Vous avez dit "ingénieure" ?

Avez-vous déjà essayé d’annoncer dans un dîner entre amis que votre fille passe un bac S et qu’elle veut faire une école d’ingénieur-e-s ? Essayez, les réactions peuvent se révéler assez drôles !

Et pourtant, 46% des élèves en baccalauréat scientifique sont des filles et elles sont même proportionnellement plus nombreuses à recevoir des mentions que les garçons. Alors vous me direz qu’elles ne représentent encore qu’un quart des effectifs des écoles d’ingénieur-e-s mais ce chiffre devient colossal lorsqu’on sait qu'elles étaient seulement 4% en 1970. Que de chemin parcouru : 120 000 ingénieures sont en poste aujourd’hui et les trois quarts d’entre elles ont moins de 40 ans. Il me semble urgent d’arrêter de penser qu’ingénieur est un "métier d’homme".

Ainsi, en septembre 2012 le premier Trophée des femmes de l’industrie a vu le jour, "après plusieurs années de constat d'absence de femmes dans les candidatures, nominés, lauréats du Prix de l’Ingénieur de l’année", nous dit l’association des femmes ingénieurs sur son site internet*. Doit-on s’en réjouir ou s’en affliger ?

S’en réjouir, certainement pour ces femmes qui méritent d’être sous les feux des projecteurs, et qui ont enfin eu la reconnaissance qu’elles étaient en droit d’attendre.

S’en affliger aussi, car plutôt que de créer une catégorie féminine  à part, pourquoi n’avoir pas poussé la logique jusqu’à intégrer des femmes dans ses nominés au grand prix… ou encore féminiser davantage son jury ? Car après tout, le métier reste le même, qu’il soit exercé par une femme ou par un homme, non ?

Car pour qu’une femme ne soit pas considérée comme une femme mais comme une experte à part entière, il faut que dans la constitution du jury, il y ait au moins un tiers de femmes… Or une chose est sûre, si les femmes n’ont pas cette vigilance de vérifier que leurs consœurs sont correctement représentées, personne ne le fera pour elles !

On observe malheureusement cela dans tous les secteurs d’activité. Ainsi, si l’inconscient collectif pense  souvent que la sphère "Ressources Humaines" est très féminisée, comment se fait-il qu’il n’y ait que 6 femmes sur les 31 intervenant-e-s mis-e-s en avant sur la home page et sur le dépliant du Congrès HR 2013 ?

Alors en cette Journée internationale de la femme 2013, soyons actives et actifs pour développer une vision mixte du marché du travail : non aux "prix féminins", oui à une parité des jurys et des panels d’expert-e-s. Laissons nos jeunes choisir sans biais les personnalités auxquelles s’identifier !

*http://www.femmes-ingenieurs.org