Changeons de regard sur le handicap

La polémique qui a agité le monde du sport cet été, lorsqu’un athlète en situation de handicap a participé aux JO aux côtés des athlètes dits "valides", était particulièrement intéressante. Pour la première fois, un "handicapé" représentait un danger dans la course aux médailles, à tel point qu’on a même fini par se demander si Oscar Pistorius était "un athlète extraordinaire ou un bon athlète bénéficiant d’un avantage"…

Extraordinaire, il l’est certainement, par son parcours et sa motivation ; avantagé par le fait de ne pas avoir de jambes, c’est bien la première fois qu’on a pu lire une chose pareille ! Heureusement, l’Afrique du Sud a fini dernière du relais 4x400m, sinon on n’aurait pas fini d’entendre parler de ses jambes en titane…

Incontestablement, ce qu’Oscar Pistorius nous a apporté, au-delà d’une belle leçon de vie, c’est l’obligation de changer de regard sur sa situation. A nos yeux, il est devenu cet été un sportif de haut niveau, avant d’être un sportif handicapé, avec les mêmes niveaux de performance que les autres athlètes en compétition. C’est ce changement de prisme-là qu’il faut que nous gardions toutes et tous en tête afin de l’appliquer au monde du travail. Car comment se fait-il qu’une personne en situation de handicap a presque trois fois moins de chance de trouver un emploi qu’une personne "valide" à compétences égales ?  Cette situation est d’autant plus absurde que 90% des travailleurs handicapés n’ont pas besoin d’aménagement de poste et que 87% des salariés jugent la présence de collègues handicapés enrichissante.

 Il ne faut pas pour autant tomber dans l’angélisme. Etre handicapé(e) n’est pas une compétence en soi, mais le fait d’être en situation de handicap peut parfois permettre de développer des compétences que n’auraient pas développé des personnes "valides". De la même façon, ce n’est pas parce qu’on devient en situation de handicap, qu’on a perdu ses capacités professionnelles. Si on est contrôleur de gestion, on reste contrôleur de gestion, même si on devient déficient visuel ! Et les progrès technologiques sont là pour compenser, autant que faire se peut, le déficit : logiciels à reconnaissance vocale, matériels adaptés… beaucoup de choses simples sont possibles pour avoir une activité professionnelle épanouie. Accepter son handicap peut être une étape difficile à surmonter, notamment quand on est déjà en emploi, et que les autres vous ont connu "avant".  Faire comme s’il n’y avait aucun problème, et ne pas adapter les tâches et le rythme de travail du salarié, du moins au début, peut engendrer de graves difficultés pour tous (managers, équipe et travailleur en situation de handicap).

En ce qui concerne les nouveaux embauchés, l’accueil est l’étape essentielle pour la réussite de l’intégration professionnelle de salariés handicapés. Le manager a ici un rôle majeur à jouer pour tuer dans l’œuf les éventuels tabous, expliquer l’environnement technique ou organisationnel spécifique, guider les collègues proches sur l’attitude appropriée à adopter*,… Surtout, il devra souligner que seules comptent les compétences et le savoir-faire du nouvel arrivant, et ne pas manquer de rappeler la stratégie et les objectifs de l’entreprise sur le handicap au travail.

Comme pour toutes les discriminations, il n’y a malheureusement pas de solution miracle, mais ce que nous a prouvé Oscar Pistorius, c’est que quand on veut considérer le handicap autrement, on le peut…

* voir à ce sujet le guide édité par la FAF et l’InstitutRandstad