La photo de mode et ses fonctions

Les fonctions de la photographie de mode sont à la fois un redoublement et un prolongement de celles de la mode. La photographie de mode fournit aux femmes modèles à imiter et codes à respecter.

La fonction première de la photographie de mode est de mettre en scène une manière d’être que la création de mode a décidée. Cette fonction apparaît comme un redoublement de celle de la mode. A des vêtements qui, en s’inscrivant sur un corps, en modifient les mouvements ou changent l’image que l’on se faisait de soi, la photographie apporte un relais d’importance, celui d’une stylisation qui, reproduite sur les pages des magazines, permet aux femmes, et aux hommes aussi, de trouver des références et des repères. Mais la fonction de la photographie de mode est aussi un prolongement de celle de la mode, car elle ajoute des éléments nouveaux. Parce que, plus encore qu’un vêtement, elle implique un mannequin qui porte ce vêtement, c’est elle qui, plus fondamentalement que la mode elle-même, décide des canons de la beauté.

Idéalisé par la photographie, le mannequin devient à proprement parler un modèle, en particulier un modèle esthétique. Son image condense en lui tous les caractères qui définissent un beau visage et un beau corps. Sans doute les canons de la beauté restent-ils assez stables, et la photographie ne fait que reproduire inlassablement des modèles qui sont enracinés depuis longtemps dans les représentations, pour le moins picturales avant d’être photographiques. Pourtant, elle introduit aussi quelques inflexions. En privilégiant telle couleur de cheveux, telle couleur de peau, elle décide de la déclinaison qui sera donnée, à une époque définie, à des canons plus immuables.

Mais c’est aussi en développant telle image de femme qu’elle donnera le ton à une saison. Ainsi, en jouant avec les vêtements et les accessoires, la coupe de cheveux et le maquillage, elle peut définir différents modèles féminins auxquels les femmes pourront s’identifier. Parfois, la photographie pourra même tenter de changer les canons de la beauté, en utilisant des filles qui n’y répondent pas. A défaut d’y réussir, les canons classiques finissant toujours par resurgir, elle parvient, à l’occasion, à imposer quelques codes, comme celui de l’extrême minceur qui, apparue dans les années soixante, s’est maintenue depuis et a exercé sur les femmes la fascination que l’on sait, jusqu’à parfois les pousser jusqu’au bord de l’anorexie.