Cougar à toi, Charlie !

Cette semaine, chères lectrices, j'ai bien failli ne pas survire à mon cours hebdomadaire de Zumba ! Pas tellement à cause du rythme effréné que m'impose Linda, la sémillante et fatiguante prof brésilienne devant laquelle je me ridiculise en tentant de suivre une chorégraphie à laquelle je ne comprends rien. Non, en cause, plutôt, la profonde révolte qui accablait les filles qui fréquentent ce cours comme moi...

D'habitude, avant de suer en musique, ça papote et ça gazouille gaiement autour de la machine à café. Mais, là, je retrouve la petite troupe de filles en justaucorps fluo réunies en conclave avec des airs comploteurs... "On tient un conseil de guerre", me lance l'une d'elle en terminant d'engloutir un paquet de Pépito mélangé à une boite de Pringles. "Oh ça va !" me lance-t-elle en voyant mon air étonné, "à quoi bon faire des efforts pour garder la ligne quand on voit que les garçons trouvent la cellulite sexy sur Claire Chazal !". Mince, ce n'est plus du lâcher prise, là. C'est carrément un sabordage ! Mais que se passe-t-il les filles ? "Tu n'as pas vu le film "20 ans d'écart" sorti cette semaine au cinéma ?" m'interroge-t-on avec suspicion. Quoi ? Cette gentille comédie romantique avec Virginie Efira qui aborde le sujet des Cougars ? Ces femmes d'un âge, disons, certain, qui jettent leur dévolu sur des jeunes hommes ? C'est ça qui vous met dans cet état les filles ?

"Mais enfin, Charlie, tu ne comprends pas, c'est affreux cette mode des cougars !" me lance l'une d'elle en mâchouillant nerveusement une pauvre touillette à café innocente. "Déjà, depuis que ma mère a fait un relooking, on me demande si on est sœurs, alors si maintenant on doit aussi se disputer les beaux garçons... Et puis, quoi, demain je vais retrouver ma grand mère sur un dancefloor ?" Devant ce parterre de trentenaires énervées à l'idée qu'une dame entalonnée et manucurée au volant d'une décapotable vienne chercher leur petit frère pour l'emmener en week-end à Deauville, chères lectrices, j'aurais dû en rajouter dans la compassion et la câlinothérapie.

Ce fut là mon erreur. Car à la question : "Mais au fait, toi, Charlie, tu en penses quoi des cougars ?", je n'ai pas pu m'empêcher de répondre, avec sincérité, qu'il s'agissait sans doute de la plus grande avancée des droits de l'homme (à jouir de leur position) de ce siècle !

Car, enfin, repensez-y les filles, mais au lycée, nous les garçons, on ne peut pas dire que nous sommes à notre apogée. Alors que vous rayonnez de votre jeunesse insolente, que vous avez déjà des formes appétissantes et la fraîcheur de la rosée du matin, nous, notre testostérone nous démange autant que les quelques poils qui nous poussent au menton. Nous n'avons, en général, pas terminé notre croissance et notre corps tout dégingandé ressemble à une sorte de mécano branlant.

Bref, boutonneux, grands échalas à la voix tressautante, complexés et pas habiles, les garçons de 20 ans regardent souvent leurs copines du même âge se pâmer aux bras des "vieux" de 30 ans. Vous savez, ceux qui ont déjà une voiture ou une moto et un boulot. Ceux qui peuvent, donc, leur offrir un snack après le ciné du samedi sans avoir à quémander piteusement dix euros à leur mère...

Alors, qu'aujourd'hui, ces mêmes ados mal dégrossis puissent soigner leur chagrin d'amour dans les bras d'une quinca pour qui le kamasutra n'a plus aucun secret, vous croyez que je vais le déplorer ? Non, enfin, faut être honnête. C'est quand même ce qui pouvait leur arriver de mieux, non ? Que des femmes libérées de l'éducation de leurs enfants et d'un mari qui s'est laissé pousser le ventre et tomber les cheveux mettent à profit leur temps libre (et leurs économies !) pour donner un peu de baume au cœur à des post-ado auxquels les filles ne disent "Wii" que pour disputer une partie de jeu vidéo, c'est beau quand-même...

Et puis, on ne peut pas réclamer tous les jours l'égalité des sexes et s'offusquer que des femmes siliconées et rhinoplastrées s'affichent aux terrasses des cafés avec des jouvenceaux, à côté de vieux beaux paradant aux bras de mannequins slovaques anorexiques ! La mode assumée des cougars girls vient juste combler le petit trou de quelques années dans la vie d'un homme durant lesquelles il n'est pas en position de force. En y repensant, l'œil humide, je regrette presque mes vingts ans...

Eh bien, voyez-vous, chères lectrices, c'est à ce moment là que j'ai compris qu'il y avait des positions tranchées qu'il était difficile de tenir face à une meute de jeunes femmes dont le sens du partage reste à démontrer dès lors qu'il s'agit de garçons. J'ai échappé de peu au lynchage à coups de limes à ongles... Alors, la semaine prochaine, à la machine à café, j'aborderai des débats plus consensuels comme la peine de mort ou le nucléaire, histoire d'énerver personne !

Bonne semaine (dans l'œil de Charlie...)