Où sont les hommes?

Les femmes sont aujourd'hui bien plus diplômées que les hommes. Mais les représentations n'ont pas changé au point où le couple puisse s'accommoder de cette inégalité, si bien que s'est installée une distance méfiante entre les sexes.

Il n’y a plus d’hommes, entend-on dire régulièrement. Or il faut bien reconnaître que, aujourd’hui, les femmes ont quelques raisons de se plaindre de l’absence des hommes. Ces raisons sont tout d’abord démographiques. Outre un écart dans les naissances entre les filles et les garçons (53% contre 47% sur l’ensemble des pays occidentaux), les femmes sont surtout largement majoritaires dans les études supérieures. Si l’on considère la France, la proportion des filles atteint 65% au niveau du baccalauréat, contre 35% de garçons et s’amplifie encore à l’université toutes disciplines confondues. En d’autres termes, et même si les postes les plus importants restent encore occupés par des hommes – le fameux "plafond de verre" – les femmes sont devenues d’une manière générale nettement plus diplômées que les hommes. Sans doute n’y aurait-il en soi rien à quoi il serait impossible de s’habituer, si n’entrait en ligne de compte un certain nombre de représentations en inadéquation avec cet état des choses.

Les représentations, et celles du couple en particulier, changent en effet moins rapidement que les faits. Bien des études montrent que si les jeunes femmes actuelles considèrent comme idéale une égalité de niveau culturel dans le couple, en revanche elles rechignent à épouser, ou à vivre, avec un homme au capital culturel et scolaire inférieur au leur, pressentant peut-être que, comme l’a montré une enquête américaine récente, celui-ci, par compensation sans doute à son infériorité culturelle, serait beaucoup plus infidèle. Parallèlement, les hommes répugnent eux aussi à l’alliance amoureuse avec une femme plus diplômé qu’eux, et même plus fortunée. Du fait de la permanence de ces représentations dans le sens hiérarchique homme/femme à l’intérieur du couple, il devient parfaitement légitime de parler, pour les classes supérieures de la société, d’une absence des hommes, puisque statistiquement trois femmes doivent se partager un homme.

Si, donc, les femmes diplômées ont toutes les raisons d’être effrayées par cette terrible concurrence sur le marché matrimonial et amoureux, en revanche leurs équivalents masculins devraient se trouver dans une situation bien plus confortable. Tel n’est pourtant pas le cas. Leur situation de quasi-monopole n’est pas vécue sur le mode dynamique. Et plutôt que l’enthousiasme, c’est la méfiance qui s’installe du côté masculin, méfiance qui finit par déboucher sur un retrait pur et simple relevant par ailleurs d’une évolution qui touche aux rapports de séduction entre les sexes sur laquelle il conviendra de s’arrêter…