Séduction. Etat des lieux

Les hommes ne draguent plus. Et les femmes répugnent toujours à faire les premiers pas dans la conquête amoureuse. Chacun reste dans son coin et dans son corps. Ce qui explique l'importance que prend la sexualité virtuelle...

A la fin d’une précédente chronique "Où sont les hommes ?" où j’insistais, du moins pour ce qui concerne les classes supérieures, sur l’inadéquation des représentations féminines et masculines du couple à l’état réel de la société, je signalais que le retrait masculin relève aussi d’une évolution touchant aux rapports de séduction entre les sexes. C’est sur ces rapports que je voudrais m’arrêter ici.

Le refus qu’exprime l’homme d’assurer le rôle qui jusqu’alors lui revenait ressortit au discrédit porté sur le désir masculin. Celui-ci, s’il n’était peut-être pas, jusqu’à une date récente, valorisé positivement, n’apparaissait pas non plus négatif. Mais il maintenant perçu comme agressif et humiliant pour les femmes. Le résultat est que les hommes n’osent plus guère manifester leur désir par les discours ou les gestes. Et si aucune femme ne se plaindra de ce qu’on ne la siffle plus dans la rue ou qu’on ne lui pince plus les fesses dans le métro (seuls les garçons des classes populaires se risquent à cet exercice et encore !), en revanche elle regrettera que cette réserve masculine finisse par déboucher sur une démission. Car c’est bien la neutralisation de toute possibilité de rencontre que celle-ci signifie. Sans même invoquer la psychanalyse, pour laquelle le désir féminin n’est que le désir d’un désir, on constatera que la femme, sentant plus ou moins que son pouvoir repose sur sa position passive, sur la possibilité de dire oui ou non, répugne à faire les premiers pas dans la conquête amoureuse.

De ce que les hommes ne draguent plus et de l’impossibilité pour elles de les suppléer dans ce domaine, les femmes ne manquent pas de se plaindre. "A quoi cela sert-il que je me fasse jolie pour aller à une soirée ? Aucun homme ne me regarde", "On nous ignore" : que de réflexions de ce genre exprimées par de jeunes et jolies femmes, qui, souffrant  de cette situation et de la solitude sur laquelle elle débouche, fournissent aux psychanalystes une clientèle nouvelle ! S’est installé ainsi, progressivement mais sûrement, un écart méfiant entre les sexes. Dans tous les cas de figure, chacun reste dans son coin et dans son corps. Ce repli dans son sexe – quand il ne débouche pas sur l’homosexualité, que ne grèvent plus aujourd’hui beaucoup de tabous  – explique l’importance que prend la sexualité virtuelle, celle des sites pornographiques de l’Internet ou ces vibromasseurs que de plus en plus de jeunes femmes cachent dans leur sac, fût-ce par provocation… symbolique !