latine. Il a valorisé la nutrition locale plutôt que l’importation d’aliments étrangers. Il existe donc une tradition humanitaire bien ancrée dans ma famille ainsi qu’un goût prononcé pour l’ouverture sur le monde. L’engagement auprès de femmes et d’enfants s’est imposé très tôt. Lors de mes missions à l’étranger, je me suis aperçue que la santé des jeunes filles et femmes était intimement liée à la culture et au pouvoir des relations sociales locales. Les questions de contraception, de mariages forcés, de maternité précoces avaient, et ont toujours malheureusement, une incidence désastreuse sur la santé de ces femmes. J’ai eu envie de m’engager pour leurs droits.

Comment est né le Comité ONU FemmesFrance et pourquoi ?
Il s’agit du premier Comité francophone crée sous ONU Femmes et cela s’inscrit dans la stratégie de développement de Comités nationaux afin de relayer les actions et messages d’ONU Femmes partout dans les 192 états membres. ONU Femmes est l’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. En 2013, l’association est intervenue dans 93 pays en soutien direct à des programmes de lutte contre les violences faites aux femmes, d’accès au leadership et à leur autonomisation économique. J’ai eu la chance de participer au comité de soutien puis à la signature accompagnant la naissance du ComitéONU Femmes France il y a tout juste un an. Notre objectif consiste à faire connaître la mission d’ONU Femmes et son action dans le monde (plus de 90 pays) avec un défi majeur : le soutien financier des états n’a pas été à la hauteur des promesses faites à New-York lors de la création d’ONU Femmes. Nous avons pourtant cruellement besoin de ce soutien pour nos projets de développement et pour le plaidoyer international pour les droits des femmes. En 2015, l’enjeu majeur est de soutenir la réflexion sur les nouveaux Objectifs du Développement durable sur lesquels les Etats s’engageront pour les 15 années à venir. Or, ces objectifs de développement ne peuvent être atteints sans réaliser de réels progrès pour le statut et les droits des femmes (réduction de la malnutrition et de la mortalité maternelle par exemple). Il nous faut établir des outils de mesure viables et poser de nouveaux objectifs visibles pour les filles et les femmes dans cette feuille de route. Le Comité ONU Femmes France contribue à faire connaître les thématiques clés dans le cadre de la campagne Beijing+20 et participer au financement des actions d'ONU Femmes dans le monde.

Avec l’engagement de Malala et son Prix de la Paix les choses vont dans le bon sens, non?
Oui et Malala a l’immense mérite de porter sur le devant de la scène le problème de l’éducation et des violences faites aux filles. Son Prix Nobel nous réjouit et son discours à la tribune des Etats-Unis en 2013 va complètement dans le sens de nos actions. Mais vous voyez bien avec l’enlèvement des jeunes filles nigérianes par la secte de Boko Haram que la situation des jeunes filles et femmes dans des états de non-droits reste fragile. Dans certains pays, il y a même un retour en arrière avec une radicalisation et banalisation d’actes odieux comme les kidnappings, mariages forcés et malgré la mobilisation intense que l’on a connu sous le hashtag « Bringbackourgirls » auquel ont participé de nombreuses personnalités comme Michelle Obama ou Valérie Trierweiler, ces jeunes filles sont toujours détenues….Il est donc très important de relayer ces faits mais aussi que les gouvernements puissent agir. Et cela concerne aussi la France car dans notre pays, où pourtant la législation est relativement favorable avec la protection d’un certains nombre de droits des femmes, Paris est classée la 11ième ville la plus dangereuse pour les  femmes dans les transports, entre Manille et Séoul, selon une étude de la fondation Thomson Reuters d’octobre dernier…On voit qu’il reste beaucoup à faire.

Oui, d’ailleurs l’étude « Bienvenuesur la Planète des femmes » dans laquelle le Cabinet Mazars met en regard 3 générations de femmes à travers le monde sur l’égalité Femmes-Hommes démontre toute cette complexité. Par exemple, qu’en fonction des générations et cultures, on perçoit trois types de féminismes différents…
Oui, le Cabinet Mazars nous a sollicités comme expert pour travailler sur la diffusion internationale de ce questionnaire web et analyser les résultats qui sont clairs. Pour les femmes de la génération W (née entre 1945 et 1960), il s’agit d’un féminisme militant qui bouscule les règles établies : cette génération s’est battue pour s’infiltrer dans les sphères de pouvoir masculines. Pour la génération X (née entre 1961 et 1980) qui a hérité des libertés gagnées par leurs aînées, le bilan est en demi-teinte : elles s’épuisent dans leur double voire triple journée si bien que leur définition du féminisme est plus pragmatique…Enfin, la génération Y (née entre 1981 et 1995) a une définition multiple du féminisme entre combat, mouvement et philosophie En tous cas, il doit être au service de la liberté d’expression. On voit donc que le terme féminisme recouvre des réalités très différentes en fonction de l’âge des femmes interrogées mais également en fonction de leur pays d’origine. On s’aperçoit également que dans tous les pays y compris en France, concilier vie professionnelle et personnelle reste très compliqué pour ces femmes qui subissent beaucoup de stress lorsqu’elles deviennent mamans.

Quelles autres actions menez-vous actuellement ?
En 2015, nous ferons le bilan de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui avait réuni à Beijing en 1995 17000 participants et 30000 activistes venus des quatre coins du monde pour établir un plan d’action  pour les droits des femmes.  ONU Femmes a lancé le 26 juin dernier la campagne Beijing+20 qui sera rythmée chaque mois par des évènements thématiques. Via notre site, notre Newsletter et tous nos moyens de communication, nous la relayons. Le mois dernier, il s’agissait du thème « Les femmes et la pauvreté ». Ce mois-ci, nous mettons en lumière « Les violences faites aux femmes ». Pour cela, nous nous associons à la chanteuse Inna Modja et au pôle égalité Homme-Femme de la Faculté de Paris Diderot en proposant le 20 novembre, quelques jours avant la journée internationale pour les violences faites aux femmes, une projection-débat* autour du film de Marco Conti Sikic campagne Beijing+20. Ce film aborde les violences faites aux femmes d’une manière réaliste mais aussi esthétique. À l’issue de la projection, le public pourra échanger avec Inna Modja, le réalisateur et une spécialiste des violences faites aux femmes. Nous soutenons et relayons également la campagne « HerforShe » lancée par notre ambassadrice de bonne volonté Emma Watson qui a fait un discoursremarquable à la tribune des Nations Unies le 20 septembre dernier. Dans ce dernier, elle appelle les hommes à s’engager pour l’égalité femmes-hommes. Dans les 12 prochains mois, cette campagne a pour ambition de rallier les signatures d’un milliard d’hommes et de garçons.

Pour finir, comment peut-on soutenir financièrement le Comité ONU Femmes France ?
En faisant un don sur notre site, vous participerez aux actions d’ONU Femmes et ce don bien sûr est défiscalisable. Vous pouvez suivre également toute notre actualité via nos newsletters et sur notre site Internet.


*La projection-débat aura lieu de 12h à 13h à l’Université Paris-Diderot dans l’amphithéâtre 5C – Halle aux Farines – 10, rue Françoise Dolto, 75013 Paris. Entrée libre. Merci de confirmer votre présence : pole-egalite.fh@univ-paris-diderot.fr

 

Petit rappel :

En 2014 (source ONU Femmes)

Les parlements comptent seulement 21,8% de femmes

En France, 26% des membres de l’assemblée sont des femmes

Seulement 9 Chefs d’états sur 152 sont des femmes

Et celles-ci représentent 15 chefs de gouvernement sur 193

Sur le plan économique : les écarts de rémunération se chiffrent de 10 à 30% et l’accès aux postes à haute responsabilités au sein des entreprises reste difficile.


 http://www.onufemmes.fr

http://www.unwomen.org/fr