Pascale Jeandroz, chef d'orchestre

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Pascale Jeandroz © André Jousset

La journée de la Femme : jour de fête, jour de grève, jour de guerre, jour de gloire ou bonjour tristesse ? J'hésite entre "bonjour tristesse" (la journée de la femme, cela devrait être tous les jours; c'est trop triste d'être obligés de passer par un SEUL jour dans l'année, qui donne "bonne conscience" à la société...) et "jour de fête", parce qu'être une femme est une joie, parce que les femmes sont souvent des "cadeaux" dans la vie de ceux qu'elles côtoient et aiment, et aussi parce que dans la réalité, les événements organisés CE JOUR-LA sont souvent très festifs.

 

Quelle femme pourrait devenir l'emblème du 8 mars ? Coco Chanel, parce qu'elle a "libéré" le corps de la femme et la place de la femme dans la société; parce que sa personnalité et sa vie sont des gestes et des actes permanents de courage et de non-conformisme. Mais tant d'autres pourraient l'être, Marie Curie entre autres...

Quelle chanson pourrait en devenir l'hymne ? Over the rainbow (Judy Garland) parce que cette chanson symbolise les aspirations de la femme (celles de tout être humain, d'ailleurs) à pouvoir réaliser ses rêves en toute liberté - et pose en même temps la question de tant de femmes : "Oh, pourquoi ne le puis-je pas, moi" 

Dans votre carrière, avez-vous parfois considéré votre féminité comme un "handicap" ?
Oui, la misogynie est souvent palpable dans mon métier et c'est parfois extrêmement blessant, en tous les cas il faut serrer les dents pour ne pas céder au découragement... sans compter les petites remarques et allusions permanentes, connotées sexuellement MAIS faites sur un ton badin, obligeant les femmes, particulièrement dans mon métier, à répondre avec humour tout en ayant pleinement conscience qu'il s'agit quasiment de harcèlement sexuel.

En 2013, ressentez-vous encore des injustices, des preuves de "déconsidération" au quotidien ? Hélas oui, et j'en observe aussi souvent envers d'autres femmes. Et pour ce sujet du manque de respect au quotidien, je pourrais recopier ce que j'ai écrit au paragraphe précédent !

Après 40 ans de féminisme, quels sont, selon vous, les combats qui restent à mener ? Rien n'est acquis, l'écart salarial entre les femmes et les hommes reste  important; le nombre de femmes dans les instances dirigeantes reste très bas, le "plafond de verre" est ressenti par de nombreuses femmes, stoppant leur progression de carrière;  les répercussions sur les retraites sont préoccupantes (un très gros écart entre les hommes et les femmes); les tâches domestiques sont supportées dans une part énorme par les femmes (je cite le laboratoire des inégalités: en dix ans, le temps journalier consacré par les femmes au travail domestique a baissé de 22 minutes et celle des hommes a augmenté d'une minute. Au total, en 1999, elles prenaient en charge 66 % du temps imparti à ces tâches au sein du foyer, contre 63 % en 2010); les violences faites aux femmes, physiques ou verbales, n'ont guère reculé... Tous les combats restent donc à mener ! et ma mère, 40 ans de féminisme derrière elle, me soutient complètement sur cette réponse...

Quelle mesure concrète pourrait, en France, améliorer la condition de la femme ? L'obligation des "quotas" afin d'obtenir une parité REELLE dans les instances dirigeantes, les conseils d'administration, les organismes de décision, les responsabilités politiques...

Insister contre le sexisme dans les lieux d'éducation, les collèges; les lycées.... faire changer les programmes scolaires: on parle toujours des exploits des hommes et quasiment jamais de ceux des femmes; des oeuvres (d'art, entre autres) des hommes et quasiment jamais de celles des femmes; les femmes ne sont figurent que peu dans les dictionnaires (de compositeurs, de peintres, etc) 
Sauf le 8 mars où on en parle un peu....
Et peut-être aussi, arrêter de mettre dans la tête des jeunes que la "vraie vie" c'est un couple et/ou des enfants, une famille... il y a d'autres chemins pour se réaliser!

Et de façon plus personnelle, plus intime, qu'est-ce qui vous donnerait le sourire ? En ce qui me concerne, que les garçons de la génération de ma fille soient enfin respectueux des droits des femmes, pour que la France de demain autorise les femmes (dont ma fille!) à prendre leur envol... mais c'est plutôt un voeu ! Alors j'ai  posé votre question à ma mère, dont voici la réponse: "que les maris n'arrivent plus à la cheville des femmes mais à leurs genoux !"

Exiger la parité, en politique notamment, imposer des quotas, n'est-ce pas là un aveu de faiblesse ? Non: je pense qu'aucune autre solution ne peut fonctionner; parfois la faiblesse peut et doit devenir une force; mais hélas, tant que cette exigence existera, ce sera parce que la cause sera loin d'être gagnée. Et surtout, cette exigence, il faut la faire RESPECTER...

Peut-on être pour l'égalité des sexes, mais jouer les séductrices ?  Oui, et d'ailleurs tant hommes jouent les séducteurs! Mais là encore, j'ai interviewé ma mère qui pense que si la femme est séductrice, c'est pour aimer, alors que l'homme l'est plutôt pour dominer...

Les caprices de divas, vous en pensez quoi ? Laissons-les aux divas, hommes ou femmes;  ce sont souvent des personnes mal dans leur peau, qui ont peut-être été mal aimées, en ont trop "bavé" - ou pas assez, et n'ont pas trouvé leur "équilibre" et sécurité intérieure.

Y a-t-il une actualité que vous voulez commenter ? Voir la réussite d'une femme me réjouit : il y a quelques jours, Natalie Nougayrède, est devenue la première femme directrice du journal français Le Monde. Voir une femme engagée sauvée d'une agression sexiste me réjouit aussi : je pense à Malala , la jeune Pakistanaise atteinte d'une balle à la tête que les talibans voulaient punir pour son engagement en faveur du droit des jeunes filles à aller à l'école.

Et si vous étiez un homme ? Cette question ne se pose pas... une phrase commençant par si n'est pas réaliste, je transforme toujours ce genre de phrase par "quand"... et là, ça ne marche pas!

 

  Sylvie Vartan donnera cinq récitals en mode symphonique, du 1er au 5 août dans le sud de la France, et début novembre en Suisse, accompagnée par l'Ensemble instrumental de Corse, sous la direction de Pascale Jeandroz.